{"id":23233,"date":"2022-09-03T06:49:00","date_gmt":"2022-09-03T05:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/omnesmag.com\/?p=23233"},"modified":"2022-09-02T11:24:47","modified_gmt":"2022-09-02T10:24:47","slug":"idiot-dostoievski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.omnesmag.com\/fr\/actualidad\/cultura\/idiota-dostoyevski\/","title":{"rendered":"L'Idiot\" de Dosto\u00efevski : \"La beaut\u00e9 sauvera le monde\"."},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">La conversation est un art difficile \u00e0 pratiquer. Sa qualit\u00e9 d\u00e9pend de la richesse de notre monde int\u00e9rieur et de la confiance avec l'interlocuteur. C'est peut-\u00eatre pour cela que j'aime tant les conversations sur les livres, parce qu'alors le poids de l'int\u00e9r\u00eat ne repose pas tant sur mes propres \u00e9paules que sur celles de l'auteur. Et si vous vous appuyez sur le dos de <a href=\"https:\/\/www.omnesmag.com\/fr\/ressources\/arguments\/theologie-du-20e-siecle\/dostoievski-sur-la-theologie-du-vingtieme-siecle-2\/\">Dosto\u00efevski <\/a>(1821-1881), cet int\u00e9r\u00eat peut tr\u00e8s facilement se transformer en passion. Je dis cela parce qu'il y a quelques mois, j'ai eu une id\u00e9e g\u00e9niale (ce qui ne m'arrive pas souvent) : j'ai convenu avec un ami d'entreprendre ensemble la lecture de \"<a href=\"https:\/\/www.amazon.es\/idiota-Letras-Universales-Fi%C3%B3dor-Dostoievski-ebook\/dp\/B01HTAF8XM\/ref=sr_1_4?__mk_es_ES=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;crid=3VLF9CQ0SA2ME&amp;keywords=El+Idiota&amp;qid=1662114067&amp;s=digital-text&amp;sprefix=el+idiota%2Cdigital-text%2C113&amp;sr=1-4\">L'idiot<\/a>\" et, apr\u00e8s l'avoir lu, nous avons fait une promenade pour en discuter. La question que nous nous sommes alors pos\u00e9e m'a motiv\u00e9 \u00e0 \u00e9crire cet article, et je suis s\u00fbr qu'elle vous intriguera aussi.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des ann\u00e9es, j'avais lu d'autres romans du m\u00eame auteur : \"Crime et ch\u00e2timent\", \"M\u00e9moires de la maison des morts\" et, plus r\u00e9cemment, \"Les fr\u00e8res Karamazov\". Chacun d'entre eux m'a donn\u00e9 des sentiments diff\u00e9rents. J'ai choisi \"L'Idiot\", qui n'est pas mon autobiographie (comme l'a ironis\u00e9 un autre ami quand je le lui ai dit), mais quelque chose comme un \u00e9pisode de la vie d'un \"Don Quichotte\" russe du XIXe si\u00e8cle. Cet itin\u00e9raire de lecture m'a puissamment influenc\u00e9. Comme le dit Nikola\u00ef Berdiaev dans \"L'esprit de Dosto\u00efevski\" : \"Une lecture attentive de Dosto\u00efevski est un \u00e9v\u00e9nement de la vie o\u00f9 l'\u00e2me re\u00e7oit comme un bapt\u00eame du feu\". Il se trouve que le feu est une bonne m\u00e9taphore pour le d\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bon, allons droit au but (comme dirait le dermatologue) : \"La beaut\u00e9 sauvera le monde\". C'est la phrase cl\u00e9 de la pi\u00e8ce, et la source principale de l'intrigue que nous ressentons avec mon ami. Quelle phrase expressive, n'est-ce pas ? Cela me donne envie d'arr\u00eater d'\u00e9crire, de regarder par la fen\u00eatre et de me promener parmi les nuages. Mais je vais \u00e9crire, parce que je veux partager avec vous les r\u00e9ponses que j'ai trouv\u00e9es, dans les nuages, dans le roman et dans d'autres livres, parce que vous le m\u00e9ritez. Il faudra replacer la phrase dans son contexte, donc allons-y en pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es (j'ajouterais Jack l'\u00c9ventreur) :<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De quoi parle le roman (pas de spoilers, ne vous inqui\u00e9tez pas)<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le prince Mychkine est un homme de 26 ans, cordial, franc, compatissant et na\u00eff, qui vit en Suisse depuis quatre ans pour le traitement de l'\u00e9pilepsie. Lorsque le m\u00e9decin meurt, le prince estime avoir assez de force pour se rendre \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, rendre visite \u00e0 un parent \u00e9loign\u00e9 et essayer de commencer une vie normale. Ses qualit\u00e9s l'am\u00e8nent cependant \u00e0 faire des rencontres extravagantes avec toutes sortes de personnes : la plus pertinente, qui l'attirera tout au long du roman comme un phare vers un navire perdu, sera son amour\/compassion pour une belle femme, mais qui porte en elle la douleur d'un pass\u00e9 d'abus. Son nom est Nastasya Filippovna. L'intrigue s'\u00e9paissit lorsque le prince tombe amoureux, d'un amour noble et pur, d'une jeune femme de bonne famille, qui