Les relations entre hommes et femmes semblent aujourd'hui tendues et empreintes de méfiance. On a l'impression que la différence pose problème, que la fidélité est impossible… Aimer, c'est apparemment voué à la perte. C'est pourquoi nous revenons à la Genèse, où l'histoire de l'humanité commence en affirmant exactement le contraire.
Nous lisons dans le premier livre de la Bible : “ Le Seigneur Dieu dit : ‘ Il n’est pas bon que l’homme soit seul… ’ ” (Genèse 2:18). Et cela ne se limite pas à décrire un besoin émotionnel. Cela révèle quelque chose de plus profond : l’identité même de l’être humain. Car l’humanité a été créée par Dieu. “ À son image, à l’image de Dieu il l’a créé… ” (Genèse 1:27). Cela ne signifie pas seulement qu'il est plus “ précieux ” ou “ supérieur ” au reste de la création ; cela signifie que si l'homme veut comprendre qui il est, il doit se tourner vers Dieu. Et qui est Dieu ? Dieu est Trinité. Dieu n'est pas solitude. Père, Fils et Saint-Esprit : une communion de Personnes dans l'amour.
Comme il enseignait Saint Jean Paul II, suite à Gaudium et Spes n°22, L’homme ne peut être pleinement compris qu’à la lumière de ce “ principe ”, c’est-à-dire en considérant le dessein originel de Dieu pour lui. Dès lors, après la solitude originelle, l’unité originelle apparaît, non comme un ajout, mais comme l’expression de ce qu’est l’homme depuis le commencement : un être humain fait pour la communion, car Dieu lui-même est communion.
Né pour fonder une famille
La communion n'est pas une option agréable. C'est une vocation. On pourrait le dire ainsi : l'homme est fait pour fonder une famille.
Cette vocation s’exprime de multiples façons : dans l’amitié, dans la fraternité, dans la vie de l’Église. Mais si l’on veut en comprendre l’origine, la Genèse nous conduit à une première expérience décisive : "Il les créa mâle et femelle". (Genèse 1, 27). Et, bien qu’elle ne soit pas la seule forme de communion, elle est une forme originelle qui – comme le souligne saint Jean-Paul II – révèle quelque chose d’essentiel sur la personne humaine et sa vocation à l’amour. Dès lors, toutes les autres formes de communion – chacune à sa manière – participent à cette logique : unité, complémentarité et don. Quelle est cette logique ?
Si nous contemplons le Mystère de la Trinité, nous découvrons une chose surprenante : Dieu est Un… mais Il n’est pas uniforme. Le Père est Père. Le Fils est Fils. Le Saint-Esprit est Saint-Esprit. Il n’y a ni confusion ni inversion des rôles. Et c’est pourquoi, bien qu’ils soient Un en Divinité, ils sont aussi distincts dans leur mode d’être-relation – être en communion – afin d’être Un par l’Amour.
Et cela révèle une vérité essentielle pour comprendre la communion humaine : la véritable unité n’élimine pas la différence ; elle en a besoin. Sans différence, il n’y a pas de communion. Il n’y a que l’uniformité. C’est pourquoi, dans la Genèse, la réponse à la solitude n’est pas… “ Un autre exactement pareil ”. Mais quelqu'un de différent, et pourtant de semblable : “ Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l’appellera femme, car elle a été tirée de l’homme. “ (Genèse 2, 23). Comme on peut le constater : égaux en dignité, différents dans leur manière d’être. C’est ce que saint Jean-Paul II appelait l’unité originelle : la première expérience de véritable communion entre les personnes.
La complémentarité qui rend l'amour possible
La différence entre l'homme et la femme n'est pas un hasard. Elle est une nécessité pour une véritable complémentarité. Une structure inscrite dans le corps même qui dit : “ Tu n’es pas fait pour te replier sur toi-même, tu es fait pour recevoir l’amour et en donner. ”.
La complémentarité n’est donc pas seulement biologique. Elle est personnelle. Elle est la possibilité réelle de se donner. C’est pourquoi la Genèse ajoute : “ les deux deviendront une seule chair ” (Genèse 2:24). Il ne s'agit pas de confusion, ni de perte d'identité. Il s'agit d'unité dans la différence, comme le montre la Trinité : l'unité sans la confusion.
Cette logique n'est pas qu'une simple théorie. Elle se manifeste concrètement dans l'histoire du salut : Dieu a voulu que son Fils vienne au monde… au sein d'une famille : Jésus naît d'une mère et grandit avec un père. Non pas que Dieu ne puisse lui donner directement tout cet amour, mais parce que l'amour humain a sa propre manière de se manifester.
L’amour maternel vient d’une femme, l’amour paternel d’un homme. Tous deux sont nécessaires au cœur humain. C’est pourquoi, dans cette complémentarité – Marie comme mère, Joseph comme père adoptif –, Jésus trouve un véritable foyer : une authentique communion des personnes, une famille.
Lorsque l'harmonie de la complémentarité est rompue
Il est vrai que, malgré la beauté de tout ce qui a été dit jusqu'ici, nous savons tous que cette vision n'est pas la plus répandue. Pourquoi ? Parce que le cœur humain est blessé par le péché. Et, de ce fait, sa capacité à vivre en communion s'en trouve également altérée.
Il est vrai que la communion est indubitablement rompue lorsque l'autre cesse d'être un don et devient un objet, lorsque le corps est instrumentalisé au lieu d'être une manifestation visible de l'amour. Mais il existe une autre manière, plus silencieuse – et peut-être plus dangereuse – dont cette harmonie s'affaiblit également : lorsque la différence n'est plus accueillie, lorsque les hommes et les femmes cessent de se reconnaître dans leur propre manière d'être, lorsque la richesse de la différence se perd. C'est là que apparaît clairement combien la masculinité et la féminité sont des manières concrètes d'être une personne. Et en elles s'inscrit un appel à aimer fécondement : à vivre la paternité et la maternité. Nous pouvons tous le vivre : chez certains, cette vocation s'exprime aussi biologiquement, au sein de la famille. Chez d'autres, elle se vit de manière spirituelle et surnaturelle, comme c'est le cas du célibat ou, comme l'appelle saint Jean-Paul II, de la virginité pour le Royaume des Cieux.
Cette capacité d'accueillir, de donner, de donner la vie – de tant de manières – fait partie intégrante de la vérité de l'amour humain. Et lorsque cette richesse est rejetée, confondue ou brouillée, la relation perd de sa clarté originelle. Non pas parce que la personne perd sa dignité – qui ne se perd jamais – mais parce qu'elle s'éloigne, parfois inconsciemment, de l'image de Dieu inscrite en elle. Alors, malgré les meilleures intentions et les réflexions les plus profondes, un certain désarroi s'installe dans le cœur. De là naît la difficulté à aimer, à se donner, à être fidèle, à construire cette communion. Car l'amour a besoin de vérité. La vérité de l'amour humain inclut la différence, la réciprocité et la possibilité d'une authentique complémentarité. Lorsqu'elle est cultivée, la communion s'épanouit. Lorsqu'elle se perd, la relation devient fragile.
Une aventure possible
Il n'en reste pas moins que la vérité demeure : les hommes et les femmes ne sont pas faits pour être en compétition.,
Ni méfiance ni exploitation. Ils sont appelés à se rencontrer, à être fidèles par la grâce du sacrement de mariage, à découvrir en l'autre non pas une limite, mais un don. La différence n'est pas une guerre. C'est une aventure. Un appel à mieux aimer, à se dépasser, à construire ensemble, en communion, ce qui n'est possible que dans la construction d'un monde nouveau.





