Il est bien connu que le diaconat permanent a été débattu et rétabli lors du concile Vatican II. Ses objectifs ont été définis dans Lumen Gentium 29, et les normes générales ont été intégrées à Sacrum Diaconatus Ordinem en 1967. Une autre lettre apostolique, Ad Pascendum, a été publiée en 1972, et enfin les « Normes fondamentales pour le ministère et la vie des diacres permanents » en 1998. Depuis lors, l’Église est restée silencieuse sur la question du diaconat rétabli. Un élément de réponse se trouve dans le commentaire du cardinal Walter Kasper de 2003 : « Le ministère du diacre demeure flou et fait l’objet de controverses théologiques, ce qui explique la diversité des missions pastorales confiées aux diacres. ».
Le document préparatoire de 2023 pour le Synode sur la synodalité reprenait les propos du cardinal, déclarant : “ Le diaconat permanent a été mis en œuvre de différentes manières selon les contextes ecclésiaux. Certaines Églises locales ne l’ont pas instauré ; dans d’autres, on craint que les diacres ne soient perçus comme une sorte de palliatif à la pénurie de prêtres. Parfois, leur ministère s’exprime davantage dans la liturgie que dans le service des pauvres et des nécessiteux de la communauté. Nous recommandons donc d’évaluer la manière dont le ministère diaconal a été mis en œuvre depuis le Concile Vatican II. ” Difficile d’y voir une approbation sans réserve de soixante ans d’expérience, ce qui soulève la question : l’Église a-t-elle atteint le diaconat qu’elle souhaitait ?
Le danger de voir l'histoire se répéter
La question est importante, car le diaconat rétabli n'a que 60 ans. Alors que, sous sa forme ancienne, il a prospéré jusqu'au Ve siècle, il a ensuite connu un lent déclin pour diverses raisons. S'il y a des critiques, il faut les prendre au sérieux. Après tout, lors des débats du concile Vatican II, le cardinal Spellman a soutenu que la restauration était inutile et que les raisons de la disparition originelle du ministère permanent devaient être respectées.
Cependant, l’intention du Concile était on ne peut plus claire. Les Normes fondamentales de 1998 affirmaient : “ Le leitmotiv de sa vie spirituelle [celle du diacre] sera donc le service ; sa sanctification consistera à devenir un serviteur généreux et fidèle de Dieu et des hommes, en particulier des plus pauvres et des plus souffrants. ” Ceci est parfaitement conforme à l’argumentation convaincante du cardinal Suenens lors du débat conciliaire précédant le vote sur le rétablissement, selon laquelle l’Église, en tant que servante, trouverait une expression sacramentelle concrète dans un diaconat renouvelé. Dès lors, nous devons affronter de front toute critique.
Glorifiés enfants de chœur
Le rapport 2025 de la Commission sur le diaconat féminin constatait que, là où le diaconat est actif, ses fonctions “ coïncident souvent avec celles des ministères laïcs ou des servants d’autel lors de la liturgie ”. Cette critique, bien que profonde, n’est pas nouvelle. Le pape Grégoire le Grand déplorait déjà, au concile de Rome de 595, que les diacres ne se soucient plus des pauvres, mais plutôt du chant des psaumes. La plupart des diacres exercent des ministères extra-paroissiaux et accomplissent de nombreuses œuvres caritatives au sein de la société. Le risque est que ce service devienne invisible aux yeux de la hiérarchie, alors que la liturgie publique est, par essence, visible. On parle alors souvent de la “ double vie ” des diacres.
Une solution pour rendre visibles les fonctions diaconales serait de veiller à ce que chaque diacre soit enraciné dans une communauté eucharistique, tout en incluant ses autres ministères ecclésiaux dans son décret de nomination. Cela permettrait à ceux qui se concentrent sur la paroisse de ne pas négliger le ministère diaconal dans son ensemble. Puisque prêtres et diacres se rencontrent souvent à l'autel, les diacres qui ne sont pas versés dans les questions liturgiques peuvent être critiqués par certains membres du presbytérat, et c'est ainsi que leur compétence est jugée. Il est tout aussi clair que la vocation du diacre n'est pas de servir à l'autel, ni de servir le prêtre, mais de servir les plus démunis. Enraciné dans la Parole, le diacre est envoyé de l'autel au monde. Le service à l'autel est le reflet du service accompli dans le monde.
