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Fernando Puig : “ Il s'empresse souvent de clamer qu'il y a abus de pouvoir. ”

En esta entrevista el rector de la Pontificia Universidad de la Santa Cruz, Fernando Puig, explica cómo debe entenderse teológicamente el gobierno de la Iglesia y la necesidad de evitar abusos.

Giovanni Tridente-15 de juin de 2026-Temps de lecture : 5 minutes

L’Église catholique est une institution présente dans la société depuis plus de deux mille ans. On peut la considérer comme la plus ancienne de l’histoire de l’humanité, du moins à notre connaissance. Au fil des siècles, elle a traversé différentes époques et de profondes transformations, accompagnant l’évolution de l’humanité elle-même.

Depuis ses origines, l’Église s’est définie comme le bien spirituel des hommes, tout en assumant une mission spécifique : guider l’une des plus grandes communautés au monde. Mais quel est le secret d’une telle gouvernance pérenne ? Que signifie aujourd’hui “ gouverner ” l’Église ? Et quel avenir pour cette gouvernance dans un contexte de plus en plus complexe et imprévisible ?

Nous en avons discuté avec le père Fernando Puig, recteur de la Université pontificale de la Sainte-Croix et professeur de droit canonique à la faculté de droit canonique de la même université. 

Quand on parle de “ gouvernance ” dans l’Église, parle-t-on de pouvoir ou de service ? Quelle est la différence concrète pour les fidèles ?

L’un des premiers éléments à prendre en compte dans ce contexte est que les fidèles perçoivent l’attitude de service de ceux qui gouvernent. Il s’agit donc de veiller à ce que cette attitude ne soit pas seulement le fruit des vertus personnelles du dirigeant, mais aussi de la compréhension et du développement de la forme même de gouvernement.

Cela a été affirmé, par exemple, par le concile Vatican II, et répété depuis 60 ans, mais nous restons bloqués sur un plan moralisateur : en fin de compte, une compréhension théologique et juridique du gouvernement comme service est nécessaire.

En quoi la manière dont une Église gouverne devrait-elle différer de celle d'un État ou d'une entreprise ?

—Permettez-moi de dire, tout d'abord, en quoi la manière de gouverner de l'Église devrait ressembler à celle d'un bon gouvernement que nous définirions comme “ laïque ” : en termes de professionnalisme, ce qui implique une formation, et de responsabilité des actes du gouvernement envers les gouvernés.

Nous abordons donc à juste titre la question des différents niveaux de gouvernance. Premièrement, parce que le fondement de la gouvernance de l'Église n'est pas démocratique, et deuxièmement, parce que, contrairement aux institutions publiques ou aux entreprises, son objectif premier est le bien spirituel des personnes. En définitive, pour l'Église, il est essentiel de faciliter l'action du Saint-Esprit et l'exercice de la liberté des fidèles dans la communion. Cela change bien des choses. 

Est-il possible de concilier autorité et écoute ? L’Église peut-elle prendre des décisions sans se couper des gens ?

« On me dit que dans certaines régions du monde, les fidèles ne sont pas écoutés car les pasteurs sont persuadés de mieux savoir que les fidèles eux-mêmes ce dont ils ont besoin. De plus, nous devons être convaincus que les fidèles ont droit non pas à n’importe quel gouvernement, mais à une bonne gouvernance. En gouvernant, les pasteurs rendent aux fidèles ce qui leur appartient, ce qui est bon pour eux. L’écoute devient donc une condition fondamentale pour parvenir à une telle compréhension. Cela s’applique aussi bien à la gouvernance pastorale en général – qui ne doit pas se transformer en assemblée – qu’aux procédures d’allocation des ressources aux fidèles par le biais d’actes administratifs. ». 

La synodalité change-t-elle réellement quelque chose dans la vie des communautés, ou n'est-ce qu'une idée théorique ?

Cela change si la synodalité est véritablement appliquée, en profondeur et fondée sur une compréhension théologique solide. L’évolution de l’idée de “ synodalité ” vers l’Église “ synodale et missionnaire ” est intéressante. Aujourd’hui, on parle de “ conversion des relations ”, et le lien entre le sacerdoce universel des fidèles et le sacerdoce ministériel est redécouvert comme fondement de l’engagement synodal.

