Si nous voulons révéler la véritable nature de l'enseignement religieux, il est essentiel de dénoncer les erreurs qui y règnent. Nous devons réfuter les slogans qui sèment la confusion chez nombre de fidèles et de dévots, car ils ne saisissent pas leur caractère hérétique ni leur incompatibilité avec la véritable foi chrétienne. Quatre erreurs gagnent du terrain dans la prétendue “ réforme ” de l'enseignement religieux. Examinons-les brièvement.
I. LE MYTHE DE “ L’HOMME MODERNE ”
La première erreur est le mythe de “ l’homme moderne ”, qui proclame un changement radical de la nature humaine à notre époque. On prétend que l’homme a changé si radicalement qu’on ne peut plus s’attendre à ce qu’il aborde l’Église de la même manière qu’il y a deux mille ans. Parce qu’il vit désormais dans un monde industrialisé, on croit qu’il a subi une transformation totale ; il est de plus en plus capable de dominer le monde grâce au progrès technologique. Et cela, soi-disant, fait de lui un être différent.
Le mythe de “ l'homme moderne ” a été inventé par quelques sociologues, mais malheureusement, beaucoup l'ont accepté comme une vérité simple et indéniable. Certes, la vie extérieure a beaucoup changé, mais l'homme lui-même est resté le même. Les principes du bonheur sont les mêmes qu'auparavant : l'amour, le mariage, la famille, l'amitié, la beauté, la vérité et, par-dessus tout, la paix intérieure, une bonne conscience. Ses ennemis moraux sont les mêmes qu'autrefois : l'orgueil, la luxure et ses fruits, les passions viles, l'ambition démesurée, l'envie, la soif aveugle de pouvoir, l'avarice, la cupidité, etc. On peut en dire autant des vertus morales, dont il est tenu de pratiquer : la justice, l'intégrité, la pureté, la générosité, l'humilité, la charité. L'homme a aujourd'hui la même condition qu'hier, les mêmes capacités d'intelligence, de connaissance et de libre arbitre, le même cœur capable de joie et de souffrance, le même destin. Son besoin de rédemption est toujours aussi vif. Les paroles de saint Augustin s'appliquent à lui tout autant qu'auparavant : “ Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il n'a pas trouvé en toi le repos. ”.
En réalité, sur quelles sources les sociologues s'appuient-ils pour affirmer que l'homme moderne a radicalement changé ? Sur quoi fondent-ils l'existence de cet “ homme moderne ” ? Ont-ils mené des tests, des enquêtes, et demandé à chaque homme s'il était un “ homme moderne ”, avec des besoins entièrement différents, auquel les mêmes normes morales ne s'appliquent plus ? Et comment ceux qui proclament simultanément que toute connaissance est limitée par le temps peuvent-ils supposer que leurs thèses sur “ l'homme moderne ” ne seront pas tournées en ridicule dans cinquante ans ?
a) La nature de l'homme ne change pas
En réalité, la nature humaine n'a pas changé au cours de l'histoire. Il suffit de lire les dialogues de Platon ou d'Hérodote pour constater que l'humanité demeure la même dans sa structure fondamentale. Un seul changement radical a marqué l'histoire : la venue du Christ, la Rédemption de l'humanité par sa mort sur la croix et le don de la vie de grâce par le baptême. Ainsi, par leur vocation à la sainteté, chaque personne est appelée à opérer en elle cette transformation.
Malgré l'identité fondamentale de la nature humaine à travers l'histoire, il existe bien sûr des différences significatives entre les individus quant à leur mentalité, leur sens moral et leurs exigences intellectuelles. Mais ces différences existent à toutes les époques. L'idée d'une transformation complète de l'humanité est donc un mythe, non seulement parce que la nature humaine n'a pas fondamentalement changé, mais aussi parce que le concept même d'“ homme moderne ” est un mythe – comme si tous les êtres humains, à une époque donnée, partageaient la même mentalité et la même structure ! C'est une affirmation totalement arbitraire, sans aucun fondement scientifique. En réalité, les différences de mentalité au sein d'une même époque sont encore plus marquées que les contrastes entre différentes époques.
