Monseigneur Stanisław Dziwisz, l'actuel archevêque de Cracovie, accompagnait le Pape Jean-Paul II Il fut son secrétaire particulier pendant près de 40 ans, depuis l'époque où il était archevêque de Cracovie. C'est de lui qu'il reçut les trois ordres sacrés : diaconat, sacerdoce et épiscopat.
Jean-Paul II sera béatifié le dimanche de la Miséricorde divine. Comment vous souvenez-vous du 2 avril 2005, jour de sa mort ?
C’est la Providence qui l’a choisi Le Saint Père Le jour de son départ de ce monde pour la maison du Père. C'était un samedi, le premier du mois, et nous connaissons tous sa grande dévotion envers la Mère de Dieu. C'était aussi la veille de la solennité de la Miséricorde divine. Au crépuscule, vers 20 heures, une voix intérieure m'a imploré : « Célèbre la Sainte Messe ! ».
Nous avons concélébré l'Eucharistie avec la liturgie dominicale, dédiée à la Miséricorde Divine. Le cardinal Jaworski, grand ami et confident du Saint-Père, y a participé. Étaient également présents le père Tadeusz Styczeń, l'archevêque Ryłko, le père Mieczysław Mokrzycki et nos religieuses. J'étais le célébrant principal. Nous étions tous conscients du caractère absolument exceptionnel de cette célébration. Le sacrifice du Saint-Sacrement était uni à celui de Jean-Paul II.
L'Évangile lu lors de cette messe était également très significatif. Il s'agissait de la scène de l'apparition du Christ ressuscité au Cénacle, huit jours après sa Résurrection. Nous priions alors pour que le Seigneur vienne à nous ; nous avions besoin de lui… Après le Credo, le cardinal Jaworski a administré l'onction des malades au pape ; lors de la communion, nous lui avons donné quelques gouttes du Saint Sang avec une petite cuillère. Nous conservons encore cette cuillère… Le moment de son départ est arrivé… Lorsque son cœur a cessé de battre, nous avons arrêté l'horloge, que nous avons également conservée comme témoignage.
Éminence, vous avez été pendant de nombreuses années un proche compagnon de Jean-Paul II. Nous savons que la vie spirituelle est toujours, d'une certaine manière, un cheminement. À quel moment la sainteté de Jean-Paul II vous est-elle apparue le plus clairement ?
Bien sûr, il n'est pas devenu saint du jour au lendemain ; mais sa sainteté personnelle était déjà manifeste dans sa jeunesse, lorsqu'il était encore étudiant. De plus, ses compagnons du séminaire clandestin témoignent qu'il était déjà à cette époque d'un calme, d'un naturel et d'une authenticité remarquables, et qu'il entretenait une relation constante avec Dieu. Je pense qu'il a reçu cette spiritualité et la capacité de prier au sein de sa famille. Par exemple, son père a enseigné à Karol une prière au Saint-Esprit qui l'a accompagné tout au long de sa vie, jusqu'à son dernier souffle. Le samedi 2 avril, jour même de son décès, Jean-Paul II a récité cette prière avec notre aide.
À quel moment avez-vous réalisé que vous étiez en présence d'un homme d'une grande stature personnelle, d'un grand saint ?
Nombreux étaient ceux qui, parmi nous, étaient convaincus d'être en présence d'un homme aux capacités extraordinaires, d'une force intérieure et d'un charisme exceptionnels. Mais ce qui frappait le plus, c'était sa simplicité intérieure. J'en ai eu la forte impression dès ma première année au séminaire et lors de ma première rencontre avec le professeur Wojtyła.
Permettez-moi de vous donner un exemple : pendant les pauses entre les cours, j’ai remarqué qu’il allait à la chapelle et y passait du temps en prière. Il avait alors une longue frange, et je me souviens que lorsqu’il s’inclinait pour prier, elle lui tombait sur le front… Quand il quittait la chapelle, j’avais l’impression qu’il revenait d’une rencontre où il avait « effleuré » le Mystère. Les séminaristes l’ont tout naturellement remarqué, et c’est pourquoi ils sont allés le voir. Dieu rayonnait à travers lui ; et c’était ce que nous recherchions.
Nous avons également été frappés par le fait qu'après chaque messe, il restait dans l'église pour prier en secret et rendre grâce. Plus tard, lorsque je l'accompagnais lors de visites pastorales dans les paroisses, j'ai remarqué qu'avant la célébration, il ne parlait à personne. Il restait en retrait, se préparant à célébrer le Sacrifice du Christ. Durant ses pèlerinages apostoliques, son image d'homme absorbé dans la prière nous impressionnait toujours profondément.
