Lorsqu'on se réfère à certaines interprétations du transhumanisme et du posthumanisme, qui postulent le dépassement des limites de notre condition par la technologie, lettre encyclique Le pape actuel affirme que nous sommes confrontés à des idéologies utopiques (voire dystopiques), marquées par l'exaltation des forts, avec une dangereuse dérive eugénique, contraire à la dignité de la personne.
« C’est une chose d’intégrer les technologies dans une vision humaine et relationnelle ; c’en est une autre d’être guidé par un imaginaire qui méprise la limite et promet un “ salut ” purement technique » (MH, 117).
La doctrine catholique enseigne que les limites sont inhérentes à notre nature humaine, aggravées par la blessure du péché originel, qui nous a détournés du plan initial de Dieu, et par les péchés personnels qui s'accumulent ensuite au sein de structures sociales perverses. Par conséquent, la souffrance, sous une forme ou une autre, sera toujours présente et, bien sûr, nous devons la combattre par l'intelligence et un effort concerté, mais nous ne sommes pas capables de la surmonter complètement.
Dans la logique de l'histoire du salut, le Seigneur nous invite à vivre ces aspects négatifs comme des défis et des appels à reconnaître notre contingence avec humilité et réalisme : de cette manière, nous pouvons apprendre de nos erreurs et de nos lacunes, surmonter une autosuffisance vaine et nuisible, et grandir en compréhension, en bonté et en sagesse.
« Tout ce qui représente une “limite” – handicap, maladie, vieillesse, souffrance, vulnérabilité – est généralement interprété comme un défaut à corriger, plutôt que comme un espace où les êtres humains mûrissent et s’ouvrent aux relations. Or, nous devons nous rappeler que les êtres humains ne s’épanouissent pas d’eux-mêmes. » malgré de la limite, mais souvent à travers La limite. Une vision de la réalité à la lumière de la foi aide à reconnaître ce que nous appelons la “ contingence ” des choses en ce monde. S’il est d’une part nécessaire de tenter d’éliminer la souffrance qui marque la vie humaine, il est d’autre part sage de reconnaître notre finitude constitutive » (MH, 118).
Les erreurs et les injustices — qui souvent déchirent douloureusement l'existence humaine — sont, au fond, un appel à aborder ceux qui souffrent avec solidarité et miséricorde, à alléger leur fardeau du mieux que nous le pouvons ; de même, les épreuves de la vie contiennent une invitation à confesser la souveraineté du Seigneur et à faire confiance à son amour prévoyant, qui dépasse souvent notre compréhension limitée.
« C’est précisément dans notre être limité que la compassion, le souci sincère des besoins des autres, la générosité surprenante même au milieu des ténèbres et de l’échec, l’expérience spirituelle et l’adoration de Dieu trouvent leur place » (MH, 119).
Le rêve prométhéen d'éliminer toute forme de souffrance dans cette vie temporaire, même au prix de l'abandon des faibles et de la transformation des êtres humains en machines programmées et impersonnelles, doit céder la place au courage de tirer parti de nos imperfections et de nos faiblesses pour nous rendre plus humains, précisément par l'amour du prochain et la foi en le Dieu bon, qui transforme les défaites apparentes en fruits de vie, car celui qui a confiance et qui aime triomphe toujours.
« La finitude, lorsqu’elle est embrassée dans sa vérité, n’appauvrit pas l’être humain, mais l’ouvre à la reconnaissance du visage de Dieu et de l’autre. De plus, précisément parce qu’il fait l’expérience de la limite – vulnérabilité, douleur, échec – il peut reconnaître sa propre dignité et celle d’autrui comme inviolables. Et dans l’expérience même de la limite, il demeure capable d’entrevoir une fraternité qui le dépasse et de reconnaître l’injustice comme un scandale » (MH, 122).
En bref, le Saint-Père nous encourage à découvrir, dans les défis de notre nature faillible et imparfaite, l’opportunité de mieux comprendre la vérité et d’aimer davantage le bien des gens, afin de libérer le potentiel caché dans la condition humaine paradoxale :
« L’humanité – magnifique et blessée – ne doit pas être remplacée ni surpassée ; elle peut accueillir les progrès de la technologie pour soulager la souffrance et ouvrir de nouvelles possibilités, pourvu qu’elle ne nie pas ce qui la définit, c’est-à-dire la capacité de relation et d’amour » (MH, 126).