b) Une influence fatale
Ce mythe de “ l'homme moderne ” a une influence néfaste sur l'éducation, et notamment sur l'éducation religieuse. Trop d'éducateurs religieux pensent qu'il faut dispenser à l'enfant d'aujourd'hui une éducation religieuse radicalement différente. Ils présument que l'éducation religieuse d'autrefois ne peut être bénéfique aujourd'hui, non pas parce qu'elle comportait des lacunes, mais parce qu'elle s'adressait à un “ jeune qui n'existe plus ”. Ils supposent que les méthodes pédagogiques, voire le contenu même de l'enseignement, doivent être adaptés à cet être mythique, à “ l'homme moderne ”. Ils oublient de reconnaître l'égalité fondamentale de la nature humaine à travers tous les âges, y compris l'identité de la jeunesse. Les êtres humains ont toujours éprouvé les mêmes besoins spirituels, les mêmes dangers du cœur ou de l'illusion, la même immaturité à la puberté, les mêmes désirs charnels et la même soif de Dieu au sein de l'âme chrétienne. La nature humaine est toujours encline à la même rébellion contre l'autorité, d'une part, et toujours aussi vulnérable aux faux maîtres, d'autre part. Au plus profond de son âme, l'homme nourrit toujours le même besoin et la même soif d'être guidé par une autorité véritable. Au lieu de voir cela, ces éducateurs succombent à l'illusion d'une “ jeunesse moderne ” qu'on ne pourrait atteindre, semble-t-il, que par une éducation religieuse d'un genre entièrement nouveau. Mais le pire, c'est que ce mythe les amène à croire qu'il faut changer non seulement les méthodes, mais aussi le contenu même de l'éducation religieuse… Autrement dit, la vérité religieuse elle-même doit être adaptée à cette mentalité moderne. Une telle attitude conduit inévitablement au vide de la foi, à la destruction de la vérité révélée et de la doctrine de l'Église, et à la substitution du prétendu esprit du temps, ce qui est une contradiction.
II. EXPÉRIMENTATION
La seconde erreur fondamentale réside dans la croyance que le moyen le plus efficace de guider les jeunes vers une vie religieuse vivante, et non formaliste, passe par l'expérimentation. Derrière cette notion d'expérimentation, ou de “ bienfait des sciences naturelles ”, se cache la croyance naïve que la seule méthode permettant d'atteindre la certitude dans la connaissance est le laboratoire ; que la “ perspective expérimentale ” ne peut donner de résultats que dans certains domaines, et que son utilisation dans d'autres est l'incarnation même de la méthode non scientifique. Il est absurde – et absolument impossible – d'utiliser la méthode expérimentale dans les domaines spirituels tels que la morale, la religion, le mariage et l'amour ; et dans les matières intellectuelles telles que la logique, l'ontologie et les mathématiques. Dans tous ces domaines, la seule façon d'obtenir une connaissance certaine est par une méthode complètement différente. Ce sont là des sujets où il faut acquérir une connaissance intuitive, des preuves authentiques. Pour tous ces sujets, les expériences sont inutiles. Personne ne dirait : « Nous devons faire des expériences pour découvrir que 2 et 2 font 4 », ou pour découvrir le principe de contradiction.
Mais l'expérimentation dans certains de ces domaines ne saurait être écartée simplement parce qu'elle est inutile, inapplicable et stérile – autrement dit, pour des raisons épistémologiques dans certains cas. Elle doit également être rejetée parce qu'elle est immorale, incompatible avec le respect que certaines choses exigent, ou avec la nature même de l'être. L'expérimentation suppose la possibilité de contrôler et de répéter un événement dans les mêmes circonstances. Or, il existe de nombreux domaines où les mêmes circonstances ne peuvent être reproduites lors de tentatives successives, et où soumettre quelque chose à l'épreuve contredit sa nature même. Imaginons qu'un homme dise : “ Menons des expériences sur la contrition : vous devez d'abord commettre un vol, puis un adultère, et nous observerons ensuite si votre contrition présente les mêmes caractéristiques dans les deux cas. “ L'immoralité d'une telle proposition devrait être évidente pour quiconque de sensé. Non seulement la gravité de tout péché interdit toute investigation expérimentale, mais il est également impossible de faire du péché un objet d'expérimentation. Ni l'observation par autrui ni l'auto-observation ne sauraient aboutir à un résultat digne d'intérêt, car la véritable contrition est dirigée vers Dieu et repose sur la reconnaissance de notre offense. Dès lors que j'en fais une ” expérience » ou que je cesse de l'envisager avec une attitude neutre, presque de laboratoire, elle cesse d'être de la contrition.