Peut-on dire que la prière contemplative a occupé une place particulière dans la vie de Karol Wojtyła ?
Je ne crois pas qu'il ait divisé son temps entre “ prière ” et ” travail ”, car la prière l'accompagnait constamment, même dans les tâches les plus banales. J'ai souvent remarqué que le Pape priait pour les personnes qu'il avait reçues en audience et que, lorsqu'il leur prenait congé, il les confiait à la Divine Providence. Il le faisait avec une telle discrétion que seuls ses proches pouvaient le remarquer. C'était extraordinaire.
Parfois, lorsqu'on le flattait en visite, il priait à voix basse : il ne voulait pas entendre ces compliments ; il riait de tels éloges. De plus, chaque journée se déroulait selon un programme de prière prédéterminé. Il se levait tôt le matin et commençait sa journée par la méditation, la messe, l'action de grâce et la lecture spirituelle. Le jeudi, il passait une heure en adoration devant le Saint-Sacrement exposé dans l'ostensoir. Et ainsi s'écoulait sa vie. Il nous répétait souvent : « Souvenez-vous des apôtres qui s'endormirent au jardin de Gethsémani, et comment le Christ leur demanda : ‘Pourquoi dormez-vous ? N'avez-vous pas pu veiller avec moi une heure ?’ » Il semble qu'il ait voulu expier la faute des apôtres cette nuit-là…
Quelles formes a pris la piété de Jean-Paul II ? Était-elle toujours de nature mariale ? A-t-il vécu des expériences mystiques particulières ?
« Non, je n’en sais rien. Mais, parfois, quand nous le laissions seul dans sa chapelle – pour ne pas le déranger –, nous l’entendions chanter à Jésus-Christ ou lui parler à voix haute. Il pensait sans doute que personne ne pouvait l’entendre. La chapelle était fermée, mais parfois nous l’entendions… Sinon, il récitait les prières traditionnelles, les formules simples de l’Église : le Saint Rosaire, le Chemin de Croix. Mais pour lui, c’étaient des moyens de se recueillir. ».
Jean-Paul II sera béatifié par son successeur, un événement inédit. Lui-même a élevé au rang de saints et de bienheureux de nombreux fidèles. Qu'est-ce qui a motivé Jean-Paul II à promouvoir si activement l'œuvre de la Congrégation pour les causes des saints ?
Le concile Vatican II a appelé à la simplification des procédures de canonisation, et le pape, homme conciliaire, s'intéressait vivement aux nouveaux saints. De plus, il est important de rappeler que les saints émergent souvent précisément lors de périodes de sécularisation de la société. À Turin, par exemple, alors que la franc-maçonnerie était à son apogée, saint Jean Bosco est apparu. Plus récemment, lorsqu'une grave crise semblait s'abattre sur l'Église, l'Esprit Saint a suscité une multitude de nouveaux mouvements et communautés qui constituent aujourd'hui une force et une réserve de sainteté. L'Esprit Saint agit où il veut.
Depuis l'instauration de la démocratie, la Pologne a franchi une étape importante dans la défense du droit à la vie prénatale. Les sermons de Jean-Paul II ont-ils influencé cette évolution sociale ?
La défense de la vie fut l'un des aspects les plus importants du pontificat de Jean-Paul II. Mais cette défense était déjà présente dans ses sermons de son vivant. Et, en tant qu'archevêque de Cracovie, il lutta résolument pour le respect de la vie sans exception.
En référence à fécondation in vitro“ Elle partageait la douleur des parents qui ne pouvaient avoir d'enfants, mais a toujours soutenu que la meilleure façon d'aider ces couples était d'étudier les causes de l'infertilité et de s'efforcer de trouver un remède. Elle encourageait également l'adoption, car de nombreux enfants attendent l'amour d'une famille. Sa position sur la fécondation in vitro ne reposait pas sur des critères strictement religieux, mais plutôt sur des raisons éthiques et scientifiques.