En revanche, l'écoute et le dialogue exigent un travail préparatoire considérable, un effort important pour instaurer une culture de responsabilité partagée, un esprit de sacrifice et des outils adaptés : tous les types de réunions ne conviennent pas à tous les débats ou décisions. Il faut également savoir rectifier le tir : bien gouverner est difficile ; cela requiert un grand respect pour autrui et un profond détachement des intérêts personnels. 

Que peuvent apprendre à l'Église d'autres modèles organisationnels, même non religieux ?

—Certaines formalisations du gouvernement civil ont hérité de formes apparues au sein de l'Église, comme nous l'avons vu lors du colloque organisé à l'Université de la Sainte-Croix les 20 et 21 avril 2026. L'idée même de gouvernement a constitué un problème philosophique et théologique dans le contexte chrétien ; nombre d'apories du gouvernement séculier actuel sont dues au fait qu'elles trouvent leur origine dans la sécularisation des débats chrétiens.

Cela dit, je crois que l’autorité ecclésiastique a la chance de pouvoir beaucoup apprendre des professionnels qui mettent leurs compétences au service de la mission. C’est là que se pose le défi de la formation à la gouvernance, un chapitre entier qui reste à explorer et qui figure au cœur de ce projet de recherche. Objectifs et modèles de gouvernance de l'Église, toujours actif au sein de la Sainte-Croix dans le cadre de notre laboratoire de recherche.

Comment empêcher ceux qui occupent des postes de responsabilité au sein de l'Église d'abuser de leur pouvoir ?

Il est souvent prématuré d'affirmer qu'il y a abus de pouvoir. Gouverner est nécessaire, mais difficile ; les dirigeants font des erreurs. Une saine tradition de gouvernance recourt à des outils de gestion ordinaires qui favorisent la collégialité, la collecte d'informations, l'étude et la production de documents, afin d'éviter un excès de décisions unilatérales et de partager les phases préparatoires avec une vérification fondée sur des critères transparents. De plus, la possibilité de révision, de demander pardon et, dans certains cas, de recours est essentielle. Tout s'améliore lorsque cela se déroule dans un climat de respect des droits des fidèles : tous les fidèles, laïcs, prêtres, religieux et évêques. Dans un tel contexte, il y a peu de place pour un véritable abus de pouvoir. Les erreurs sont corrigées. L'abus de pouvoir doit être rigoureusement identifié, les coupables punis et tenus responsables, avec réparation à la clé.

De quels outils spécifiques disposent les fidèles pour se sentir comme des participants actifs et non comme de simples récepteurs de décisions ?

L’initiative des fidèles est pratiquement sans limites : les fidèles laïcs bâtissent l’Église sans avoir besoin de mandats de la hiérarchie ecclésiastique. Ils en sont une partie active de par leur baptême. Bien entendu, une formation adéquate est nécessaire. 

Les décisions gouvernementales concernent les expressions hiérarchiques et certains biens fondamentaux que les pasteurs ont la responsabilité de modérer. Les conflits s'intensifient lorsque commence la course aux postes institutionnels et ecclésiastiques, qui constituent la dimension la plus instrumentale de l'Église. Le pape François est apparu très inspiré lorsqu'il a déclaré : Evangelii Gaudium, Il prônait des structures, des styles et des langages en constante évolution. “ état de la mission ”. 

Dans une Église présente dans des cultures très diverses, comment maintenir l'unité sans limiter les différences ?

—Nous devons faire pleinement confiance à l’Esprit Saint. Il est l’artisan de la communion. J’ai dit “ pleinement ” car gouverner, c’est aussi veiller à cet équilibre entre unité et diversité. Lorsque l’objectif est la mission — et non la défense de territoires —, on trouve des solutions, toujours au prix de sacrifices, qui laissent précisément place à l’Esprit Saint.

S’il fallait absolument désigner un changement urgent dans la manière dont l’Église est gouvernée aujourd’hui, quel serait-il ?

—Le Code de droit canonique dit presque tout ; s’il était appliqué cinq fois plus soigneusement et rigoureusement qu’il ne l’est actuellement, la gouvernance ecclésiastique s’améliorerait de façon exponentielle : “ Avant de promulguer un décret particulier, l’autorité doit recueillir les informations et les preuves nécessaires et, si possible, écouter les personnes dont les droits pourraient être affectés. ”. Écoute et responsabilité. Répondre aux fidèles sur les améliorations apportées.

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