Écologie intégrale

Kristin Collier : “ Le suicide assisté par un médecin est une atteinte à la dignité humaine. ”

Après l'adoption par l'État de New York d'une loi autorisant les patients en phase terminale à mettre fin à leurs jours grâce à une assistance médicale, Kristin Collier, médecin et professeure à l'Université du Michigan, considère le suicide assisté par un médecin comme “ une atteinte à la dignité humaine et à l'intégrité de la profession médicale ”.    

OSV / Omnes-2 juin 2026-Temps de lecture : 5 minutes
Pancarta Queremos vivir.

Manifestantes discapacitados protestan contra el suicidio asistido por médicos, silueteados mientras sostienen una pancarta frente a la Corte Suprema de Estados Unidos, en una fotografía de archivo (Foto de OSV News/Jason Reed, Reuters).

– Charlie Camosy, OSV News 

Kristin Collier, médecin et professeure agrégée de médecine interne à la faculté de médecine de l'Université du Michigan à Ann Arbor, dirige également le programme « Santé, spiritualité et religion » de cette même université. Dans cet entretien avec OSV News, elle aborde les questions éthiques soulevées et la manière dont les catholiques peuvent réagir aux arguments en faveur du suicide assisté.

Charlie Camosy : Je dois dire que les récentes décisions de l'Association médicale américaine (AMA), qui non seulement réaffirment fermement leur rejet de l'euthanasie assistée par un médecin, mais rejettent également l'utilisation d'euphémismes comme « aide médicale à mourir », me semblent capitales. Qu'en pensez-vous ?

Kristin Collier : Je partage votre enthousiasme et suis encouragé par les récentes décisions de l'AMA. Ces décisions sont importantes à bien des égards, mais un point essentiel est le suivant : pour avoir un débat cohérent sur des questions complexes, nous devons d'abord pouvoir parler honnêtement de ce qui se passe réellement. 

Dans cette décision récente, le conseil d’administration de l’AMA a noté à juste titre que “ des termes tels que l’aide médicale à mourir (AMM), l’assistance médicale à mourir et le fait de mourir dans la dignité pourraient s’appliquer aux soins palliatifs et aux pratiques de soins de fin de vie empreints de compassion qui n’incluent pas l’intention de provoquer la mort des patients… Ce degré d’ambiguïté est inacceptable pour fournir des orientations éthiques. ”. 

Je tiens à rappeler à vos lecteurs que nous accompagnons nos patients tout au long de leur fin de vie. C'est l'objectif des soins palliatifs et des soins de fin de vie de qualité. Toutefois, cela est catégoriquement différent de toute tentative de mettre fin à la vie d'un patient (qui est l'objectif du suicide assisté).

Camosy : L'État du Michigan est sous les feux des projecteurs concernant l'euthanasie depuis la polémique suscitée par les actes du Dr Jack Kevorkian, qui a pratiqué l'euthanasie illégale sur certains patients au début des années 1990. Comment ce débat a-t-il évolué depuis ? Qu'en pensent vos collègues et étudiants en médecine ?

Charbonnier: Je me souviens qu'un collègue m'avait dit il y a quelques années qu'il avait prédit qu'une fois que le souvenir culturel de Jack Kevorkian s'estomperait dans l'État du Michigan, des efforts seraient déployés pour tenter de faire adopter une loi sur le suicide assisté par un médecin dans cet État, et c'est exactement ce qui se passe. 

L'association Compassion and Choices, qui milite pour le suicide assisté, est très active dans le Michigan et s'efforce de rallier le soutien du public à cette pratique. Elle participe notamment à des événements destinés aux personnes âgées en donnant des conférences. 

Quant à mes collègues, je n'ai bien sûr mené aucune enquête formelle, mais d'après mes conversations avec eux, la plupart des personnes à qui j'ai parlé du sujet l'envisagent ainsi : même si elles peuvent avoir des réserves sur le suicide assisté et ne le choisiraient probablement pas pour elles-mêmes, elles ne se sentent pas suffisamment convaincues pour dire qu'il ne devrait pas être accessible aux autres. 

Distorsion : tentative de soulager la souffrance en éliminant le patient

Camosy : Quels sont les facteurs ou arguments qu’ils mettent le plus en avant ?

