Un des conseils que les catholiques mariés donnent souvent aux femmes catholiques célibataires qui souhaitent se marier est de prier saint Joseph.
Le mari fidèle et aimant de Marie est considéré comme l'intercesseur idéal pour les femmes qui recherchent un homme comme lui : un homme fort et silencieux (je plaisante, bien sûr !). Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m'a dit : « Récitez une neuvaine à saint Joseph ! » ou « Avez-vous essayé de prier saint Joseph ? » Une fois, c'est arrivé en direct à la radio, et j'en ai eu les larmes aux yeux en répondant : « La prière ne fonctionne pas comme ça. J'ai récité la neuvaine à saint Joseph d'innombrables fois, et rien ne se passe jamais. En fait, il ne se passe jamais rien quand je récite des neuvaines, tout simplement. ».
Je les ai enfin comptées : 21. J’ai prié la neuvaine à saint Joseph, époux de Marie, qui se termine le jour de sa fête, le 19 mars, chaque année pendant 21 ans. Mes neuvaines sont maintenant en âge légal de boire.
Bien que je l'aie probablement formulé différemment chaque année, selon mon humeur, l'une de mes intentions pour la neuvaine a toujours été : « trouver un homme avec qui partager ma vie ». Il y a environ cinq ans, j'ai découvert une prière à saint Joseph que j'aime beaucoup, et j'ai donc commencé à la réciter chaque soir après mes vêpres. Je le déclare donc : saint Joseph a laissé une empreinte indélébile sur moi.
La prière est une relation. C'est une conversation avec quelqu'un de réel, quelqu'un d'invisible mais en qui l'on a confiance et qui nous entend. Elle peut être verbale ou silencieuse, emplie de larmes ou de joie. Durant toutes ces années de dévotion à saint Joseph, il est resté silencieux. Il m'a laissé en suspens, sans réponse (désolé pour les utilisateurs d'iPhone). Mais je garde confiance : lorsque je lui demande quelque chose, il m'entend. Il prie Dieu pour moi, comme le ferait un bon ami. Simplement, il ne me le dit pas. Il ne me donne aucune information. Il ne révèle pas son secret.
La seule raison pour laquelle je continue de croire que Joseph vit au ciel et intercède pour moi, c'est que j'ai dans ma vie des personnes qui lui ressemblent un peu. Des personnes discrètes, qui gardent généralement leurs pensées pour elles. Elles m'envoient des colis quand elles savent que je traverse une période difficile. Elles m'envoient des mèmes amusants ou me proposent de m'apporter du café. Leurs enfants m'appellent « Tante Sara » sans que personne ne leur ait rien dit. Elles ne partagent peut-être pas grand-chose de ce qu'elles pensent ou ressentent à un instant T – apparemment, je le fais déjà pour tout le monde – mais elles sont présentes. Elles sont là. Et Saint Joseph l'est aussi.
Dans l'Église, il existe une longue tradition d'acceptation du silence de Dieu. Je ne fais pas référence ici à la nuit obscure de l'âme, souffrance propre aux saints qui ont atteint un niveau de contemplation que je n'ai certainement pas atteint. Je fais référence à l'absence apparente de réponse du Père, chose normale et courante.
Sainte Thérèse l'expliquait en disant qu'elle se voyait comme un petit jouet appartenant à l'Enfant Jésus, un jouet qu'Il pouvait prendre ou laisser, selon Sa volonté. Elle disait que cela ne la dérangeait pas d'être mise de côté, d'attendre d'être choisie. Pour moi, cela a été un véritable défi, car je désire être choisie, non seulement par Jésus, mais aussi par un homme bon. Je ne suis pas du genre à rechercher l'attention ; au contraire, je cherche à soutenir et à défendre les nombreuses femmes merveilleuses qui m'entourent. Mais nous aspirons tous à être choisis. Nous souhaitons tous que quelqu'un nous remarque et dise : « C'est elle. » Et jusqu'à présent, saint Joseph ne m'a pas aidée à réaliser ce souhait.
Durant l'été 2023, je suis allée rendre visite à une amie à Montréal. Comme elle travaillait la journée, j'en ai profité pour découvrir la ville. L'un des endroits que je ne pouvais m'empêcher de visiter était l'Oratoire Saint-Joseph. C'était un de ces lieux dont on me disait que je devais absolument faire un pèlerinage si je voulais vraiment trouver un mari. « Mon amie l'a fait et a rencontré son mari dès le lendemain ! », me disaient-ils. Eh bien, (attention, divulgation !) je n'ai pas rencontré mon mari à l'oratoire.
Ce qui s'est passé, c'est que dans la crypte, où d'innombrables bougies vacillent devant saint Joseph sous différents vocables, je me suis retrouvée à en allumer une devant celle dédiée au « saint patron des mourants », pour mon père. Cela n'avait guère de sens, puisque mon père n'était pas mourant (du moins, à ma connaissance), mais j'ai pensé tout de même demander à Joseph de l'aider. Cela m'a apporté un peu de réconfort lorsqu'il est décédé subitement en janvier 2024.
Saint Joseph est resté silencieux lorsque je lui ai demandé de m'aider à trouver un mari, mais il n'est pas resté complètement silencieux : il m'a soutenue quand j'en avais besoin, d'une manière que je ne savais même pas comment formuler. Comme tout bon ami.
Saint Joseph, priez pour nous.
Cet article a été initialement publié en anglais en Angelus et est reproduit ici avec l'autorisation de l'éditeur.





