Les responsables des institutions catholiques — prêtres, évêques, trésoriers et laïcs engagés — portent une responsabilité importante : gérer les ressources financières qui leur sont confiées de manière à protéger la mission de l’Église, à refléter la doctrine sociale catholique et à assurer la vitalité à long terme des œuvres de l’Église.
Pour beaucoup, cependant, cette responsabilité s'accompagne d'une question récurrente : est-il possible d'investir d'une manière compatible avec la foi catholique sans sacrifier les rendements financiers ?
Pendant des années, cette question a suscité incertitude et doutes. On a souvent supposé qu'un portefeuille constitué selon des principes éthiques et religieux serait inévitablement moins performant que les investissements classiques. Or, l'expérience nous prouve le contraire.
L'analyse de l'expérience accumulée par plusieurs organisations spécialisées depuis des décennies dans l'investissement éthique montre que l'adhésion aux principes de la doctrine sociale de l'Église n'a historiquement pas entraîné de baisse des rendements à long terme. Au contraire, une gestion financière fondée sur les valeurs catholiques peut parfaitement concilier performance économique et rigueur.
En d'autres termes, la bonne gestion et la fidélité à l'Évangile ne sont pas des réalités opposées ; elles font partie d'une même mission.
Pourquoi est-ce important pour l'Église ?
Les décisions financières constituent une forme concrète de témoignage. Lorsque les investissements d'un diocèse, d'une congrégation religieuse ou d'une institution catholique ne sont pas conformes aux enseignements de l'Église, une occasion importante de montrer l'exemple est perdue.
À l’inverse, lorsque les dirigeants de l’Église comprennent le fonctionnement des investissements conformes à la foi, leur capacité à expliquer et à promouvoir ces options au sein de leurs communautés s’accroît. Il en résulte un cercle vertueux : la compréhension renforce la confiance, et la confiance favorise la générosité et la participation.
Reconnaître que les écarts de performance à court terme ne compromettent pas nécessairement la compétitivité à long terme permet également de considérer la gestion financière comme une véritable forme de leadership bienveillant. Cette prise de conscience donne aux responsables l'assurance nécessaire pour agir avec conviction.
Mensuram Bonam : Un appel à la cohérence
En 2022, l’Académie pontificale des sciences sociales a publié Mensuram Bonam, dans lequel elle invitait l’Église et tous les fidèles à aligner leurs décisions d’investissement sur les principes de la foi catholique.
Ce document nous rappelle que la mission de l’Église ne s’arrête pas aux portes de nos églises. Au contraire, elle imprègne toutes les dimensions de la vie chrétienne, y compris la manière dont nous gérons les ressources financières qui nous sont confiées.
Investir n’est donc ni une activité neutre ni une simple démarche technique. C’est une composante essentielle de la vie chrétienne. Par nos choix financiers, nous pouvons témoigner de l’Évangile, défendre la dignité humaine et œuvrer pour le bien commun.
Les directives proposées dans Mensuram Bonam coïncident également dans leurs grandes lignes avec celles élaborées par plusieurs conférences épiscopales nationales — notamment celles des États-Unis, d'Allemagne, d'Italie et d'Autriche — puisqu'elles puisent toutes à la même source : l'Évangile, la doctrine sociale de l'Église et la tradition catholique.
Les trois piliers de l'investissement cohérent avec la foi
Mensuram Bonam identifie trois dimensions fondamentales de l'investissement catholique : l'engagement, l'amélioration et les exclusions.
Engagement : promouvoir le bien commun par le dialogue
Cet engagement consiste à utiliser la position d'investisseur pour encourager des comportements commerciaux plus responsables.
Ceci se réalise grâce à un dialogue direct avec les entreprises et à l'exercice du droit de vote des actionnaires. Ainsi, les investisseurs catholiques peuvent contribuer à orienter les politiques d'entreprise vers un plus grand respect de la dignité humaine, une gestion environnementale responsable et le bien commun.
Amélioration : Prioriser les meilleures pratiques d'entreprise
L’amélioration consiste à donner la priorité, sur un pied d’égalité, aux entreprises qui font preuve de pratiques sociales, environnementales et de gouvernance plus solides.
L’objectif n’est pas de sacrifier la performance, mais de rechercher des opportunités d’investissement qui allient qualité financière et responsabilité éthique.
Exclusions : éviter toute collaboration avec des activités incompatibles avec la foi
Le troisième pilier – les exclusions – est peut-être le plus connu et, en même temps, celui qui suscite le plus d’inquiétudes.
Il s'agit d'éviter les investissements dans des entreprises impliquées dans des activités incompatibles avec la dignité humaine et la doctrine de l'Église, telles que celles liées à l'avortement ou à la production d'armes de destruction massive.
C’est là que se pose la question la plus courante : quel est le coût financier lié à l’exclusion de certaines entreprises de l’univers d’investissement ?
Le mythe de la rentabilité moindre
Pendant de nombreuses années, il a été difficile de répondre à cette question.
Les comparaisons traditionnelles s'appuyaient sur de larges indices de marché incluant toutes les sociétés cotées en bourse, y compris celles dont les activités étaient contraires aux valeurs catholiques. Dans une large mesure, il n'existait pas d'outils adéquats pour mesurer l'impact réel des exclusions sur la rentabilité.
En l'absence de données claires, nombreux sont ceux qui ont conclu que restreindre l'univers d'investissement entraînerait nécessairement une baisse des rendements.
Un autre défi a renforcé cette perception. Identifier les entreprises qui violent les principes fondamentaux de la doctrine catholique exige des connaissances spécialisées, une recherche constante et un discernement éthique permanent – des compétences qui font rarement partie de la formation standard des prêtres et des administrateurs de l’Église.
Il n’est donc pas surprenant que les préoccupations relatives à la performance soient restées l’un des principaux obstacles à l’investissement fondé sur la foi.
Une conclusion rassurante
L’expérience pratique et les données analysées par des professionnels spécialisés aboutissent à une conclusion encourageante : il est possible d’investir d’une manière conforme à la foi catholique et, en même temps, d’obtenir des rendements comparables à ceux du marché en général.
Les analyses comparatives entre les indices catholiques et les indices boursiers conventionnels indiquent que, historiquement, l'exclusion des entreprises incompatibles avec les principes de l'Église n'a pas empêché les investisseurs d'obtenir des rendements compétitifs à long terme.
L’expérience de portefeuilles réels gérés selon des critères catholiques confirme également qu’une bonne performance financière peut coexister avec une adhésion rigoureuse à la doctrine sociale de l’Église.
Pour les dirigeants de l’Église, cela signifie envisager l’avenir avec confiance. La fidélité à l’Évangile n’implique pas de renoncer à une saine gestion des ressources. Au contraire, une gestion financière conforme à la foi peut devenir une expression concrète du témoignage chrétien, capable de soutenir la mission de l’Église aujourd’hui et pour les générations futures.
Économe général adjoint de la Congrégation de la Mission des Pères Vincentiens, conseiller financier et d'investissement agréé.