Jean-Paul II a proclamé saint Thomas More patron des hommes politiques et, dans l’exhortation apostolique Christifideles Laici, il a écrit que « l’unité de vie est d’une grande importance pour les fidèles laïcs. Ils doivent, en effet, se sanctifier dans leur vie professionnelle et sociale ordinaire. ‘ Karol Wojtyła lui-même a toujours vécu en parfaite harmonie intérieure, dans tous les aspects de sa vie ; il était toujours lui-même. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Un catholique reste toujours catholique, qu'il soit homme politique, député, ministre ou simple citoyen ; il a toujours l'obligation de respecter les valeurs qui unissent tous les êtres humains sans exception. Si la majorité des parlementaires se déclarent chrétiens, l'éthique chrétienne doit se refléter dans les lois. Sur des questions telles que la défense de la vie ou la fécondation in vitro, aucun compromis ne saurait être fait.
Dans de nombreux pays occidentaux, un certain nombre de chrétiens évitent d'exprimer leurs convictions personnelles, tandis que les athées et les agnostiques le font à la moindre occasion. C'est pourquoi Benoît XVI Il a justement souligné que nous observons aujourd'hui la schizophrénie de l'homme politique catholique qui souhaite être catholique, mais pas en public, croyant à tort qu'il ne doit pas exposer ses convictions dans la sphère publique. Dans sa volonté de respecter le pluralisme, il oublie que ce dernier est une valeur subordonnée à celle de la vie elle-même. De plus, dissimuler ses convictions dans la vie publique conduira à une crise culturelle et à une déstabilisation de l'éthos européen.
En Pologne, les effets de la sécularisation sont manifestes. Certains réclament une présence réduite de l'Église dans la vie publique. Le processus observé actuellement dans d'autres pays, comme l'Espagne, pourrait-il se reproduire en Pologne ?
– Il existe des courants laïques dans Pologne, Mais ces attaques sont moins virulentes qu'en Espagne. Depuis l'adhésion à l'Union européenne, on n'a pas assisté à cette « sécularisation » si marquée, malgré les prédictions. Les adversaires de l'Église s'efforcent par tous les moyens de créer une image de crise. Ils affirment, par exemple, que l'Église en Pologne est en difficulté, privée de figures de l'envergure du cardinal Wyszyński ou du pape Jean-Paul II. Curieusement, ces attaques proviennent des mêmes personnes qui critiquaient auparavant ces deux grands hommes. L'anticléricalisme fondera toujours son programme sur la critique de toute activité de l'Église. Ses partisans ne comprennent pas que l'œuvre accomplie par l'Église pour le bien commun est irremplaçable.
Dans le monde d'aujourd'hui, et particulièrement dans la sphère politique, l'humanité est devenue matérialiste et recherche avidement les biens matériels et la gloire humaine. Quel était le rapport de Jean-Paul II aux biens matériels ?
Il a toujours mené une vie très austère. En tant qu'évêque de Cracovie, il ne possédait qu'un seul imperméable, doublé en hiver. Il ne percevait aucun salaire d'évêque. Il estimait ne devoir utiliser que pour lui-même les droits d'auteur de ses publications. Et il reversait même une part importante de cette somme – chose pratiquement inconnue – à des bourses d'études pour les étudiants pauvres. En tant que pape, il n'a jamais eu d'argent en sa possession (tout comme dans CracovieSi quelqu'un lui donnait de l'argent, par exemple, il l'utilisait discrètement pour d'autres besoins. Le Secrétariat d'État l'aidait dans cette tâche : tout était consigné et transmis. Ensuite, il nous remerciait.
Nous avons obtenu de lui des faveurs extraordinaires de son vivant. Vous vous en souvenez ?
Oui. Je me souviens, par exemple, d'un curé de Trente venu en audience avec sa sœur malade. Elle avait un cancer du cerveau et devait subir une opération. Elle portait avec elle une image de la Miséricorde Divine. Le Pape lui toucha la tête en disant : « Prions. » Quelques heures plus tard, elle était complètement guérie. L'opération fut évitée. Il existe de nombreuses grâces de ce genre.
J’aimerais conclure en vous posant la question suivante : quel aspect de la vie de Jean-Paul II vous semble le plus digne d’être imité ?
Sa prière. Mais aussi son authenticité et sa transparence. Il avait pour habitude de donner une signification extraordinaire aux gestes les plus simples. Par exemple, lorsqu'il traversait le couloir de la Curie à Cracovie, il s'arrêtait devant le crucifix pour l'embrasser et ainsi honorer son Maître. Je me souviens que lors d'une de ses visites à Sandomierz, il remarqua un morceau de pain par terre ; il s'agenouilla, l'embrassa et le déposa sur l'herbe pour les oiseaux.
Cracovie





