La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est l'une des plus répandues dans l'Église, présente aux quatre coins du monde. Un documentaire portant ce titre a été projeté en avant-première en Espagne le 11., Sacré-Cœur, Ce documentaire mêle reconstitutions historiques et témoignages contemporains pour explorer la figure de sainte Marguerite-Marie Alacoque et le message du Sacré-Cœur de Jésus. Ses réalisateurs, Sabrina et Steven Gunnell, d'origine française, y ont puisé une part de leur propre expérience de foi. Ils se sont entretenus avec Omnes à Madrid, à l'occasion de la projection du documentaire.
Quelle est l'origine de ce film ?
-SABRINA : C'est le récit d'une rencontre. En août 1923, nous étions au sanctuaire Notre-Dame du Laus, dans les Alpes françaises, et j'étais venu écouter le témoignage du père Marot, ancien recteur des sanctuaires de Paray-le-Monial, et d'Alicia Beauvisage. Durant tout ce temps, mon cœur battait la chamade ; je voyais de nombreuses similitudes entre leur histoire et la nôtre (celle de Steven et la mienne), et je comprenais que le Sacré-Cœur de Jésus avait véritablement été notre vie depuis le tout début.
Une fois notre entretien terminé, j'ai confié à Alicia que je réalisais des films avec mon mari depuis plusieurs années. Elle m'a pris la main et m'a dit : “ J'ai prié pour pouvoir rencontrer des réalisateurs chrétiens. ” À cet instant, j'ai compris la volonté de Dieu. Cet après-midi-là, en famille, nous avons découvert que nous pouvions nous consacrer au Sacré-Cœur, chose que nous ignorions, malgré notre foi catholique. Plus tard, à Paris, pendant deux mois, nous avons perçu des signes concrets du Sacré-Cœur, que ce soit dans la vie quotidienne ou en entrant dans un magasin, des choses qui nous avaient échappé jusque-là. Steven ne m'a rien dit de ce qu'il voyait, mais au bout d'un mois et demi, il a déclaré : “ Je crois que je vois beaucoup de Sacrés-Cœurs. ”.
Comment votre famille et vos amis proches ont-ils accueilli la nouvelle de ce projet ?
-SABRINA : Beaucoup d'amis considéraient le Sacré-Cœur comme un sujet dépassé, oublié de tous, poussiéreux et relique du passé. Mais il résonnait en nous, et nous sentions que le Seigneur nous appelait à l'aborder. Bien que nous ne sachions pas comment transmettre toute sa spiritualité – le cœur même de la foi – en 90 minutes, nous ressentions une sorte d'impulsion intérieure qui nous y poussait. C'est alors que Steven a eu l'idée du film.
Vous parlez de l'affiche ?
-STEVEN : Oui. Lorsque je voyais des affiches de films d'horreur ou sataniques dans les aéroports et les gares, j'imaginais montrer Jésus dans tout son amour et j'éprouvais une joie immense. Et nous avons dit oui. À partir de ce moment, il nous a fait comprendre ce que nous allions faire.
Il s'agit de leur neuvième documentaire ; le film a déjà dépassé le million de vues dans le monde et a été distribué dans plusieurs pays. S'attendaient-ils à un tel succès ?
-STEVEN : Il nous a fallu plus d'un an pour réaliser le film. Une fois terminé, notre distributeur français nous a indiqué que l'objectif était d'atteindre vingt mille entrées, car il s'agissait d'un documentaire chrétien et catholique, destiné à un public de niche, et non au grand public. Le film a suscité des polémiques, et nous avons constaté que la télévision française refusait les affiches à cause de la présence d'une croix, jugée trop confessionnelle. Malgré tout, nous avons placardé les affiches, et c'est ainsi que de nombreuses personnes ont découvert la projection du film en salles et ont commencé à aller le voir, par curiosité.
Une histoire personnelle
Steven, vous êtes passé de la gloire d'un groupe pop à une période très sombre, puis à la réalisation de films sur la foi. Y a-t-il quelque chose de cette chute qui transparaît encore, d'une manière ou d'une autre, dans les histoires que vous choisissez de raconter ?
