Ceux qui aspirent à enseigner ressentent, du moins au départ, un élan de générosité, un amour du savoir et le désir de le transmettre, ainsi que l'audace de contribuer à former les jeunes talents de la nation. Ceux qui choisissent cette vocation entrevoient les fruits que leur travail pourrait porter : l'épanouissement de leurs élèves, l'espoir qu'ils suscitent dans leurs familles et la construction d'un pays meilleur. Pourtant, tout cela est aujourd'hui voilé par le doute.
Dans ce brouillard, on entend murmurer des formules politiquement correctes, des formules qui érodent l'envie d'enseigner. Ces déclarations ne viennent généralement pas d'enseignants qui comprennent la dynamique de classe, mais d'“ experts ” qui commentent de l'extérieur et influencent la législation. Par exemple : “ Il vaut mieux laisser les élèves apprendre par eux-mêmes ; n'imposez pas votre savoir. ” Ou encore : “ Attention à ne pas trop vous impliquer dans la vie des jeunes : cela pourrait être perçu comme intrusif et autoritaire. ” En fin de compte, c'est un reproche qui ternit l'aspiration légitime à l'enthousiasme de tout enseignant, car à quoi bon s'épuiser à la tâche pour entrer dans une classe où personne n'a besoin de vous ? Autrement dit, comment peut-on vouloir être enseignant si l'on n'est pas autorisé à exercer ce métier ?
Daniel Mansuy explique que ces divergences trouvent leur origine dans la pensée de Rousseau. Il le relate dans son ouvrage *Éduquer entre égaux* (IES, 2023) : “ L’éducation était perçue comme la transmission d’un héritage, et l’enseignant, comme le dépositaire d’un savoir à transmettre. Dans la perspective rousseauiste, le rôle de l’enseignant se transforme profondément. Il cesse d’être celui qui dispense un savoir pertinent, celui qui incarne un monde que l’élève reçoit et s’approprie, et devient un facilitateur de son développement personnel. ”.
L’idée de “ faciliter l’épanouissement personnel de l’élève ” paraît séduisante. Et elle n’est pas dénuée de fondement. Mais poussée à l’extrême, elle s’apparente à un abandon de responsabilité. On laisse les élèves si libres dans leur “ apprentissage autodirigé ” qu’en réalité, on les néglige. Ils naissent et grandissent livrés à eux-mêmes, perdus dans l’univers virtuel de leurs téléphones, inconscients des dangers de la rue, ignorants de l’histoire, vulnérables face à des risques auxquels ils n’ont pas été préparés. Ils suivent leur cursus scolaire, mais rares sont les enseignants qui prennent le temps de les encourager à rêver, à créer, à développer leurs qualités et leurs talents.
Il est temps d'agir. Les jeunes qui se sentent appelés à enseigner ne veulent pas devenir des bureaucrates prisonniers de la routine, mais aspirent à une véritable vocation d'enseignant. Autrement dit, ils envisagent d'élargir leurs horizons, de reconnaître et de cultiver les talents, de corriger les erreurs et de guider les autres vers l'excellence. Comme l'a dit le critique littéraire George Steiner, dans une vision qui sert aujourd'hui de conclusion : “ Un Maître envahit, fait irruption, peut dévaster pour mieux purifier et reconstruire. Un enseignement défaillant, une routine pédagogique, un style d'instruction qui, consciemment ou non, est cynique dans ses objectifs purement utilitaires, sont destructeurs. Ils anéantissent l'espoir. Un mauvais enseignement est, presque littéralement, meurtrier et, métaphoriquement, un péché. Il diminue l'élève, réduit le but présenté à une inanité grise. Il instille dans la sensibilité de l'enfant ou de l'adulte l'acide le plus corrosif qui soit, l'ennui, le méthane de la lassitude ” (Leçons des Maîtres, Siruela : 2020).
Le métier d'enseignant est passionnant. Voyons comment nous pouvons le revitaliser.
Avocat de l'Université catholique pontificale du Chili, licencié en théologie de l'Université pontificale de la Sainte-Croix (Rome) et docteur en théologie de l'Université de Navarre (Espagne).





