Vatican

Monseigneur Luis Marín, OSA : “ La priorité du pontificat de Léon XIV est le Christ, avec tout ce que cela implique. ”.

Le préfet du Dicastère pour la Charité explique dans El Escorial que le schisme des traditionalistes ne tient pas seulement à la liturgie, mais aussi à leur refus d'accepter toute la Tradition de l'Église.

José Maria Navalpotro-8 juillet 2026-Temps de lecture : 4 minutes
Monseigneur Luis Marín, OSA

©Inmaculada Sancho

Monseigneur Luis Marín de San Martín (Madrid, 1961) est un proche collaborateur de Léon XIV. Augustin comme lui, avant l'élection de Robert Prévost au pontificat, ils déjeunaient fréquemment ensemble après avoir tous deux été appelés par le pape François à travailler à la Curie romaine. Il fut sous-secrétaire du Synode et, depuis près de quatre mois, il occupe le poste de… Aumônier de Sa Sainteté et préfet du Dicastère pour le service de la charité, l'un des plus influents actuellement.

Monseigneur Marín, un bon ami de Omnes, Il s'entretient avec le magazine depuis l'Escorial, où il a suivi un cours d'été de l'Université d'Europe centrale (CEU) sur la première année du pontificat de Léon XIV. Il convient de commencer par l'interroger sur la signification du récent voyage du pape en Espagne.

– Premièrement, pour nous confirmer dans la foi ; deuxièmement, pour semer l’espérance ; et troisièmement, pour donner un élan missionnaire.

En d’autres termes, il nous a rappelé les piliers fondamentaux de notre foi : Jésus-Christ, l’Église et l’Évangile. Parallèlement, il a dissipé le brouillard du pessimisme qui nous enveloppe parfois et nous a guidés vers un horizon d’espérance. Il nous a aussi fait prendre conscience de l’urgence de l’évangélisation, de la responsabilité de prendre notre vie en main et de la beauté du témoignage du Christ ressuscité dans le monde.

La réaction du public en général, et des jeunes en particulier, a été impressionnante. Il y a, me semble-t-il, une soif de Christ, un besoin de messages cohérents et solides qui répondent aux questions et aux problèmes du monde actuel. 

Ce fut un voyage magnifique, que j'ai eu la chance de vivre de près. 

Et, puisque vous êtes proche du Pape, que pensez-vous que ce voyage a représenté pour lui ? 

– Avant tout, pour renouer avec l’Espagne, un pays qu’il connaît bien et qu’il a visité à de nombreuses reprises. Et pour prendre conscience, aussi, de notre réalité. 

Durant le vol, je lui ai dit : “ Je crois qu’il y a beaucoup d’enthousiasme ”, et il a répondu : “ Je l’espère. ” Mais cet enthousiasme a largement dépassé toutes les espérances. Il s’est senti très à l’aise, a établi d’excellents liens avec les gens, s’est senti accueilli et écouté, et en même temps, fortifié dans son ministère de successeur de Pierre.

Quelle est, selon vous, la priorité de votre pontificat ? Vous avez mentionné que la priorité était “ la conversion missionnaire de l’Église ”. Qu’entendez-vous par là ?

La priorité du pontificat est le Christ ; le Christ est toujours au centre de tout. Vivre en Christ, s’identifier au Christ et témoigner du Christ. 

L'une des conséquences de cette réalité est la conversion missionnaire de l'Église. Car il est évident que si nous vivons en Christ, nous ressentirons l'urgence de le manifester et de le communiquer. Quiconque vit en Christ ressent nécessairement l'élan missionnaire, l'élan évangélisateur, l'appel à témoigner du salut au cœur du monde. 

L’élan missionnaire repose sur trois réalités. Premièrement, il naît de l’expérience du Christ ressuscité.

Deuxièmement, le Christ ressuscité nous unit à l’Église. Il est un puissant témoin de la communion. 

Troisièmement, le Christ ressuscité apporte son message au monde d'aujourd'hui. Nous devons témoigner de lui dans la culture où nous vivons, dans notre réalité quotidienne. Nous avons donc besoin d'une conversion missionnaire, c'est-à-dire d'une conversion au Christ et d'une volonté de témoigner de l'Évangile dans le monde d'aujourd'hui.