Ce genre d’expérimentation, terrible et vide de sens, n’est rien d’autre qu’une manœuvre trompeuse du type de celles que l’on trouve dans les travaux de Masters et Johnson, où les rapports sexuels deviennent l’objet d’une étude en laboratoire.
Nous connaissons tous l'enthousiasme avec lequel beaucoup défendent l'expérimentation dans les domaines de la liturgie et de l'enseignement religieux. L'expérimentation est perçue comme un remède au conventionnalisme éducatif qui s'est indéniablement répandu ces derniers temps. Elle est présentée comme une méthode réaliste : elle nous met en contact direct avec la réalité, substitue les faits aux théories et nous permet d'appréhender la réalité dans toute sa plénitude et sa diversité. Mais cette tendance même à croire que l'expérimentation est le seul moyen d'entrer en contact direct avec la réalité relève de la pure théorie, et de surcroît, de l'erreur. Elle transforme la vie, la plénitude de l'être, avec toute sa saveur, sa richesse et sa beauté, en un simple laboratoire.
Pour connaître la meilleure méthode d'éducation religieuse, il est indispensable de se pencher sur la réalité. Mais cette attention s'oppose non seulement aux théories abstraites, mais aussi, au même titre, à l'expérimentation. Se pencher sur la réalité, dans ce contexte, signifie, d'une part, une analyse approfondie de la nature de la religion et, d'autre part, une analyse de la manière appropriée de transmettre la vérité religieuse aux âmes. Cette seconde tâche exige une analyse de l'âme humaine en général et de la nature de chaque jeune en particulier. L'essentiel ici est une attitude de respect, une vénération qui est le fondement de la véritable philosophie. Cela présuppose cette attitude ainsi que le désir de comprendre les éléments intelligibles de l'être. Sans un véritable respect, nous ne pouvons atteindre une compréhension plus profonde des vérités ni découvrir les causes des échecs passés. De telles vérités ne peuvent être saisies que par cette attitude de respect et de compréhension, et jamais par cette approche neutre et mécanique.
Il est fondamentalement immoral de faire de l'âme des enfants un objet d'expérimentation concernant la seule chose nécessaire, la question fondamentale de la foi : l'union avec le Christ. Cette approche compromet ab ovo Toute véritable éducation religieuse est une sorte de vivisection spirituelle, une abomination aux yeux de Dieu.
III. HÉBERGEMENT
La troisième erreur fondamentale réside dans le concept erroné de “ revitalisation ”. Les nouveaux pédagogues affirment que la religion ne devrait pas être une notion abstraite pour les jeunes, détachée de leur quotidien, un sujet qu'ils abordent à l'église mais oublient aussitôt après ; quelque chose de si étrange, de si éthéré, qu'ils ne s'y sentent jamais à l'aise, qu'ils ne parviennent jamais à apprivoiser. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous devions nous prendre pour des réformateurs. Nous devons présenter la religion d'une manière qui s'intègre au quotidien des jeunes, qui en fasse partie intégrante du monde dans lequel ils évoluent. Nous devons adapter le contenu religieux à notre époque, à la mentalité de notre temps, afin que les jeunes puissent l'accepter facilement. Les enseignements religieux doivent être associés à des activités divertissantes et stimulantes.
De même, affirment-ils, le culte doit être adapté. La messe devrait être célébrée au son du jazz et du rock and roll afin que les jeunes s'y sentent à l'aise. Ils percevront alors le culte non comme une simple obligation ennuyeuse, mais comme une expérience joyeuse et vivante. Comme je l'ai souligné dans mon livre, *Le Cheval de Troie dans l'Église*, cette idée d'une “ religion vivante ” révèle une ignorance totale de la nature de la religion et de la révélation chrétienne. Elle n'entraîne pas la revitalisation, mais l'enterrement de la religion. La véritable revitalisation de la religion consiste précisément en son contraire.