Charbonnier: Lors de nos échanges, mes collègues insistent souvent sur l'objectif de la médecine : soulager la souffrance. Je leur rappelle alors que les douleurs physiques et les souffrances chroniques ne figurent même pas parmi les principales raisons pour lesquelles les gens demandent une aide médicale à mourir. Et même si c'était le cas, viser à soulager la souffrance en éliminant le patient constitue une conception des soins de santé profondément erronée et appauvrie. 

Je suis reconnaissant envers des organisations comme le Patients' Rights Action Fund, qui contribuent à susciter le débat sur la réalité du suicide assisté et qui constituent leur propre coalition de personnes d'horizons divers, unies par un objectif commun : s'opposer à cette pratique. Le suicide assisté est une atteinte à la dignité humaine et à l'intégrité de la profession médicale.

Camosy : Il est intéressant de constater qu'il semble y avoir aujourd'hui une forte volonté, au-delà des divergences politiques, de limiter le PAK. À quoi attribuez-vous cela ?

Charbonnier: Je suis rassuré de constater que plusieurs États dirigés par des démocrates ont récemment rejeté ou bloqué des projets de loi sur l'aide médicale à mourir. Les raisons sont probablement multiples, mais il semble que l'enjeu soit clair pour tous, quel que soit leur bord politique. Des pratiques comme l'aide médicale à mourir mettent en danger la vie des membres les plus vulnérables de notre société – les personnes âgées, les malades graves et les personnes handicapées, entre autres – dans une société qui, sous le régime de l'aide médicale à mourir, a décidé que leur vie n'avait aucune valeur.

Si l'on admet que chaque être humain possède une valeur intrinsèque et une dignité inviolable, alors il est toujours injuste de chercher à le tuer. Le suicide assisté est une atteinte à la dignité humaine et, par conséquent, une question de justice qui transcende les clivages politiques.

L'importance des décisions prises au sein des foyers et des familles

Camosy : De quelles manières l’Église, tant au sein de petits groupes que d’institutions plus importantes, peut-elle résister efficacement au PAK ?

Charbonnier: Je pense ici à (Stanley) Hauerwas, qui disait que l'Église doit être l'Église et que le meilleur moyen d'y parvenir est de vivre d'une manière qui reflète l'histoire de Jésus en tant que communauté fidèle, distinctive et souvent à contre-courant. 

En rejetant le suicide assisté, nous devons vivre de manière à incarner ce que signifie véritablement une mort digne. Cela commence par les décisions que nous prenons, au sein de nos foyers et de nos familles, concernant les soins à apporter à nos proches malades et mourants, tout en militant pour de meilleurs systèmes et politiques leur permettant d'affronter cette situation avec dignité. Cela impliquera sans aucun doute d'assumer des responsabilités supplémentaires. 

Camosy : Parlez-nous de cette attention et du fardeau que vous portez.

Charbonnier: Le discours culturel dominant actuel prône l'évitement à tout prix de porter des fardeaux, véhiculant un message subtil, voire explicite, selon lequel porter des charges est laid, quelque chose à éviter et, franchement, pitoyable pour les deux parties. Mais nous, chrétiens, devons reconnaître qu'il s'agit d'un mensonge odieux et néfaste. Nulle part dans l'Écriture, porter des fardeaux n'est présenté comme une chose à éviter ; au contraire, je pense à Simon, à qui l'on a demandé de porter la croix de Jésus, et quel immense privilège cela représentait pour lui. 

Bien sûr, porter un fardeau peut être difficile ou ardu, mais c'est aussi un beau privilège que d'aider quelqu'un d'autre à porter sa croix, et c'est une responsabilité que personne ne devrait avoir à porter seul. 

Cela me rappelle une icône représentant Jésus, en Bon Samaritain, nous portant littéralement sur ses épaules. Je crois qu'en tant que chrétiens, cette opposition au suicide assisté témoigne du don de l'hospitalité chrétienne, par lequel nous contribuons à forger une culture où le partage des fardeaux n'est pas évité à tout prix, mais plutôt considéré comme un don qui nous permet de nous soutenir mutuellement. 

Pour approfondir ce sujet important, je recommande aux lecteurs : le livre “ Bien vivre et bien mourir : un plan catholique pour résister à l’euthanasie. ”.

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Charlie Camosy est professeur d'humanités médicales à la faculté de médecine Creighton d'Omaha, dans le Nebraska, et membre du département de théologie morale du séminaire Saint-Joseph de New York.

L'auteurOSV / Omnes

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