Évangélisation

Ezechiele Pasotti : « Kiko a une capacité de don de soi qui m'a toujours fait réfléchir. »

À l'occasion du 60e anniversaire du Chemin néocatéchuménal, nous avons interviewé Ezechiele Pasotti, prêtre rattaché à l'équipe internationale, proche collaborateur de Kiko Argüello et missionnaire depuis des décennies en Europe, en Amérique latine et en Afrique.

Teresa Aguado Peña-3 juin 2026-Temps de lecture : 5 minutes
Ezechiele Pasotti

Ezechiele Pasotti

Le lien d'Ezechiele Pasotti avec le Chemin néocatéchuménal a débuté à un moment charnière de sa vie. Âgé de 26 ans, il terminait ses études de théologie à la Fraternité Saint-Paul de Rome lorsqu'une crise, née d'un conflit avec l'un de ses supérieurs, le poussa à quitter le séminaire. C'est alors qu'un ami l'invita à participer à une liturgie de la Parole dans une communauté du Chemin néocatéchuménal nouvellement créée au sein d'une paroisse. Cette expérience marqua un tournant : “ La Parole de Dieu a éclairé mon histoire d'une manière inattendue. De retour au séminaire, je suis allé voir le supérieur pour lui demander pardon, avec une ferveur et une sincérité profondes. C'était la première fois de ma vie que je faisais une chose pareille ”, raconte Ezechiele Pasotti, qui, après cette expérience, ne quitta plus jamais la communauté.

Peu après, lors d'une retraite, il rencontra Kiko Argüello et Carmen Hernández : “ J'ai immédiatement ressenti un appel du Seigneur à l'itinérance, c'est-à-dire à tout quitter – études, travail, vie religieuse – pour me consacrer à la proclamation de l'Évangile partout où le Seigneur voudrait m'envoyer ”, affirme Pasotti. Depuis, il a mené son œuvre missionnaire dans divers pays, notamment en Scandinavie, en Bolivie et en Afrique, en étroite collaboration avec les fondateurs du Chemin néocatéchuménal.

Dans cet entretien, Ezechiele Pasotti revient sur l'histoire, les défis et l'avenir du Chemin néocatéchuménal.

Vous avez travaillé en étroite collaboration avec Kiko. Comment est Kiko au quotidien, en dehors des grands événements et des célébrations ?

C'est un homme ordinaire, capable de s'asseoir dans sa cuisine et de préparer une bonne assiette de spaghettis carbonara ou un délicieux plat de poisson. Son quotidien est rythmé par le dessin, le design, d'innombrables appels téléphoniques, l'écriture de poèmes, l'étude de la Parole, la lecture des Pères de l'Église… ainsi que par des visites dans des communautés, des retraites pour prêtres itinérants, des séminaires, des catéchistes, des évêques…

Sa vie a été profondément marquée par sa rencontre avec Jésus-Christ. Son lien particulier avec les pauvres, sa liberté et sa générosité m'ont toujours beaucoup inspiré, moi qui viens d'une famille modeste. Travailler avec lui, c'est découvrir un homme d'une grande ouverture d'esprit, doté d'une intuition remarquable et d'un talent artistique exceptionnel. Un homme à l'éthique professionnelle hors du commun.

Vous avez parcouru le chemin de Compostelle de très près. Pourriez-vous nous parler de son histoire ?

Le Chemin néocatéchuménal est un mystère de l'amour de Dieu, né de la rencontre de Kiko avec les pauvres de Palomeras Altas (en périphérie de Madrid) et, plus tard, avec la Servante de Dieu Carmen Hernández, forte de sa formation académique et théologique, et en lien avec le renouveau du Concile Vatican II. De cette expérience commune est né un chemin d'initiation chrétienne, sur le modèle de l'ancien catéchuménat, articulé autour d'un trépied :

  • Dans la Word qui invoque le kérygme comme une annonce du salut, de l'amour de Jésus-Christ pour vous et vous met sur le chemin avec des frères spécifiques atteints par cette même annonce.
  • La liturgie qui, par le pardon et la célébration eucharistique hebdomadaire, revient vous visiter, vous faire participer à la grâce du Seigneur, à son Esprit Saint, et, petit à petit, au fil des années, à travers les différentes étapes du néocatéchuménat, vous initie à toute la plénitude et la beauté de Pâques.
  • La communauté, qui, avec le don du Saint-Esprit qui la construit progressivement, est le plus beau don de l’Église, d’être Église, une expression de l’amour du Père, donnant au monde — et avant tout à ses propres enfants et frères — les signes de l’amour et de l’unité : les deux signes indiqués par le Christ dans l’Évangile de Jean (13,14-15 ; 17,22-23).

