Éducation

Francisca Cibié : “ La technologie apporte beaucoup si elle est utilisée à bon escient. ”

Dans cette interview, Francisca Cibié, directrice du développement académique à l'institut technique professionnel Duoc UC, conseille les écoles et les familles afin de promouvoir le bon usage des technologies chez les enfants et les adolescents.

Alejandra Figari et Juan Ignacio Izquierdo H.-6 mai 2026-Temps de lecture : 5 minutes
Francisca Cibié

Francisca Cibié, Directora de Desarrollo Académico en el instituto técnico profesional Duoc UC.

Lorsqu'on parle d'écrans dans un contexte éducatif, la première ou la deuxième question est généralement : “ Comment la technologie contribue-t-elle au processus d'apprentissage ? ” Eh bien, nous avons entrepris de trouver des experts dans le domaine et, après avoir posé des questions, plusieurs personnes nous ont recommandé de parler à Francisca Cibié.

Francisca Cibié est la directrice du développement académique à l'Université Institut technique professionnel Duoc UC. Elle se consacre à la promotion de “ l’innovation pédagogique et de la transformation numérique dans l’enseignement supérieur ” auprès de quelque 100 000 étudiants. Nous l’avons invitée à déjeuner dans la cour de l’université, en compagnie d’étudiants et de professeurs, pour un moment de détente et pour recueillir ses meilleurs conseils. écoles et les familles.

Comment aborderiez-vous une discussion avec des parents sur l'utilisation du téléphone portable par leurs enfants ?

Je propose souvent un exercice aux parents : je leur demande de vérifier leurs paramètres de confidentialité pour voir quelles applications ont accès à leur localisation et à leur microphone. Lorsqu’ils constatent que leur téléphone est mal configuré, ils comprennent qu’ils transmettent cette même vulnérabilité à leurs enfants et que nous prenons souvent des risques sans même nous en rendre compte.

Il est de notre devoir, en tant qu'adultes, d'évaluer les risques et les avantages avant de confier un appareil à un adulte, car les dommages peuvent aller des problèmes quotidiens aux problèmes plus graves, nuisant à son estime de soi et à sa sécurité.

Au-delà des risques bien connus comme la pornographie, quels autres dangers quotidiens voyez-vous dans ces technologies ?

Il existe des cas très fréquents, comme celui de « la photo qui ne disparaît jamais ». Une jeune fille envoie une photo via Instagram ou WhatsApp avec l'option « visionnage unique », mais une autre personne peut prendre une photo de son téléphone avec un autre appareil et la partager. Cela crée une fausse impression de confidentialité.

Il existe aussi des risques spécifiques à chaque application : WhatsApp, par exemple, permet la création de groupes qui peuvent parfois devenir incontrôlables et ne dispose pas d’outils de contrôle parental intégrés, tandis qu’Instagram utilise des algorithmes susceptibles d’exposer les jeunes à des contenus inappropriés, de les mettre en contact avec des inconnus et de les exposer publiquement. Les Reels et les Stories favorisent une culture de l’obsession des « likes » qui a un impact direct sur l’estime de soi.

Il existe également des risques liés à la géolocalisation dans les publications et au contact avec des influenceurs qui promeuvent une consommation désordonnée, des normes corporelles irréalistes ou des comportements à risque.

Quelle stratégie proposeriez-vous pour distribuer des smartphones aux enfants ? 

Je ne crois pas à un « saut dans le vide », mais plutôt à une “ introduction progressive ”. Ma proposition : pas d’écrans avant 12 ans ; entre 13 et 14 ans, un simple téléphone portable (à clapet) ; à 14 ou 15 ans, commencer par WhatsApp, et autoriser Instagram seulement un an plus tard. Attention, il ne s’agit pas d’un « laissez-passer » pour les adolescents ; il est important de garantir un usage responsable et encadré, avec un temps d’écran limité, et idéalement, que les applications de réseaux sociaux soient initialement installées sur les téléphones des parents afin qu’ils puissent contrôler l’utilisation responsable et l’algorithme.

Plus qu'une règle d'âge fixe, déjà fixée à 13 ans minimum par la réglementation, l'important est de comprendre que l'introduction doit être progressive, encadrée et éducative. Et s'il faut absolument commencer par un réseau social, je préfère WhatsApp à Instagram : ainsi, pour contacter votre enfant, il lui suffit de connaître votre numéro de téléphone, et il n'y a aucun risque… algorithme le poussant vers un contenu de plus en plus extrême.

Les parents sont souvent désemparés face au mot “ paramètres ” et ne savent pas comment limiter l’utilisation du téléphone portable de leur enfant. Comment les encourager à explorer ces options ?

Je comprends. Je pense qu'au lieu de les obliger à apprendre, chaque établissement pourrait proposer différents tutoriels et des conseils pratiques sur son site web, voire un service permettant de configurer le contrôle parental sur le téléphone portable de l'élève, selon les préférences des parents. Le responsable informatique de l'établissement, par exemple, pourrait consacrer du temps à rencontrer les parents et à leur apporter cette aide.

Autre objection : face à la pression sociale de leurs enfants qui ne veulent pas être mis à l’écart, de nombreux parents cèdent prématurément. Comment gérer cette situation ?

