Le déclin de l'Europe et le futur Docteur de l'Église, John Henry Newman

Un voyage à travers la France et la Belgique devient une réflexion sur la sécularisation de l'Europe et la renaissance spirituelle naissante du continent.

24 septembre 2025-Temps de lecture : 4 minutes
La decadencia de Europa

Retrato de John Henry Newman, ©OSV News/Crosiers

En traversant les Pyrénées par Jaca, on rejoint la France par une route très étroite et sinueuse. La circulation, dense et incessante, est composée de conducteurs roulant à vive allure sur ce tronçon dangereux. En discutant de la conduite imprudente des Français avec mes amis et compagnons d'aventure – qui traversaient eux aussi la France pour rejoindre la Belgique – nous avons rapidement constaté que ce n'était pas une simple impression, mais bien une réalité. Nous sommes tombés sur un grave accident et, après nous être assurés que les blessés étaient bien pris en charge, nous avons repris la route. 

Après quelques kilomètres, nous avons commencé à remarquer un autre phénomène curieux : les panneaux indiquant l’entrée des villes étaient tous à l’envers, à 180 degrés ! Nous nous sommes demandés pourquoi, et comme nous ne pouvions répondre à cette question énigmatique, le copilote a lu un article que l’IA avait trouvé en ligne. Il expliquait que de jeunes agriculteurs français avaient décidé de retourner les panneaux pour “ attirer l’attention sur la situation difficile que rencontrent les jeunes agriculteurs en France ”. Cette pratique s’est répandue et est désormais utilisée dans certaines régions d’Espagne pour faire valoir les mêmes revendications.  

Après deux jours de voyage à travers la Gaule du sud au nord, avec des arrêts à Lourdes et Tours, nous sommes arrivés en Belgique et avons été impressionnés par Bruxelles, Gand, Anvers, Louvain, Liège… Où leurs bâtiments, leurs rues et leurs places se distinguent… Comme l’hôtel de ville de Louvain, la Grand-Place de Bruxelles ou celle d’Anvers… Mais les plus majestueuses sont peut-être les cathédrales gothiques, qui ressemblent aujourd’hui davantage à un musée bien conservé qu’à un lieu de culte. 

Comment les églises de Belgique ont-elles pu se retrouver dans un tel état ? Comme des édifices sans vie, dépourvus d'âme. Où est passé le christianisme dans cette Europe multiculturelle ? Où sont la bonté, la beauté et la vérité ? Car non seulement la foi en Dieu a disparu, mais aussi le bon goût et la sensibilité que le divin confère.

 La France semble se trouver dans la même situation, mais on observe depuis peu un regain de ferveur religieuse. Aux alentours de Pâques 2025, on a comptabilisé 10 000 baptêmes d'adultes et 7 000 baptêmes d'adolescents. Ce renouveau spirituel n'est pas un phénomène isolé ; il semble avoir atteint un tournant et se poursuit, comme l'a confirmé Fernando Díaz Villanueva dans une vidéo récente sur sa chaîne, en présentant des données qui attestent d'une légère augmentation générale. Ouest.

Mais comment cette crise a-t-elle commencé ?

On peut en faire remonter les origines au modernisme du XIXe siècle, lorsque l'Église catholique accepta la séparation des pouvoirs entre l'Église et l'État dans de nombreux pays occidentaux. Cette situation posa problème aux catholiques, très attachés au cléricalisme, qui peinaient à saisir le caractère naturel de cette séparation. Cette anomalie entraîna la disparition de certains ordres religieux, la nationalisation des biens de l'Église et la sécularisation des universités. 

Cette situation, aggravée par de nombreux autres événements, n'a fait qu'éroder la foi de beaucoup, jusqu'à la faire disparaître complètement. Mais lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre. Car, parallèlement, de nouveaux penseurs chrétiens ont émergé, contribuant à la renaissance subséquente, d'un point de vue anthropologique, de la pensée et de la foi. Selon le professeur Juan Luis Lorda, prêtre et docteur en théologie, on peut classer ces intellectuels en quatre groupes. 

Parmi les penseurs capables de saisir l'essence des événements, on compte Newman, Rosmini, Balmes et Kierkegaard. D'autres, comme Ozanam et Lord Acton, avaient une orientation plus politique et sociale. On trouvait également des fondateurs de congrégations vouées à l'éducation, tels que saint Jean Bosco et saint Antoine-Marie Claret. Enfin, il y avait les romantiques qui défendaient la tradition chrétienne contre le laïcisme rationaliste, comme Chateaubriand, les frères Schlegel et Novalis.

Dans le premier groupe, comme l'indique Lorda, Antonio Rosmini se distingue par son ouvrage *Antropologia Soprannaturale*. Jaime Balmes est remarquable pour son analyse de nombreuses questions philosophiques. Quant au penseur luthérien Søren Kierkegaard, il est une figure marquante car il a défendu la valeur unique de chaque individu, valeur qui ne peut être pleinement comprise qu'en présence de Dieu, et parce qu'il reconnaissait que chaque personne est intrinsèquement relationnelle à travers le langage et l'amour, contrairement au totalitarisme hégélien. Enfin, saint John Henry Newman mérite d'être mentionné pour son opposition à la déchristianisation de la société libérale. 

Il n’est donc pas anodin qu’en ces temps de déclin progressif, marqués par un léger regain de foi en la transcendance, le nouveau pape recherche des modèles moraux et intellectuels, espérant un retour à un passé meilleur. C’est pourquoi, le 31 juillet 2025, Léon XIV a confirmé l’avis favorable de l’Assemblée plénière des cardinaux et des évêques, membres du Dicastère pour les causes des saints, d’accorder prochainement le titre de Docteur de l’Église universelle à saint John Henry Newman, cardinal de la Sainte Église romaine. 

Casimiro Jiménez, prêtre et docteur en écologie et théologie, auteur de l'ouvrage “ John Henry Newman : Conversion et Providence ”, publié chez Digital Reasons, met en lumière deux aspects de la vie de Newman. D'une part, son amour de la vérité, qui le conduisit à se convertir de l'anglicanisme au catholicisme à l'âge de 44 ans, lui valant le mépris de beaucoup et le surnom péjoratif de “ Judas anglais ”. D'autre part, il voyait la main de Dieu dans les épreuves qu'il traversa, ce qu'il appelait la “ douce lumière ”, qu'il exprima dans un poème brillant du même titre. Il était certain que la Providence le guiderait et ne l'abandonnerait pas, et il en fut ainsi.

Quoi qu’il en soit, cette décision papale pourrait être un signe de plus de la renaissance de la foi, ou peut-être une voie ou un guide pour cette croissance, suivant les traces de ce converti.

L'auteurÁlvaro Gil Ruiz

Professeur et collaborateur régulier de Vozpópuli.

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