Il vous conduit progressivement à travers les différentes étapes du Baptême, restaurant peu à peu toute la richesse, la profondeur et le don de sainteté que la merveille de ce sacrement apporte : d'une phase initiale d'humilité, de pré-catéchuménat, qui mène graduellement à une écoute existentielle de la Parole de Dieu — une parole pour moi, pour ma vie —, vous initiant à une célébration eucharistique véritablement participative et à la formation progressive d'une communauté ecclésiale vivante ; vers une phase catéchétique plus complète, de simplification, composée de scrutins, qui vous aident à vous connaître tel que vous êtes, d'initiation à la prière (avec la remise du Psautier et du Notre Père), jusqu'aux étapes finales du renouvellement des promesses baptismales, en présence de l'évêque, dans la cathédrale, lors de la Vigile pascale, qui vous initie à une vie de louange au Seigneur et de mission.

Au fil des ans, divers charismes et services émergent et se manifestent au sein de la communauté : des plus simples, comme lecteur, chantre ou portier, aux plus exigeants, tels que la collaboration dans différents domaines de la paroisse, le service de catéchiste local, l’envoi de catéchistes itinérants pour accomplir leur mission hors de la paroisse, ou la mise à disposition de familles pour le travail missionnaire. La communauté entière, une fois son parcours achevé, peut même se proposer pour être envoyée dans une zone particulièrement nécessiteuse de la paroisse ou du diocèse.

Quels ont été les moments les plus décisifs pour le Chemin néocatéchuménal ?

Les moments les plus délicats et décisifs ont certainement été ceux où les initiateurs se sont retrouvés en dialogue avec les Congrégations du Vatican (la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la Congrégation pour le Culte Divin et, en particulier, le Dicastère pour les Laïcs, établi par le pape saint Jean-Paul II comme notre point de référence pour les relations avec le Saint-Siège) et les rencontres avec les papes (à commencer par saint Paul VI, qui a dit à Kiko : “Soyez humbles et fidèles à l'Église, et l'Église vous sera fidèle.” (Saint Jean-Paul II, Benoît XVI, le pape François et maintenant Léon XIV) : tous ont exprimé leur estime et leurs encouragements envers le Chemin. Un autre moment très important a été la définition des Statuts du Chemin et l’approbation du “ Directoire catéchétique du Chemin ”. ».

Quels sont selon vous les défis auxquels est confronté le Chemin néocatéchuménal ?

–Le principal défi a été d’être reconnu par le Saint-Siège non pas comme une association ou un mouvement, mais comme “ l’une des modalités diocésaines d’initiation chrétienne ” (Statuts, (Art. 1, 2). À mon humble avis, peu – même parmi les curés et les évêques – ont compris cet élément constitutif du Chemin, qui répond aussi à certaines difficultés et malentendus, notamment concernant la liturgie dominicale lors de la vigile dominicale en petite communauté, approuvée par Benoît XVI. Statuts. Le Chemin ne peut être une association, car le Baptême est un élément constitutif de l'Église et pour cette raison“Auctor totius Initiationis Christianae Episcopus”"(auteur de toute l'initiation chrétienne), comme il est dit dans le Caeremoniale Episcopororum.

Voici la tâche la plus importante qui nous attend : aider l’Église à embrasser ce que les papes ont reconnu comme “ une modalité d’initiation chrétienne ”, qui, à travers le “ trépied ” — Parole, Liturgie, Communauté — dispose d’un instrument véritablement précieux, consolidé par la tradition — le catéchuménat —, pour passer d’une approche pastorale traditionnelle, centrée sur la sacramentalisation, à une approche pastorale centrée sur l’évangélisation, formant des communautés mûres dans la foi, capables de donner au monde les signes de l’amour et de l’unité.

Comment envisagez-vous le Chemin de Compostelle dans 20 ans ? Quel rôle les jeunes joueront-ils dans son avenir ?

–Voir l’Église redécouvrir dans le catéchuménat (par le Chemin ou d’autres réalités) d’authentiques voies d’évangélisation, avec la formation de communautés chrétiennes qui soient des signes dans le monde. La catéchèse du Chemin sur la famille, ouverte à la vie, qui a valu à Kiko une Doctorat honorifique À l’université du Latran à Rome, il a placé la famille au centre de l’initiation chrétienne et, avec la famille, les enfants et les jeunes, auxquels une si grande attention pastorale est consacrée sur le Chemin, avec le“Scrutatio” La Parole de Dieu dans les paroisses, avec le suivi post-confirmation et post-communion, avec les pèlerinages…, les résultats se vérifient avec les appels vocationnels où des milliers de jeunes, garçons et filles, se proposent pour entamer un cheminement vocationnel vers la vie sacerdotale ou religieuse. ».

Que diriez-vous à quelqu'un qui a vécu une mauvaise expérience sur le Chemin de Compostelle ?

Je leur dirais de ne pas se décourager : l’Église a toujours été sainte et a toujours eu besoin de conversion… La vie communautaire comporte certaines dynamiques, y compris des tensions. Il ne faut pas s’y attarder. Chacun doit trouver sa place dans l’Église. Une épreuve peut être le fondement d’une vocation. Même après tant d’années de cheminement, le péché existe encore, mais le péché personnel, qui souille et peut parfois détruire la communauté chrétienne, n’annule pas tout le bien que la grâce continue de répandre… Le péché nous rend aussi plus humbles, plus attentifs aux autres, moins égocentriques.

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