—STEVEN : J'en faisais partie Groupe de garçons Alliage Du jour au lendemain, je suis passé de l'anonymat à la richesse et à la célébrité. Quand tout s'est effondré, j'ai tout perdu. À ce moment de ma jeunesse, j'avais goûté à la pire des drogues : la célébrité, car elle confère un pouvoir immense et l'illusion de l'éternité.
Je ne voyais plus d'avenir pour ma carrière artistique, alors je suis partie en Angleterre, où j'ai commencé à me détruire. Je dormais mal et j'étais au plus mal psychologiquement. J'avais peur. Désespérée, j'ai appelé ma mère, qui m'a conseillé, avant de faire une bêtise, d'aller me reposer dans une église. Et, pour la première fois de ma vie, je lui ai obéi.
Je suis allée dans une chapelle à Londres et je me suis endormie sur un banc. Jusque-là, je n'avais pas réussi à dormir, même la nuit. De retour chez moi à Nice, ma mère m'a emmenée dans une église pleine de monde, et en contemplant ce spectacle, j'ai éprouvé un sentiment de présence intérieure, de révélation. “ C'est Toi que je cherchais depuis toujours ”, ai-je pensé.
Avez-vous trouvé très difficile de comprendre ce que Dieu vous demandait à travers ce film ?
—STEVEN : Les premières années de notre mariage ont été difficiles, car le Seigneur nous préparait à notre mission. En 2012, nous avons reçu notre premier appel et découvert une immense joie derrière la caméra, en pouvant témoigner de la transformation des vies par Dieu. Dès lors, tout s'est enchaîné rapidement et nous n'avons cessé de grandir depuis.
Après mon expérience dans la musique, où j'ai été abandonné de tous, le don de la sagesse m'a paru d'une valeur inestimable. C'est la miséricorde, une fois encore. Dans le film, il y a une scène où Jésus-Christ est crucifié ; lorsque le soldat lui transperce le flanc d'une lance, l'eau jaillit de son corps sans vie, symbolisant la source inépuisable de la vie divine et la miséricorde de Dieu. Ce cœur d'où jaillit l'eau est véritablement la clé, le moyen de renouveler sans cesse son cœur.
La France est un pays fortement marqué par la sécularisation ; pensez-vous que ce contexte contribue, paradoxalement, au succès du film ?
—STEVEN : Saint Jérôme disait : “ Ceux qui ignorent l'histoire la réécrivent. ” Il y a deux mille ans, le Seigneur fut rejeté en de nombreux lieux, mais accueilli là où il pouvait accomplir des miracles. Des siècles plus tard, nous nous retrouvons à répéter les mêmes histoires. En France et ailleurs, des forces nient cette transcendance, mais je suis de ceux qui croient que les êtres humains sont profondément spirituels et, par conséquent, retrouvent toujours le chemin de la source, car c'est une quête perpétuelle. Je ne crois pas qu'une personne puisse en sauver une autre ; c'est pourquoi je suis catholique, car c'est Dieu qui me sauve.
Pensez-vous que le film pourrait trouver un écho auprès de certains spectateurs qui ne connaissent pas cette dévotion, et peut-être même les convertir ?
—SABRINA : Nous sommes les premiers spectateurs de nos propres films ; nous réalisons des films que nous aurions adorés adolescents. Nous recevons de nombreux témoignages de personnes profondément touchées par les projections, qui découvrent un chemin de foi là où elles s'y attendaient le moins et se posent des questions profondes qui les ramènent à la foi de leur enfance. Elles ont eu le sentiment que Jésus-Christ les appelait et leur demandait : “ Avez-vous oublié cette foi ? ” C'est très émouvant de lire leurs témoignages et de constater qu'après le film, leur expérience de la messe n'est plus la même. Désormais, elles perçoivent les battements de ce cœur.
Nous sommes ici pour manifester la grâce de Dieu, afin qu'il accomplisse sa volonté dans les cœurs. La dévotion au Sacré-Cœur est loin d'être une pratique du passé.





