De la chrétienté à la mission apostolique Il s'agit de l'un des recueils d'essais les plus intéressants publiés ces dernières années. Cet ouvrage, fruit d'une collaboration entre l'Université de Marie et publié en espagnol par Rialp, propose une réflexion incisive et profonde sur l'identité de l'Église et son “ être-au-monde ” aujourd'hui. Un monde marqué par une réalité indéniable : “ que nous sommes des chrétiens d’une époque païenne. ”. Une caractéristique particulièrement visible de ce que nous appelons l'Occident, notre société qui, à un moment donné, était culturellement, socialement et même politiquement structurée par le christianisme, ne l'est plus aujourd'hui.
Telle est la réalité, et nous, chrétiens d'aujourd'hui, ne devrions pas regretter “ cette époque ”. La chrétienté n'est pas synonyme d'un témoignage plus intense de la vie chrétienne parmi les fidèles, ni d'une plus grande sainteté dans ses institutions, ni même d'un plus grand succès dans sa mission apostolique. Le concept de “ succès ” est difficilement compatible avec le temps et les voies de Dieu, et par conséquent, avec ceux de son Église.
Depuis le début de la mission apostolique, nous, chrétiens, avons été clairs (du moins en théorie) sur le fait que nous prêchons “ Jésus-Christ, et lui crucifié ” (1 Corinthiens 2:2). Crucifié, un échec humain, seul, avec à peine une douzaine de disciples un peu lâches.
Oui, en théorie, ce postulat se vérifie, mais notre mentalité occidentale est souvent imprégnée de l'erreur qui consiste à considérer le succès, les chiffres, comme la valeur essentielle, comme si l'approbation du monde allait entraîner une conversion. Comme le souligne Charles J. Chaput dans Étrangers en terre étrangère, La recherche de l'approbation du monde conduit à compromettre la vie chrétienne : “ Réduire la beauté des vérités chrétiennes concernant le mariage, la sexualité et d’autres sujets délicats à une série d’idéaux séduisants… ”. Et il conclut que “ Ce dont le monde a besoin de la part des croyants, c’est qu’ils témoignent de l’amour et de la vérité, et non de leur approbation. ”. Vivre une vie de foi en partant du principe qu'il s'agit, en réalité, d'un idéal impossible, finit par l'affaiblir, remplaçant les commandements et les béatitudes par des valeurs, et la morale par le consensus.
Pour revenir à une autre idée centrale de l'ouvrage citée au début,“ Face à un monde incrédule, l’attitude fondamentale de l’Église ne consiste pas à imposer la loi — en tenant pour acquis la connaissance de son existence et de ses fins — mais à inviter, avec une attitude miséricordieuse et pleine d’espérance, à une relation avec le Dieu vivant et à une incorporation dans l’humanité nouvelle, dans une manière d’être et une vision entièrement nouvelles qui libèrent et apportent sens et bonheur. ”. Trouver le Dieu vivant afin de pouvoir l'offrir librement aux autres.
Retournerons-nous au christianisme ? Impossible de le prédire, et d’une certaine manière, ce serait injuste, car le monde d’aujourd’hui est bien différent de celui d’hier. Si le christianisme et le monde païen ont un point commun, c’est que ceux qui révolutionnent véritablement l’Église et la rendent plus vivante, plus forte, plus pure et plus féconde sont les saints.