Sans aucun doute, le problème d'une religion simplement “ conventionnelle ” était répandu durant les cinquante années précédant le concile Vatican II. Par religion conventionnelle, j'entends celle où l'on considère sa relation avec le Christ et l'Église comme une simple obligation légale, au même titre que l'État dont on est citoyen. On est catholique parce qu'on est né catholique et qu'on appartient à l'Église, comme on appartient à sa famille et à son pays. On remplit les obligations qui en découlent : on va à l'église régulièrement, comme si c'était un devoir ; on assiste à la messe le dimanche et, au moins une fois par an, on se confesse et on communie. On se marie à l'église et, en cas de séparation, on ne se remarie pas.
Cette forme de religion est considérée comme une composante normale de la vie conventionnelle, une chose qui s'intègre à son mode de vie. Ces personnes n'éprouvent aucun désir d'intérioriser la religion dans laquelle elles sont nées. Elles ne rencontrent jamais véritablement le Christ. Elles ne prennent jamais conscience du besoin de rédemption de l'humanité ; elles ne comprennent jamais que le Christ nous a rachetés. Elles ne font jamais l'expérience du monde de Dieu, un monde absolu, nouveau et sacré. Elles sont dépourvues du regard spirituel nécessaire pour percevoir la réalité surnaturelle qui nous est révélée dans la sainte humanité du Christ. Cette personne religieuse conventionnelle n'a pas saisi un aspect fondamental de l'Église : elle a engendré d'innombrables saints, chacun étant une preuve incontestable de la rédemption du monde par le Christ. Elles n'ont jamais vu dans le saint un exemple éclatant du but même de nos vies, de la raison même de notre existence : glorifier Dieu par notre transformation en Christ, devenir une nouvelle créature en Christ.
Dès que nous saisissons la véritable nature de la religion vivante et existentielle – véritable antithèse d'une religion simplement conventionnelle –, nous comprenons aisément que tenter d'obscurcir la différence entre le naturel et le surnaturel revient précisément à dépouiller la religion de son essence et à compromettre toute possibilité d'épanouissement intérieur authentique. Les erreurs du passé tenaient à une présentation abstraite et conceptuelle des vérités religieuses. La réalité saisissante du surnaturel et sa différence radicale avec le naturel n'ont jamais été présentées de manière à offrir à l'étudiant une conscience vivante et intuitive des réalités profondes qui se présentaient à lui.
La foi est donc devenue conventionnelle parce que personne ne préparait suffisamment l'âme des enfants à la rencontre avec la beauté et la gloire infinies de la Révélation du Christ ; personne ne développait suffisamment leur sens du sacré, la beauté intrinsèque de la sainteté, pour qu'ils perçoivent le gouffre qui sépare la sainteté de la simple efficacité ; personne ne leur révélait suffisamment la différence entre tout bonheur humain et le bonheur que seul Dieu peut répandre dans l'âme de tous ceux qui croient en Lui et L'aiment, un bonheur qui peut être présent et goûté même dans cette vie terrestre.
Une ironie amère
Et quelle ironie amère nous constatons aujourd'hui : ce qui était autrefois négligé, considéré comme une forme de léthargie bureaucratique, est précisément ce que certains recherchent aujourd'hui de manière systématique, explicite et consciente : l'obscurcissement de la distinction entre le sacré et le profane, la suppression du sens du surnaturel. Et cela se fait sous couvert de déconventionnaliser la foi et de la rendre vivante. C'est un remède étrange qui tente de combattre le mal en engendrant une plus grande abondance. Il ne s'agit là que d'une immunisation par inoculation. Le “ remède ” de la laïcité est prescrit par ces éducateurs qui ont perdu la vraie foi. Ils ne comprennent plus le surnaturel ni l'âme de l'homme : celle vers laquelle Dieu appelle et vers laquelle l'homme est irrésistiblement attiré, et celle vers laquelle les plaisirs terrestres attirent, l'esprit du monde. Ce sont là les antithèses auxquelles les modernes opposent l'enseignement religieux. Ils ne se demandent jamais pourquoi les jeunes sont attirés : sont-ils attirés par le monde authentique du Christ ? Ou bien est-ce que ce qui leur est offert a été adapté à l'environnement et à l'esprit qui les entourent, dans un monde dénaturé et déshumanisé qui, naturellement, a son propre attrait, au point que le contenu de la religion est complètement falsifié ?
