Vocations

Le père Antony Mwituria : “ S’il y a une chose dont on a besoin, c’est bien d’un prêtre bien formé. ”

Omnes interviewe le prêtre Antony Mwituria, directeur du Fonds de dotation des séminaires (SEF), une entité dédiée à assurer la viabilité financière des séminaires nationaux du Kenya.

Francis Nyatundo-27 mai 2026-Temps de lecture : 6 minutes
P. Antony Mwituria

P. Antony Mwituria, director del Fondo de Dotación para Seminarios

Le père Antony Mwituria est un prêtre Kenyan. Il est le directeur de Fonds de dotation pour les séminaires (SEF), une entité chargée d'assurer la viabilité financière des séminaires nationaux du Kenya. Omnes l'a interviewé sur l'expérience de sa création, ses perspectives et ses défis.

Au fil des ans, elle a occupé divers postes. Comment cette expérience l'a-t-elle préparée à son rôle actuel ?

J'ai été vicaire paroissial pendant une très courte période. Je ne dirais pas que cela a eu une grande influence. En revanche, le fait d'avoir été administrateur financier (procureur) de l'archidiocèse de Nairobi pendant près de vingt ans m'a profondément marqué.

L'un des grands défis de cette époque était la viabilité financière de l'Église en Afrique. Peu après ma nomination comme procureur en 1999, je me souviens que l'archevêque Ndingi Mwana 'a Nzeki m'a remis une brochure préparée par la conférence de 1999 de l'AMECEA (Association des conférences épiscopales d'Afrique de l'Est), intitulée ‘ Sur l'autosuffisance “.

À cette époque, il était évident que les financements des donateurs internationaux diminuaient, tandis que les besoins financiers de l'Église augmentaient. Ma mission au bureau du procureur était de rendre l'archidiocèse de Nairobi financièrement autonome. Je crois que nous avons atteint un bon niveau de viabilité financière.

L'élément qui a sans doute le plus influencé mon travail actuel est mon expérience en tant que professeur et formateur au Grand Séminaire San Agustín de Bungoma. À Bungoma, j'ai constaté que les installations étaient dans un état déplorable. Le bâtiment n'ayant jamais été conçu pour accueillir un séminaire, d'importants travaux d'adaptation sont nécessaires.

Il était évident que le séminaire connaissait des difficultés financières. Même les besoins les plus élémentaires — réparations et achats — posaient problème. La question était : d'où viendrait l'argent nécessaire ?

L'idée de ce fonds est née lorsque vous travailliez au séminaire…

– Oui. Nous avons rapidement compris que le séminaire Saint-Augustin n'était pas le seul à rencontrer des difficultés. D'autres séminaires nationaux, comme Sainte-Marie à Molo, Saint-Thomas-d'Aquin à Nairobi et Saint-Matthias-Mulumba à Tindinyo, se trouvaient dans une situation similaire.

C’est ainsi qu’est née l’idée du Fonds de dotation des séminaires (FDS). Concrètement, tous les fonds collectés sont investis de manière appropriée. Seuls les intérêts générés servent au fonctionnement et à l’amélioration des séminaires. La Conférence des évêques catholiques du Kenya (CEK) a pleinement soutenu cette initiative et a lancé le fonds en novembre 2018.

Comment les séminaires au Kenya étaient-ils financés historiquement ?

Le Kenya a longtemps été considéré comme un territoire de mission, ce qui lui permettait d'accéder à des financements étrangers. Chaque année, les séminaires recevaient une subvention. Pour construire un bâtiment, il suffisait de rédiger une proposition, d'obtenir les fonds et de commencer les travaux.

Nous sommes devenus dépendants des donateurs. Le Kenya n'est plus un territoire de mission. Désormais, c'est l'inverse qui est attendu : nous devrions aider les autres territoires de mission. La réponse à ce défi a été très positive. La devise qui nous unit aujourd'hui est l'autosuffisance.

Quelles sont les perspectives les plus prometteuses pour le fonds de dotation ?