Un substitut utile aux prêtres
Cette critique est étrange, car le diaconat permanent ne permettrait pas de résoudre la pénurie de prêtres, les diacres ne pouvant les remplacer. Cependant, lors d'une allocution aux diacres permanents du diocèse de Rome en juin 2021, le pape François a déclaré que, si les diacres peuvent suppléer les prêtres en raison de cette pénurie, leur véritable vocation réside dans le service, en particulier auprès des pauvres, et non dans une simple substitution administrative. Il a affirmé : “ La diminution du nombre de prêtres a conduit à un dévouement excessif des diacres à des tâches de substitution qui, bien qu'importantes, ne constituent pas la spécificité du diaconat. Ce sont des tâches de substitution. ”.
Il s'agit ici d'une question d'individualité. Des prêtres surchargés peuvent considérer “ leur ” diacre comme une aide précieuse et disponible pour soutenir leur ministère paroissial. Mais les diacres ne doivent pas apparaître comme des assistants ou des prêtres en miniature, mais comme des diacres. Pour reprendre les termes du sermon d'Irma Wyman de 2001, « Saints Sauveurs », nous saurons que nous avons suffisamment de diacres lorsque “ … à force d'aller et venir, ils auront tracé un chemin entre l'autel et le caniveau, afin que tous puissent voir le lien entre le sang versé dans nos calices et le sang versé dans nos rues. ”.
Symboles de misogynie et de cléricalisme
Dans l’épître aux Romains (16,1), saint Paul écrit : “ Je vous recommande notre sœur Phœbé, diaconesse (diakonos) de l’Église de Cenchrées ”, utilisant un nom propre au masculin. Le Synode sur la synodalité a cristallisé un débat sur le diaconat féminin. L’exclusion des femmes suscite des réticences à promouvoir le diaconat dans certains diocèses, et certains diacres se sentent sur la défensive quant à l’exercice de ce ministère auquel ils se sentent appelés, mais dont d’autres sont exclus. Les diacres doivent rester fermes sur l’idée qu’ils ne s’arrogent pas le rôle de serviteurs, mais qu’ils animent plutôt le caractère serviteur de l’Église, lui rappelant sa mission fondamentale de service. Une Église avec des diacres est une Église où tous sont appelés, encouragés, formés et actifs dans la mission.
Témoins de l'espoir
On compte environ 50 000 diacres permanents dans le monde après les soixante premières années. Le rapport final du Synode de 2024 affirmait : “ Les diacres répondent aux besoins spécifiques de chaque Église locale, notamment en éveillant et en maintenant l’attention de tous sur les plus pauvres, au sein d’une Église synodale, missionnaire et miséricordieuse. ” Il s’agit d’une réaffirmation bienvenue et positive de la vocation unique de ce ministère. Si les diocèses se concentrent de plus en plus sur le maintien du ministère paroissial, cela peut conduire à négliger ou à exclure les questions relatives aux diacres, dont l’action s’étend bien au-delà des murs de la paroisse. L’Assemblée diaconale nationale de 2026 en Angleterre, par exemple, a pour thème la défense de la dignité humaine en toutes circonstances. Bien que les diacres soient affectés à une paroisse pour des raisons liturgiques, leur mission s’étend à l’ensemble de la communauté. Dans sa première grande exhortation apostolique, « Dilexi Te », en octobre 2025, Léon XIV a transmis un message puissant qui soutient directement le rôle primordial du diacre : “ …le ministère du diacre permanent, configuré au Christ Serviteur, est un signe vivant non pas d’un amour superficiel, mais d’un amour qui se penche, écoute et donne généreusement. ”.
Diacre permanent du diocèse de Hallam, Royaume-Uni