IV. UN CROQUIS LAÏQUE
Ceci nous amène à une quatrième erreur. Dans leur empressement à faire de l’enseignement religieux une réussite, les “ nouveaux éducateurs ” oublient la véritable nature du succès, qui est pourtant la seule chose qui compte. Ils se contentent de l’efficacité des moyens employés, même s’ils sont en totale contradiction avec la fin véritable. Ils pervertissent le sens et la finalité authentiques de l’enseignement religieux, qui consistent uniquement à transmettre les enseignements de l’Église, à semer en chacun une foi profonde et inébranlable, et à faire naître en soi l’amour du Christ, un profond désir de le suivre et la volonté de vivre selon les commandements de Dieu.
Ces éducateurs se félicitent du succès éclatant de leur “ nouvelle approche ” de l’instruction religieuse ; ils ne semblent pas comprendre que l’attrait de leur méthode repose sur le rejet, de leur part, des vérités et réalités surnaturelles mêmes qu’ils prétendaient transmettre. Leur “ succès ” est alors comparable à celui du chirurgien qui se vante : “ L’opération a été un succès éclatant, mais le patient est mort. ” Ainsi, la fin qu’ils visaient, le but même de l’opération, est sacrifié à la gloire de l’intervention. La foi de tout jeune ayant subi ce traitement malheureux n’est plus la véritable foi chrétienne. Un credo sécularisé et humaniste, dépourvu des caractéristiques fondamentales de la Révélation du Christ, a été inculqué dans leur esprit. Ils ne croient plus au péché originel, à la nécessité de la rédemption, au fait que nous avons été rachetés par la mort du Christ sur la Croix. Ils ne croient plus à l’essentiel : notre transformation en Christ, notre relation personnelle d’amour avec lui. Ils ignorent tout de la véritable charité qui ne peut naître que dans le cœur de celui qui aime Dieu par-dessus tout, Dieu tel qu'il s'est révélé en Christ. Leur compréhension de la foi exclut la contrition, l'horreur du péché et la glorieuse union surnaturelle de tous les membres du Corps mystique du Christ.
À quoi sert l'instruction religieuse, quelle légitimité a-t-elle à exister si elle conduit à une doctrine plus proche du New York Times que de l'Évangile et du dépôt de la foi ? Qu'importe, dès lors, que tant de jeunes soient attirés par cet enseignement religieux ? Pourquoi sont-ils séduits par ce pseudo-enseignement religieux ? Qu'y a-t-il de si particulier dans ce pseudo-catholicisme pour qu'il soit si facilement et si joyeusement accepté par les jeunes, au point qu'ils “ coopèrent ” sans difficulté avec le professeur ? Ce succès est, en réalité, un succès illusoire. Il peut certes satisfaire la vanité du professeur, mais il s'agit de l'enterrement de la vraie foi et de la trahison de sa véritable vocation. Cette opération d'enseignement a véritablement été un “ succès ” : la foi des élèves est morte !
Nous devons présenter la foi authentique
La véritable antithèse du christianisme conventionnel réside dans la vitalité enracinée dans la foi catholique authentique, la foi inébranlable dans le Credo que notre Saint-Père, le pape Paul VI, a solennellement proclamé à la fin de l’Année de la Foi. C’est l’amour profond du Christ, la décision de le suivre, le désir ardent de lui, l’amour de son Église, la contemplation et la possession de sa beauté et de sa splendeur, et la profonde gratitude envers Dieu pour tous ses dons.