Notre plus grande richesse réside dans les 15 millions de catholiques du Kenya (les estimations varient). Le message essentiel est que, contrairement à avant, où la formation de nos prêtres était financée par d'autres, cette responsabilité nous incombe désormais. Nous encourageons les fidèles à contribuer à ce fonds.

Grâce à un conseil d'administration compétent, nous veillons à la plus grande prudence dans nos investissements. Actuellement, nous investissons dans des instruments financiers. Par ailleurs, nous organisons des activités et des événements – tournois sportifs et dîner annuel – afin de compléter les contributions de nos membres et de diffuser notre message.

Pour l'instant, le fonds est assez modeste, s'élevant à environ 50 millions de shillings kenyans (387 000 dollars américains). Nous espérons doubler ce montant avant la fin de l'année.

Quelle est la taille cible du fonds ?

– Un milliard de shillings kenyans (7,73 millions de dollars américains). À nos débuts, nous étions très naïfs. Nous pensions pouvoir récolter un milliard en un an. Le raisonnement était simple : si 200 000 des 15 millions de catholiques donnaient chacun 5 000 shillings, nous atteindrions le milliard. Nous avons vite déchanté.

Beaucoup de gens ignorent l'existence de la SEF. Nous avons visité 22 des 28 diocèses du Kenya. Nous avons discuté de la SEF avec des prêtres. L'année dernière, nous avons créé des comptes sur TikTok, YouTube et Facebook. Nos efforts commencent à porter leurs fruits. L'année dernière, pour la première fois, les dons individuels ont dépassé les fonds récoltés lors des tournois et du dîner.

Vous avez évoqué certains des défis que vous avez rencontrés. Quels autres défis y a-t-il ?

– Tout d'abord, envoyer des messages à tous les contributeurs (plus de 4 000 personnes) coûte très cher. Nous mettons tout en œuvre pour remercier et encourager nos donateurs. Nous utilisons encore Excel, et c'est un vrai cauchemar. Mais l'équipe arrive tant bien que mal à suivre le rythme. Le logiciel adéquat est assez onéreux ; nous ne l'avons pas encore acheté.

Deuxièmement, le pays est tout simplement immense. Il y a tellement de personnes à atteindre, alors que notre équipe est assez petite.

Troisièmement, les paroisses et les diocèses organisent déjà de nombreuses campagnes de collecte de fonds pour construire des églises, des écoles, des hôpitaux et réaliser d'autres œuvres caritatives. Il est compréhensible que les gens soient peu enthousiastes à l'idée d'une nouvelle contribution. Nous avons fort à faire pour convaincre les fidèles que s'il y a bien une chose dont ils ont besoin, c'est un prêtre compétent. Ce serait un véritable gâchis de construire une église sans prêtre pour y célébrer la messe. Actuellement, nous manquons cruellement de prêtres.

Y a-t-il une pénurie de métiers au Kenya ?

Non, en fait, nous constatons une forte augmentation des vocations. Nous comptons actuellement 1 100 séminaristes, mais malheureusement, chaque année, nous devons refuser de nombreux candidats faute de places. Cette année, nous allons en refuser 200. L'an dernier, nous en avions refusé 64. On pourrait dire que c'est un “ bon problème ”.

Outre l'amélioration des conditions de vie dans les séminaires, il est indispensable d'accroître leurs capacités. Il faut également veiller à la bonne formation des séminaristes.

Nos séminaires souffrent souvent d'un manque de personnel. Par exemple, le séminaire Saint-Augustin de Mabanga compte 269 séminaristes pour seulement huit prêtres, qui font également office d'enseignants et de formateurs. De plus, ce personnel déjà surchargé doit composer avec un manque de matériel.

Nous devons nous fixer des objectifs ambitieux. Aujourd'hui, les prêtres sont tenus de se spécialiser : aumôniers d'hôpitaux, aumôniers scolaires, formateurs, etc. La société contemporaine nous confronte chaque jour à de nouveaux défis – tels que l'intelligence artificielle et les médias sociaux – qui influencent la manière dont le sacerdoce est vécu aujourd'hui. Les séminaristes doivent être préparés à tout cela. Cela nécessite un investissement.

