CollaborateursAlberto J. Castillo

Examen du jeune homme insensé

Alberto J. Castillo a publié " Examen de la jeunesse désenchantée ", un ouvrage qui vise à encourager les jeunes à mieux se connaître afin de s'engager pleinement. Dans cet article, il relate son parcours dans la quête de la vérité et les raisons qui ont motivé la publication de ce livre.

22 septembre 2025-Temps de lecture : 6 minutes
examen

©Ciocan Ciprian

Je vais vous faire une confession. Voyez-vous, j'ai toujours voulu être une bonne personne. Aider les autres, remplir mes obligations, me consacrer aux plus nobles causes de notre époque. Je le désirais tellement que j'ai failli devenir le pire d'entre nous. Il suffit d'un coup d'œil pour constater à quel point la paresse et l'apathie semblent s'être emparées de notre temps, nous infectant comme un virus qui se propage sans cesse et dont le diagnostic n'est autre qu'une médiocrité qui se targue d'être médiocre. Ce n'était pas mon cas. Je voulais sincèrement donner un sens à ma vie, la rendre originale. Contrairement à ce que je voyais autour de moi, je ne pouvais me contenter du confort du troupeau ; j'aspirais à tracer ma propre voie. Je me sentais appelé à être un héros, à accomplir quelque chose d'exceptionnel. Je voulais changer le monde, le laisser meilleur que je ne l'avais trouvé. Ce désir de faire le bien me consumait, m'entraînant d'un front à l'autre dans une bataille dont, pour une raison qui m'échappait, je reculais toujours.

J'ai tout fait pour atteindre mon but, pour finalement réaliser que derrière ce désir de bonté, il n'y avait que cela : un désir. J'ai alors entrepris d'analyser ma vie et compris rapidement qu'elle n'avait rien de bon à mettre en avant, rien dont je puisse être fier, bien au contraire. Certes, j'ai beaucoup voyagé, mais il est encore plus vrai que j'ai laissé les lieux exactement comme je les avais trouvés. J'ai lu tout ce que je pouvais, mais jamais pour changer d'avis, seulement pour conforter mes préjugés. J'ai rencontré des gens formidables, mais j'ai fui les exigences qu'implique une véritable amitié. Je suis tombé amoureux aussi souvent que je me suis lassé d'aimer, car ce n'était pas l'amour qui me guidait, mais l'intérêt personnel. Ainsi, me prenant pour un héros, je me suis révélé être le plus grand des lâches. Malgré tous mes efforts, je n'arrivais pas à concrétiser mes bonnes intentions en faits et actions tangibles et indéniables. Au moment crucial, je prenais la fuite, me retirant une fois de plus. Un prétexte quelconque frappait à ma porte à la dernière minute pour me libérer de l'engagement dans lequel je m'étais fourré, un engagement dont je craignais secrètement de ne pouvoir me défaire. Une logique perverse me maintenait aveugle, muet et sourd à ma véritable pathologie. Je me battais pour l'impossible, simplement pour ignorer ce que je pouvais faire. J'étais préoccupé mais jamais actif, prêchant ce que je rejetais avec tant de véhémence, et critiquant sans hésiter la paille dans l'œil d'autrui tout en ignorant la poutre dans le mien. Car, en réalité, je ne voulais pas le faire. sur eh bien, mais mon Eh bien, un petit détail qui nous empêche de voir le véritable mal de notre époque : le vide et l’angoisse intérieure.

Comme vous pouvez l'imaginer, admettre une chose pareille n'est pas chose facile. Et plutôt que de m'en vouloir, j'ai décidé de m'en prendre au monde entier. À l'époque, mon orgueil démesuré étouffait la voix endormie de ma conscience, persuadé que la réalité finirait par se plier à mes désirs. La frustration qui m'habitait ne pouvait jamais être de ma faute, mais plutôt celle de cette cruelle réalité qui m'empêchait sans cesse d'atteindre ce qui était enfin à ma portée : le bonheur. J'étais la victime ; personne ne semblait me comprendre, car malgré tous les efforts que je déployais pour être “ bon ”, rien de valable n'en ressortait. Plus je le désirais, plus je m'éloignais de mon but. Je me sentais comme un fou pris au piège d'une camisole de force : plus je résistais à l'absurdité et à la banalité du monde, plus ses liens suffocants se resserraient autour de moi. 

Qui aurait cru que mon problème était celui-ci : vouloir être heureux à tout prix, placer mon bonheur au-dessus de tout ? Sans m’en rendre compte, je me suis laissé séduire par le mantra que notre monde a érigé en « bien suprême ». Enfin, nous avons le “ droit d’être heureux ”, plus rien ne nous empêche d’atteindre ce bonheur tant désiré, enfin tous nos problèmes seront résolus. Et pourtant, il est curieux de constater comment un monde qui ne cesse de parler de bonheur déplore simultanément son malheur comme jamais auparavant. Le paradoxe est aussi évident qu’insaisissable. L’homme moderne a oublié que tout droit qui ne s’accompagne pas de son devoir correspondant, comme une pièce de monnaie, est une imposture, laissant l’individu totalement vendu et au service de l’autorité. Rendez à César ce qui est à César, et rien de plus. Je comprends maintenant que ce que je croyais être le vrai bonheur n’était, en réalité, rien de plus qu’un filet filtré, tiède et impur, qui s’écoule de la véritable essence. J'ai pris pour du bonheur ce qui n'étaient que de simples prétextes pour justifier mon comportement et m'éviter d'avoir à le changer. J'ai fait du monde un refuge contre lui. Je ne jugeais pas les choses pour ce qu'elles étaient, mais pour ce que je voulais qu'elles soient. C'était un piège parfait, dont la tromperie était d'autant plus efficace que je croyais l'avoir surmonté.

