À l'occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, célébrée le 11 février, nous avons rencontré Alfonso Carrascosa, auteur de ‘ 100 femmes scientifiques catholiques espagnoles ’. Docteur en sciences biologiques de l'Université Complutense de Madrid et chercheur au CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol), Carrascosa affirme que “ des femmes scientifiques catholiques ont existé, existent et continueront d'exister ».
Alfonso Carrascosa a débuté sa carrière professionnelle dans le domaine de la microbiologie. Au fil du temps, son intérêt s'est porté sur l'histoire des sciences, domaine dans lequel il a développé un axe de recherche original : la redécouverte et la promotion des femmes scientifiques catholiques espagnoles dont les carrières ont, dans bien des cas, été reléguées dans l'oubli ou relatées de manière fragmentaire.
Le chercheur a maintenant publié le livre '100 femmes catholiques et scientifiques espagnoles’ », un ouvrage qui rassemble plus d’une centaine de notices biographiques et met en lumière une conviction centrale de son travail : que science et foi Non seulement ils sont compatibles, mais ils ont coexisté avec succès tout au long de l'histoire contemporaine.
Dans cet entretien, Carrascosa revient sur les raisons qui l'ont amenée à explorer ce domaine d'études, les défis historiographiques qu'il comporte et l'importance de proposer des modèles féminins qui intègrent vocation scientifique et vie religieuse.
Qu’est-ce qui vous a inspirée à faire des recherches et à écrire sur les femmes scientifiques catholiques espagnoles ?
Ce sujet m'a toujours profondément intéressée. J'ai constaté que personne ne l'abordait de manière systématique, alors même que de nombreuses femmes correspondent parfaitement à ce profil. Les mettre en lumière nous permet de démontrer, par des faits concrets, que la science et la foi catholique sont non seulement compatibles, mais qu'elles ont coexisté et se sont mutuellement enrichies tout au long de l'histoire.
Mon objectif a été de fournir des noms, des parcours et des contextes : des femmes catholiques pratiquantes qui ont réalisé un travail scientifique ou pédagogique de premier ordre, dont beaucoup dans le milieu universitaire.
Dans ‘ 100 femmes scientifiques catholiques espagnoles ’, vous proposez une perspective originale sur ces carrières. Selon vous, où réside la principale nouveauté de votre approche ?
L'innovation majeure de ce projet réside dans l'articulation de ces trois dimensions : femmes, scientifiques et catholiques. Il ne s'agit pas de caractéristiques secondaires, mais bien d'aspects constitutifs de leur vie et de leur carrière. Jusqu'à présent, la dimension religieuse de ces femmes avait été largement ignorée, voire purement et simplement occultée du récit historique. Dans certains cas, leur vie spirituelle était totalement inconnue ; dans d'autres, elle était jugée sans rapport avec la compréhension de leurs travaux scientifiques.
L’objectif n’est pas d’ajouter un détail anecdotique, mais de retrouver une dimension essentielle de leurs biographies. Une histoire des sciences qui néglige systématiquement l’aspect religieux offre nécessairement une vision partielle et incomplète.
Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de la recherche sur ces trajectoires ?
Cela témoigne sans aucun doute de leur appartenance à la foi catholique. Ceci s'applique aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Nombreux sont ceux qui ont longtemps évité d'afficher publiquement leur foi par crainte de répercussions professionnelles ou universitaires. Aujourd'hui, dans bien des domaines, exprimer sa foi est un acte de témoignage, presque un martyre.
Paradoxalement, ce silence renforce le discours laïque dominant, selon lequel il n'existe aucune femme scientifique catholique. Mes travaux démontrent le contraire. Des entretiens avec des membres de ma famille, des recherches dans des archives personnelles et la consultation de documents inédits ont été essentiels pour reconstituer ces parcours.
Le CSIC occupe une place importante dans vos recherches. Pourquoi est-ce un domaine clé ?
Le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) espagnol marque la naissance du scientifique professionnel en Espagne. Entre sa création en 1939 et 1975, le nombre de femmes parmi son personnel a triplé, dépassant les 301 %. Ce fait objectif est pourtant rarement évoqué.
Le point le plus important est que la grande majorité de ces femmes étaient des catholiques pratiquantes. Pourtant, l'idée persiste que la science en Espagne était au point mort durant cette période, ce qui est faux. Le développement du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol) démontre précisément le contraire.
Quel rôle joue l’Église dans la formation intellectuelle de ces femmes ?
– Un rôle décisif dans de nombreux cas. L'ouvrage présente d'éminents groupes de femmes scientifiques liées à des organisations ecclésiastiques telles que l'Opus Dei, l'Association catholique des propagandistes et les Sœurs Thérésiennes, fondées par saint Pedro Poveda. Ces institutions ont offert à de nombreuses femmes des opportunités de développement intellectuel, universitaire et professionnel de haut niveau.
Le cas d'Ángeles Galino, première femme professeure d'université en Espagne contemporaine, qui était une religieuse thérésienne, est emblématique. Avant que je ne documente sa carrière, ce fait était pratiquement inconnu.
Comment votre travail a-t-il été accueilli ?
Globalement, c'est très positif et surtout surprenant. Beaucoup ignoraient l'existence de tant de femmes religieuses consacrées à la recherche scientifique. Dans le milieu universitaire comme ailleurs, ces parcours sont salués comme des exemples concrets de la compatibilité entre science et foi.
C’est pourquoi j’ai une forte vocation pour l’écriture et la publication de ces profils : je crois que c’est une façon d’enrichir les connaissances historiques et d’offrir un récit plus complet et plus honnête.
D'après votre expérience, comment décririez-vous la relation entre la science et la foi ?
– Dans une relation complémentaire et, dans bien des cas, synergique. Dieu se révèle à travers ses œuvres, et la science cherche à les décrire et à les comprendre. Je n'ai jamais vu un scientifique perdre la foi à cause de la recherche ; au contraire, bien souvent, la recherche renforce l'ouverture à la transcendance.
La prétendue incompatibilité entre la science et la foi catholique reflète davantage l'expansion de certains discours athées qu'une véritable contradiction entre les deux.
Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes scientifiques qui souhaitent intégrer leur foi à leur vocation professionnelle ?
Je leur dirais de ne pas avoir peur. Des femmes scientifiques catholiques ont existé, existent et continueront d'exister. La recherche ne fait pas disparaître la foi ; elle peut être une source de force et de sens.
Je les encouragerais à s'appuyer sur les réalités ecclésiales que l'Église offre et à ne plus dissimuler, même de façon simpliste, la compatibilité de la foi et de la science. Ce témoignage peut être d'un grand bienfait pour autrui comme pour eux-mêmes.