Il est plus que jamais nécessaire d'accroître la capacité de nos séminaires, car les Églises des pays développés nous sollicitent pour obtenir des prêtres. Nous en avons déjà envoyé en Amérique, en Australie et dans certaines régions d'Europe.

Y a-t-il eu des histoires touchantes durant ces six années à la tête du fonds ?

– Beaucoup. L'an dernier, nous sommes allés à Narok pour encourager les gens à contribuer au fonds. Nous leur avons dit : « Il suffit de donner un shilling par jour. Si chaque catholique du Kenya donnait un shilling par jour, cela représenterait 15 millions de shillings par jour ; nous atteindrions notre objectif en six mois. » Ce message a été très bien accueilli. Les gens continuent de nous envoyer un shilling chaque jour. Certains trouvent qu'un shilling, c'est trop peu, alors ils en envoient cinq ou dix. À la fin de la présentation ce jour-là, certaines personnes ont envoyé 365 shillings (environ 3 dollars) ; un shilling pour chaque jour de l'année, à l'avance.

C'était très émouvant. Nous aimerions reproduire cette expérience dans les autres paroisses que nous visitons. Souvent, lorsqu'on demande aux gens de contribuer, ils pensent : “ Je ne peux pas donner dix shillings, ni même cent, ce n'est pas suffisant. ” Mais lorsqu'ils entendent que nous sommes ravis de recevoir ne serait-ce qu'un shilling, tout change. Ils commencent alors à donner.

Il y a un homme qui a commencé à contribuer en 2019. Il envoyait des montants variables chaque semaine : 23 shillings une semaine, 45 la suivante, et ainsi de suite. Mais il a été très régulier. De plus, il a augmenté ses dons. Maintenant, il envoie au moins 100 shillings par semaine.

Par ailleurs, deux femmes, l'une de Bungoma et l'autre de Nairobi, ont vécu des expériences similaires. Elles nous ont confié : “ Je ne sais pas comment l'expliquer, mais depuis que je contribue, mon entreprise marche très bien. ”.

Nous célébrons également chaque année une messe en l'honneur de saint Charles Borromée, patron de la SEF. Les fidèles suivent la messe en direct des séminaires grâce à différentes retransmissions. Ils nous font part de leurs intentions de prière. La première fois que nous avons célébré la messe, il nous a fallu près de 30 minutes pour lire toutes les intentions. La deuxième fois, nous en avons reçu des milliers. Nous n'avons pas pu les lire pendant la messe, car cela aurait été trop long ; nous pouvions seulement assurer les fidèles que nous priions pour leurs intentions. Les gens souhaitent qu'une messe soit célébrée pour leurs intentions. Ils veulent vraiment soutenir la formation des séminaristes, mais aussi que quelqu'un prie pour eux.

Les séminaristes se sont également organisés au sein d'une association appelée « Fonds de dotation des Amis des Séminaires ». Ils prient quotidiennement pour ceux qui contribuent à ce fonds.

Comment les lecteurs peuvent-ils contribuer au fonds ?

Au Kenya, vous pouvez faire un don très facilement via M-PESA. Vous pouvez également mettre en place un virement permanent auprès de votre banque pour effectuer des contributions régulières. De plus, nous proposons une solution pour les dons internationaux. Vous trouverez toutes les informations sur notre site web. Vous pouvez aussi contacter directement nos bureaux aux coordonnées manquantes. info@sef.or.ke.

Un dernier mot ?

– Je l’ai dit une ou deux fois et les gens m’ont regardé avec un peu de surprise : le Fonds de dotation du séminaire (SEF) est, pour le moment, l’initiative la plus importante de l’Église au Kenya.

L'auteurFrancis Nyatundo

Bulletin d'information La Brújula Laissez-nous votre adresse e-mail et recevez chaque semaine les dernières nouvelles traitées d'un point de vue catholique.