l'aime \u00e0 son tour. Elle s'appelle Aglayya Ivanovna et lorsqu'on lui demande de parler d'elle, il r\u00e9pond : \"Elle est si belle qu'il est effrayant de la regarder\". Le prince, d'ailleurs, n'est pas seul dans le camp : il y a plusieurs pr\u00e9tendants pour l'une et l'autre fille. Dans ce sc\u00e9nario, des controverses de toutes sortes surgissent, dont les personnages discutent, nous faisant r\u00e9fl\u00e9chir, souffrir et grandir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La beaut\u00e9 sauvera le monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vers la moiti\u00e9 du livre (n'ayez crainte, j'ai dit pas de spoilers), la confession d'Hippolyte appara\u00eet sur la sc\u00e8ne. C'est un gar\u00e7on de 17 ans qui est handicap\u00e9 et le m\u00e9decin lui a donn\u00e9 moins d'un mois \u00e0 vivre. Le prince invite le malade \u00e0 rester dans la maison o\u00f9 il vit, bien que les autres ne comprennent pas pourquoi il accueille un jeune homme qui est non seulement malade, mais aussi nihiliste, v\u00e9h\u00e9ment et inopportun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir, un petit groupe de connaissances et d'amis arrive \u00e0 la datcha (maison de campagne) que le prince loue pour f\u00eater son anniversaire. Ils boivent du champagne, discutent joyeusement, lorsque le jeune Hippolyte exprime un d\u00e9sir ardent et d\u00e9lirant d'ouvrir son c\u0153ur. Les autres ne voulaient pas l'entendre, mais il a demand\u00e9 \u00e0 parler au nom du droit des condamn\u00e9s \u00e0 mort. Enfin, malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de l'auditoire, il entame une longue lecture de quelques confessions qu'il a \u00e9crites la veille. Mais juste avant qu'il ne commence \u00e0 lire, Hippolyte se tourne vers le prince et lui demande \u00e0 haute voix, au grand \u00e9tonnement de tous : \"Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que le monde sera sauv\u00e9 par la \"beaut\u00e9\" ? Messieurs, dit-il en s'adressant \u00e0 tous, le prince nous assure que la beaut\u00e9 sauvera le monde ! Et je vous assure, pour ma part, que s'il a des id\u00e9es aussi saugrenues, c'est parce qu'il est amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quelle beaut\u00e9 Dosto\u00efevski fait-il allusion, quelle beaut\u00e9 sauvera le monde, pourquoi Hippolyte dit-il que cette id\u00e9e lui est venue parce qu'il \u00e9tait amoureux, o\u00f9 est la force de la d\u00e9couvrir, de la ch\u00e9rir et de la diffuser de toutes nos \u00e9nergies ? Naturellement, c'est le principal sujet de discussion que j'ai eu avec mon ami alors que nous nous promenions sous les arbres du campus de l'universit\u00e9 de Navarre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La relation d'Hippolyte avec l'auteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hippolyte et Dosto\u00efevski lui-m\u00eame ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 mort. Le premier pour la tuberculose et l'auteur, dans sa jeunesse, pour avoir \u00e9t\u00e9 surpris dans un caf\u00e9 o\u00f9 l'on discutait d'id\u00e9es \"r\u00e9volutionnaires\" (pas tr\u00e8s s\u00e9rieuses). Cet \u00e9pisode biographique est merveilleusement bien racont\u00e9 par Stefan Zweig dans \"Stellar Moments of Humanity\".&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fyodor avait d\u00e9j\u00e0 les yeux band\u00e9s et attendait pr\u00e8s du mur d'\u00eatre abattu. Il allait mourir, il n'y avait pas d'issue, sauf miracle. \u00c0 la toute derni\u00e8re seconde - et c'est l\u00e0 le moment stellaire de l'humanit\u00e9 - la nouvelle est tomb\u00e9e que le tsar avait commu\u00e9 sa peine. \"La mort, h\u00e9sitante, rampe hors des membres engourdis\", \u00e9crit Zweig. Dosto\u00efevski pouvait vivre ; en contrepartie, il devait faire quatre ans de travaux forc\u00e9s en Sib\u00e9rie, puis consacrer cinq ans au service militaire. Ce jour-l\u00e0, un homme fondamental pour la litt\u00e9rature mondiale a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, et l'id\u00e9e d'un personnage capable de voir le monde du point de vue de la mort est n\u00e9e. Cette vision peut \u00eatre rebelle, comme celle d'Hippolyte, tragique et profonde, comme celle de Dosto\u00efevski, ou compatissante, comme celle du prince Mychkine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un homme qui a senti le souffle de la mort derri\u00e8re son oreille est mieux plac\u00e9 pour comprendre la douleur du plus c\u00e9l\u00e8bre condamn\u00e9 \u00e0 mort de l'histoire : J\u00e9sus-Christ. Il semble que je m'\u00e9ternise, mais non, je vous demande de me faire