– C’est une bataille difficile, car les enfants ont le sentiment que s’ils ne font pas partie du groupe WhatsApp…, Elles sont inexistantes dans la société. Il est donc essentiel de donner aux parents les moyens d'agir. Si une mère ne perçoit pas la gravité du problème, elle ne réagira pas. Or, les conséquences émotionnelles qu'un enfant sans protection peut subir, comme le cyberharcèlement, sont terribles : un commentaire désobligeant sur une photo peut anéantir l'estime de soi d'une fille en quelques secondes, pouvant même entraîner des troubles alimentaires ou un isolement social.

Au final, j'ai l'impression que lorsque les parents cèdent, ils ne se rendent pas pleinement compte des problèmes qu'ils se créent, ni des conséquences qu'ils ont. Car il ne s'agit pas « juste d'un téléphone portable » ou « juste d'une application ». C'est ouvrir la porte à la création d'un groupe WhatsApp avec toute la classe sauf elle, qu'elle découvre le lundi pendant la récréation ; ou au « groupe parallèle », créé sans un enfant en particulier, précisément pour parler de lui dans son dos ; ou aux autocollants moquant le visage d'un camarade de classe, qui circulent toute la semaine ; ou aux enregistrements audio se moquant de la façon dont une fille parle, transférés des milliers de fois ; ou au téléphone portable sous l'oreiller à 3 h du matin, à vérifier si quelqu'un a répondu ou aimé une publication, pour finalement arriver à l'école épuisé, irritable et se disputer avec un ami pour une broutille ; ou aux disputes entre les mères de la classe parce que leurs enfants se sont disputés par messagerie instantanée.

Ce sont des choses mineures, mais il y en a aussi de plus graves comme la pornographie, la dépendance au jeu ou l'automutilation, qui s'accumulent et détruisent lentement l'estime de soi, les résultats scolaires et la santé mentale d'un enfant – un enfant qui n'a pas encore les ressources émotionnelles nécessaires pour y faire face. Une fois que cette porte est ouverte, elle ne se referme pas. C'est pourquoi il est important de lutter contre ce problème dès le début, même si c'est difficile.

Quel rôle les écoles devraient-elles jouer dans cette éducation ?

Les écoles ne répondent pas pleinement à ces besoins ; quelques interventions par an et la distribution de téléphones portables ne suffisent pas. Il est indispensable d’intégrer progressivement les compétences numériques dans les programmes scolaires. Il est essentiel de doter les élèves de ces compétences et de leur apprendre, par exemple, ce que signifie créer un compte, la différence entre la création d’un compte avec une adresse électronique et l’autorisation d’accéder à leur compte Google, et enfin, comment utiliser les réseaux sociaux en toute sécurité et protéger leur identité numérique.

De plus, comme nous l'avons mentionné, les écoles devraient organiser des ateliers pratiques pour les parents et offrir un soutien technique simple pour les aider à comprendre les risques et à mettre en place des contrôles parentaux.

Dans le domaine strictement pédagogique, comment la technologie contribue-t-elle à l'apprentissage ?

– Son utilisation à bon escient est très bénéfique. Par exemple, avec l'avènement de l'intelligence artificielle, l'évaluation doit évoluer : ce n'est plus le rapport final qui importe, mais plutôt la réflexion critique dont fait preuve l'étudiant dans les questions et les questions de suivi qu'il a posées à l'IA pour parvenir à ce résultat.

Il existe également des avancées incroyables telles que le métavers ou la réalité virtuelle, qui permettent de simuler des contextes du monde réel (comme la construction d'un moteur) dans des environnements sûrs et économiques.

Enfin, comme tout dans la vie, la technologie comporte de nombreux risques, mais elle offre aussi d'innombrables opportunités, et c'est à nous de mettre la technologie au service des gens et non l'inverse.

Seriez-vous favorable à une réglementation juridique plus stricte, comme cela a été proposé en Europe ou en Australie, où ces mêmes plateformes sont tenues d'empêcher la création de comptes par des mineurs de moins de 16 ans ?

– Oui, absolument. Ce serait un immense soulagement pour les parents si la loi fixait des âges minimums réalistes, en considérant cela comme le problème de santé publique qu'il est. À vrai dire, la loi seule ne suffit pas : si les parents et les écoles n'apportent pas leur soutien, les enfants trouveront des moyens de se tourner vers d'autres applications. C'est pourquoi je pense qu'il faut une combinaison de réglementation, d'éducation à l'école et à la maison. Mais le fait que le gouvernement fixe un âge minimum est déjà un grand pas en avant.

En conclusion, quel est le message final pour les familles ?

Nous devons encourager un leadership positif chez les élèves comme chez les parents. Si nous parvenons à convaincre les délégués de classe de ne pas autoriser les téléphones portables avant un certain âge, la pression sociale diminuera. 

Il s'agit de choisir nos combats, d'être cohérents et de comprendre que notre responsabilité est de les accompagner dans cette transition jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment mûrs pour utiliser ces outils par eux-mêmes.

Enfin, j'aimerais dire aux pères d'oser se battre pour leurs enfants. Cela en vaut la peine, car, au fond, ils protègent leurs enfants, et cela fait partie intégrante du rôle d'un père.

L'auteurAlejandra Figari et Juan Ignacio Izquierdo H.

Bulletin d'information La Brújula Laissez-nous votre adresse e-mail et recevez chaque semaine les dernières nouvelles traitées d'un point de vue catholique.