La triste scission des traditionalistes

Il y a quelques jours, les lefebvristes ont ordonné quatre nouveaux évêques à Écône, confirmant ainsi leur séparation de l'Église catholique. Qu'en pensez-vous ? Dans quelle mesure cette décision heurte-t-elle le pape ? 

Nous avons vécu cela avec une immense tristesse. Tout ce qui brise l'unité, comme le dit le Pape, est comme déchirer la robe du Christ. Et c'est très douloureux, car cela cause une blessure profonde. 

La lettre que Léon XIV adressa au prieur de la Fraternité Saint-Pie-X est très bien structurée et argumentée. Il est clair qu'elle fut écrite avec le cœur autant qu'avec la raison. 

Robert Prevost n'a jamais été un homme de confrontation ni de division. Il a cherché à faire appel au Christ, à la conscience, à l'amour chrétien, à l'amour de l'Église. Et il a clairement dit aux désobéissants : “ Ce n'est pas la voie à suivre. ” Le Pape est, toujours, le garant de l'unité.

Parallèlement, cette lettre est d'une grande clarté. Léon XIV ne fait aucun compromis. Avec charité, affection et proximité, il présente la doctrine chrétienne. Et il ne cherche pas un accord à n'importe quel prix : il ne s'agit pas de compromis, mais de vie chrétienne et de cohérence. 

Il est également clair que le problème posé par les lefebvristes n'est pas seulement liturgique, mais bien plus profond. Benoît XVI a tenté un compromis, une grande ouverture sur la liturgie. Celle-ci s'est avérée largement inefficace. Le problème fondamental réside dans le rejet du concile Vatican II (œcuménisme, liberté religieuse, séparation de l'Église et de l'État, dialogue interreligieux et liturgie). Un concile dont les documents ont pourtant été approuvés à plus de 90 % des voix.

La Tradition de l'Église ne se limite pas au Concile de Trente. Il y a une Église avant et une Église après. La Tradition de l'Église englobe tout, des premiers siècles au Concile Vatican II et jusqu'à nos jours. C'est une réalité vivante et évolutive. Nous devons prier et demander au Seigneur d'éclairer ces frères et sœurs, car nous vivons une période très douloureuse. Chaque schisme au sein de l'Église cause une immense souffrance. C'est une blessure au cœur, à l'âme. 

Un pape comme Léon XIV, pour qui l'unité est l'une des caractéristiques essentielles, doit précisément faire face à cette situation. Et, d'un autre côté – cas différent –, il y a aussi l'Église en Allemagne, qui a montré des signes de division.

L’unité est l’un des fondements du pontificat : la communion. C’est-à-dire l’union avec le Christ et avec son corps, l’Église.

Les chrétiens sont unis au Christ par une union existentielle, vécue et baptismale. Cette union avec le Christ nous conduit à l’union avec nos frères et sœurs, à la communion avec les autres membres de l’Église, Corps du Christ. Cette unité se vit et s’exprime dans la diversité des vocations, des contextes et des sensibilités. Le dépôt de la foi est immuable. Mais il ne s’agit pas non plus d’une uniformité appauvrissante. En cela, nous devons rester ouverts, car différentes expressions et évolutions sont possibles sur les questions non essentielles. Toujours dans la perspective de l’unité dans l’Église et avec l’Église. Tout ce qui brise l’unité ecclésiale brise l’unité avec le Christ. Et cela, comme l’a dit le Pape, est un péché grave. Nous sommes toujours avec Pierre et dans la barque de Pierre.

Mais le pape appelle aussi à l'espoir.

Oui, sans aucun doute, pour un chrétien, l’horizon est toujours porteur d’espérance. L’Esprit Saint agit dans son Église, la renouvelant et la vivifiant. Puissions-nous avoir l’humilité et l’amour de nous laisser guider par l’Esprit, qui nous unit au Christ et nous appelle à témoigner ici et maintenant de la beauté et de la grandeur de l’Évangile. C’est là le véritable et fondamental défi, et, en même temps, la source de notre espérance. Et d’une immense joie.

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