Si nous comprenons ce qui précède, nous pouvons définir plus clairement les caractéristiques d'une véritable éducation religieuse. Premièrement, elle doit être authentiquement féconde. Le contenu de notre foi ne peut être présenté comme une simple matière d'étude, au même titre que l'histoire ou les mathématiques. Il doit être présenté dans son unicité absolue, dans l'esprit de la messe du samedi pascal : « Annuntio vobis gaudium magnum », je vous annonce une grande joie. Les vérités fondamentales doivent être présentées aux jeunes auditeurs de telle sorte qu'ils soient imprégnés de l'atmosphère ineffablement sainte de la révélation. Une aura surnaturelle doit entourer ces vérités : la création du monde et de l'homme, la chute d'Adam, le péché originel, la Révélation de l'Ancien Testament, Dieu qui parle à Abraham et à Moïse, la formidable Révélation du Décalogue et la voix solennelle et puissante de tous les prophètes, en particulier Jérémie et Isaïe, puis l'ineffable mystère de l'Incarnation, l'Épiphanie de Dieu en Christ, la révélation de Dieu lui-même dans la sainte humanité du Christ, les miracles du Christ, ses paroles éternelles, sa mort sur la croix, sa glorieuse Résurrection et son Ascension, et la Pentecôte, la naissance de la Sainte Église.
V. L'ENSEIGNANT
Tout cela exige une foi profonde de la part de l'enseignant. On ne saurait surestimer l'importance de sa personnalité rayonnante, de son approche empreinte de respect face à ces mystères et de son souci constant d'éviter toute impression de négligence, de suffisance ou de vulgarité dans son style. Il doit non seulement être profondément enraciné dans le christianisme – dans son amour et sa fidélité à l'Église – mais cela doit aussi transparaître dans sa manière d'enseigner, dans son dialogue avec les élèves. Son profond sens du surnaturel et son amour du Christ doivent imprégner son enseignement. Et à ce moment-là, l'élève ne doit pas être perçu comme un enfant allant à l'école, un élève ordinaire comme dans les autres matières, mais comme une âme infiniment aimée du Christ.
L'enseignant de religion qui souhaite véritablement réussir doit éviter une erreur fréquente du passé : l'abus d'autorité. Une autorité dure, pédante et bureaucratique imposée aux enfants et aux jeunes est, en soi, contre nature, et cela est particulièrement vrai dans le contexte de l'enseignement religieux. Cependant, il faut souligner avec force qu'une absence totale d'autorité est bien pire : une soumission passive aux caprices des jeunes, une familiarité affectée, un ton condescendant, ou, pour reprendre une expression française, une attitude « de grand frère et de petit cochon ».
S'adressant au garçon avec discrétion, dans une attitude où une noble réserve se mêle à un profond amour, l'enseignant doit agir avec une autorité authentique. Il doit aussi s'efforcer de montrer aux jeunes la beauté et la dignité de la véritable autorité, et sa différence avec la pseudo-autorité qui s'empare si facilement de la jeunesse. Je fais référence à la pseudo-autorité de ceux qui savent impressionner les jeunes par des slogans, une prétendue indépendance, et en se présentant comme les pionniers de l'avenir, comme des idoles modernes et à la mode. Une tâche importante, surtout aujourd'hui, est d'aider les jeunes à adopter une attitude sceptique envers ces faux prophètes. Ces “ prophètes ” doivent être démasqués et reconnus pour ce qu'ils sont : des hommes contradictoires. Leurs théories, pour la plupart, doivent être exposées. Et eux-mêmes doivent être stigmatisés, compte tenu de leur nature éphémère, tels des mouches passagères.
Liberté ou esclavage
Rien de ce que fera l'enseignant ne suffira jamais à démontrer que se laisser séduire par la prétendue autorité de faux prophètes constitue la forme la plus extrême d'asservissement intellectuel et un renoncement à sa propre liberté. Au contraire, se soumettre à l'autorité sacrée de Dieu et de sa Sainte Église nous libère. Cela nous permet de comprendre la véritable hiérarchie des biens, de découvrir nos instincts égocentriques et, surtout, de reconnaître notre asservissement à notre propre orgueil.