confiance et de lire un dernier fond, car il contient l'indice le plus important avant d'arriver \u00e0 la conclusion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Christ de Holbein<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des peintures qui plaisent, d'autres qui surprennent et d'autres qui changent la vie. L'exp\u00e9rience de Dosto\u00efevski au mus\u00e9e de B\u00e2le l'a presque fait tomber dans une crise d'\u00e9pilepsie. Cela s'est produit lors d'un voyage en Europe avec sa seconde \u00e9pouse, Anna Grigorievna, le 12 ao\u00fbt 1867. Fyodor \u00e9tait en route pour Gen\u00e8ve avec elle et ils en ont profit\u00e9 pour visiter le mus\u00e9e de B\u00e2le. L\u00e0, ils tombent sur une toile de deux m\u00e8tres de long et de trente centim\u00e8tres de haut qui attire l'attention d'un Dosto\u00efevski de 46 ans. Il s'agit du \"Christ mort\", peint en 1521 par Hans Holbein le Jeune. Maintenant, regardez vous-m\u00eame l'image, contemplez-la lentement, et vous verrez qu'il s'agit d'un Christ particuli\u00e8rement \u00e9maci\u00e9, \u00e9puis\u00e9 et \u00e9puisant.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"151\" src=\"https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-1024x151.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23234\" srcset=\"https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-1024x151.jpg 1024w, https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-600x89.jpg 600w, https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-700x104.jpg 700w, https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-300x44.jpg 300w, https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003-768x114.jpg 768w, https:\/\/www.omnesmag.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Hans_Holbein_d._J._003.jpg 1420w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Le Christ mort, Hans Holbein, 1521. \u00a9Wikipedia Commons<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment est-il possible - j'imagine que Dosto\u00efevski se demandait en admirant ce corps d\u00e9truit - que le Christ ait pay\u00e9 \"ce\" prix pour nous sauver ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Christ est-il la beaut\u00e9 qui sauvera le monde ? Celui qui \u00e9tait d\u00e9fini comme \"le plus beau parmi les fils des hommes\" (Psaume 44) pouvait t\u00e9moigner d'une beaut\u00e9 physique sans pareille. Mais le tableau de Holbein montre un Christ d\u00e9figur\u00e9, ce qui nous rappelle plut\u00f4t la proph\u00e9tie d'Isa\u00efe : \"Il n'y a en Lui ni beaut\u00e9 \u00e0 contempler, ni beaut\u00e9 \u00e0 plaire\" (Isa\u00efe 53, 2). Voyons, alors, de quelle beaut\u00e9 parlons-nous ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, il n'y a pas de plus grande beaut\u00e9 que l'amour qui a vaincu la mort. L'amour de Celui qui donne sa vie pour ses amis est la plus belle chose que le monde connaisse. La beaut\u00e9 qui sauve, qui sauve vraiment, est la beaut\u00e9 de l'amour qui va jusqu'\u00e0 l'extr\u00eame du sacrifice r\u00e9dempteur. Par cons\u00e9quent, la beaut\u00e9 qui sauvera le monde est le Christ. Dieu s'est fait homme pour nous sauver, il est mort pour nous donner la vie et nous offrir la r\u00e9surrection. L'histoire du cadavre qu'Holbein d\u00e9peint si grossi\u00e8rement a un \u00e9pilogue, ou plut\u00f4t une deuxi\u00e8me partie, qui confirme le triomphe de la beaut\u00e9 sur la mort : la beaut\u00e9 \u00e9crasante de la R\u00e9surrection. Exprimons-le avec les mots de l'Apocalypse : \"La ville n'avait besoin ni de soleil ni de lune, car la lumi\u00e8re de Dieu l'\u00e9clairait, et l'Agneau \u00e9tait sa lampe\" (Ap 21,23).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La beaut\u00e9 de l'amour du Christ, qui nous sauve, est ce que nous devons d\u00e9couvrir, ch\u00e9rir et diffuser de toutes nos forces. Ne sommes-nous pas ici face au myst\u00e8re le plus important de notre vie ? Aimer les autres comme le Christ nous a aim\u00e9s, c'est-\u00e0-dire aimer jusqu'\u00e0 souffrir et mourir pour les autres, est le secret du sens de notre existence. Si nous apprenons cela, nous participerons au salut du monde. Ce n'est pas rien, hein ?<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La conversaci\u00f3n es un arte que cuesta ejercitar. Su calidad depende de la riqueza de nuestro mundo interior y de la confianza con el interlocutor. Quiz\u00e1 por eso me gustan tanto las conversaciones sobre libros, pues entonces el peso del inter\u00e9s no recae tanto en mis propios hombros, como en los del autor. 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