Il est curieux de constater à quel point l'homme est capable de s'auto-saboter sans même s'en rendre compte. C'est précisément ce qui lui arrive avec le bonheur. C.S. Lewis me rappelait que “ si notre but est le ciel, la terre nous sera donnée aussi, mais si nous nous concentrons uniquement sur la terre, nous perdrons les deux ”. J'ai mis longtemps à comprendre que pour être heureux, je devais oublier le bonheur lui-même. D'abord, je devais le mériter, puis le risquer encore et encore, afin d'atteindre ce qui est plus grand que le bonheur lui-même, et avec lui, le bonheur absolu. Mais à l'époque, j'avais plus peur de perdre que l'envie de gagner. Je menais une vie insouciante et distraite, c'est vrai, mais au fond de moi, le sentiment que la vie m'échappait se faisait de plus en plus fort. J'ai commencé à chercher des preuves pour étayer mes convictions fragiles et je me suis heurté à un autre problème : tout ce que je pouvais vérifier par moi-même semblait complètement hors de propos et dénué de sens. D'un autre côté, tout ce qui aurait pu donner un sens à ma vie manquait de preuves auxquelles se raccrocher, et j'ai donc dû y renoncer. Avec le temps, j'ai compris que ce dilemme n'était rien d'autre que la différence entre certitude et vérité. La première ne requiert aucun effort de notre part et, par conséquent, comme tout ce qui est gratuit, nous laisse toujours insatisfaits. La Vérité, en revanche, nous demande de changer, jusqu'à nous détacher de nous-mêmes, exigeant même un acte de foi. C'est pourquoi le monde a renoncé à la Vérité pour se contenter, une fois de plus, de quelque chose de bien inférieur. Prenons, par exemple, la chose la plus réelle et essentielle de notre existence, celle que nul ne peut remettre en question, mais que nul ne peut prouver non plus : l'amour. Ce n'est que lorsque nous avons confiance en lui qu'il devient ce que nous avons de plus certain et d'indestructible ; dès que nous essayons de le confirmer, il disparaît. Car ce n'est pas la connaissance que recèle la vérité, mais l'amour qui en jaillit qui lui donne toute sa valeur. Ainsi, se connaître soi-même et s'abandonner à soi-même sont, au fond, une seule et même chose, car la Vérité n'est pas faite pour être connue, mais pour être vécue.

Pour ma part, j'ai longtemps vécu en croyant que pour trouver un sens à ma vie, je ne pouvais croire qu'en moi-même, quitte à payer le prix fort, le même prix que paient les jeunes d'aujourd'hui, des jeunes qui possèdent tout mais qui ne sont absolument rien ; des jeunes distraits par leurs possessions matérielles et rongés par l'angoisse de leur vide intérieur ; des jeunes qui tentent de brader leur fortune en trahissant les plus nobles valeurs de leur jeunesse. Mais le bonheur ne s'achète pas, car il est « le fruit du don de soi pour la vérité ». Pour la vérité ! Toute autre ambition n'est rien d'autre que le triomphe de l'ego et l'échec de la véritable liberté humaine, car celui qui vit pour lui-même ne vit pas, il souffre.

Voici le test que j'ai passé et que je vous propose maintenant dans ce livre: un examen de ces bonnes intentions dépourvues de bienveillance ; un voyage à partir de notre la vérité et ses terribles conséquences, à le site La Vérité et l'Amour qui ne peut naître que d'elle ; un éveil qui nous fait passer du non-sens à la raison d'être de notre existence, de la raison au cœur et à ses raisons, de l'éphémère à l'éternel, du contingent à l'absolu, de cette vie à l'unique Vie. Puisse l'ensemble des erreurs que j'ai commises, et que vous découvrirez dans ces pages, nous faire comprendre que ce ne sont pas les bonnes intentions, aussi louables soient-elles, qui nous sauvent. Par ce manuscrit, je souhaite seulement que vous…, jeune homme insensé, Vous surmontez l'inertie d'un monde qui vous entraîne à la dérive, afin de reconquérir ce qui vous appartient et de donner enfin un sens à votre vie. Mais je crains que rien de tout cela ne soit possible sans une première confession, celle-là même que je vous livre aujourd'hui, qui a changé ma vie à jamais et qui peut changer la vôtre aussi : Et la vérité est que la Vérité est inutile si je ne la sers pas. Servons-la donc de toutes les manières possibles. Aimons ce qui nous dépasse afin que, finalement, nous puissions nous surpasser nous-mêmes… 

Examen du jeune homme insensé

AuteurAlberto J. Castillo
Editorialtalon d'Achille
Pages: 92
Année: 2024
L'auteurAlberto J. Castillo

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