Dans ce contexte, il convient de mentionner une grande réussite de l'éducation religieuse du passé : la mission de démontrer la beauté et la profondeur des biens naturels nobles tels que l'amour humain, l'amitié, le mariage et la beauté de la nature et de l'art. Ce fut une grave erreur. Lorsque le maître éveille chez le jeune homme l'appréciation des biens naturels nobles et lui montre la différence entre ceux-ci et les biens éphémères ou terrestres, il prépare son âme à l'ascension vers des biens incomparablement supérieurs, vers les biens surnaturels. Ces biens naturels nobles sont le reflet de la gloire infinie de Dieu, un don précieux de sa bonté. Ils ont le pouvoir de susciter un désir ardent de l'Absolu, qu'ils reflètent naturellement. Saint Augustin le souligne admirablement dans ses Confessions.
Certes, les biens créés peuvent nous éloigner de Dieu si nous nous y attachons trop, si nous les érigeons en idoles. Mais, d'un autre côté, ils ont aussi cette grande mission positive : élever nos esprits et préparer nos âmes au message surnaturel de Dieu. Et lorsque nous avons rencontré le Christ, lorsque nos cœurs ont été touchés par la bonté surnaturelle, lorsque nous comprenons la supériorité incomparable du surnaturel sur le naturel, alors les véritables biens naturels ne sont pas rejetés. Au contraire, ils sont transfigurés par le Christ, et nous sommes même capables d'en comprendre plus profondément la valeur : “ Dans la lumière, nous voyons la lumière ”, dit le psalmiste.
L'une des tâches les plus urgentes de l'éducation religieuse aujourd'hui est de développer le sens moral des élèves, d'éveiller en eux la beauté et la splendeur des valeurs morales et une profonde horreur du péché. L'amoralisme est aujourd'hui l'un des symptômes les plus catastrophiques du déclin spirituel et une menace singulière pour une véritable relation avec le Christ. Et là encore, il faut dire que le monde de la morale a souvent été présenté de manière trop abstraite, trop négative. Les affirmations sur le bien et le mal des actions se sont fondées sur des arguments fragiles. Il faut y remédier. L'importance fondamentale des catégories du bien et du mal moral doit être expliquée. La primauté des valeurs morales sur toutes les autres valeurs doit être soulignée. Seules les valeurs morales ont une signification éternelle. Socrate avait déjà perçu cette primauté de façon magnifique lorsqu'il disait : “ Il vaut mieux subir l'injustice que de la commettre. ”.
Une lourde responsabilité
La responsabilité des éducateurs religieux est aujourd'hui immense. Face à la vague d'apostasie qui déferle sur les catholiques, face à la désintégration déplorable qui s'opère au sein de l'Église, c'est une tâche ardue mais ô combien belle que de nager à contre-courant et d'aider à enraciner une foi catholique ferme et inébranlable dans le cœur des jeunes. C'est une mission magnifique que d'éveiller chez eux un véritable amour du Christ, un désir ardent d'une union plus profonde avec Lui, une ferme résolution à suivre les commandements de Dieu et le désir d'aborder tous les biens nobles de la nature à la lumière du Christ et avec une profonde gratitude envers Dieu.
Pour accomplir consciencieusement cette mission, l'éducateur religieux devra affronter de nombreuses persécutions, non seulement de la part du monde, mais aussi et surtout de la part des faux frères. Cependant, ces persécutions ne doivent jamais être si intenses qu'elles le conduisent au compromis. Les paroles de Notre Seigneur doivent toujours être présentes à l'esprit de l'enseignant : “ Quiconque fait trébucher un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache une meule de moulin autour du cou et qu'on le jette au fond de la mer. ”.
Comme pour toute tâche difficile, nous pouvons trouver un grand réconfort dans les paroles de saint Paul : “ Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ. ” Puisse le fidèle enseignant de la religion accomplir sa grande et noble mission avec espérance et un zèle fervent. Qu’il se souvienne que Notre Seigneur a dit : “ Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. ”.
Philosophe et théologien allemand. Converti au catholicisme en 1914, il dut fuir l'Allemagne en raison de sa ferme opposition intellectuelle au national-socialisme.





