Livres

Dieu est-il une illusion enfantine ?

À travers un dialogue avec les grands penseurs de l'histoire, l'auteur dissèque le " catéchisme " de l'athée éclairé et analyse les difficultés de la science à porter un jugement définitif sur l'existence de Dieu, offrant ainsi une lecture indispensable à ceux qui recherchent la vérité au-delà des idées préconçues.

Maria Caballero-10 mai 2026-Temps de lecture : 4 minutes
Dios ilusión

Le livre Senderos, publié par la maison d'édition sévillane, vient de paraître. Qu'est-ce que l'athéisme ? Son auteur, Luis Fernández, est professeur et membre du groupe de recherche Philosophie, culture et nature de l'Université de Séville. Auteur d'une étude sur Skinner (2025) et d'une autre sur l'anarchisme de Chomsky (2026), il collabore régulièrement à des conférences et des publications de la Fondation Tatiana à Madrid.

Le prologue lui-même l’indique clairement : “ le lecteur tient entre ses mains une sorte d’autobiographie intellectuelle ”. Et c’est bien le cas : l’auteur traite le sujet avec une objectivité scientifique, mais jamais avec le détachement de quelqu’un d’indifférent à ces questions. 

Bien que jeune, il vécut les événements de 1968 et l'ère post-Vatican II, et subit les bouleversements qui s'ensuivirent. Dans sa quête de vérité, il s'inscrivit à la faculté de philosophie, où il se forma à la pensée critique, caractérisée par “ l'analyse, l'indépendance de jugement, le détachement et l'impartialité ”. Il apprit à “ respecter les faits et à suivre les raisonnements sans craindre leurs conséquences ”, avec une remarquable honnêteté intellectuelle. 

Conclure que “ l’histoire des religions nous offre un matériel empirique si riche et hétérogène qu’il est trop complexe de l’intégrer à des schémas d’évolution préconçus et universels ”. 

Le livre semble répondre à ces questions : “ Dieu ? Une fiction. La religion ? Une invention. La morale chrétienne ? Une construction artificielle. La matière ? La seule réalité, immortelle dans son être et mortelle dans ses dispositions. L’âme ? Une extension finie, constituée d’atomes. Le bien et le mal ? Des fables. Le bien et l’iniquité ? L’utilité. La mort ? Le néant, rien à craindre. Le corps ? Une machine. Voilà le catéchisme de l’athée éclairé ” (p. 93).

Le texte est structuré en trois parties de longueur variable : 1. Qu’est-ce que l’athéisme ? (p. 19-30) ; 2. Histoire et critique de l’athéisme (p. 31-166) ; et 3. Les difficultés scientifiques de l’athéisme (p. 167-186). Il se termine par une bibliographie concise mais exhaustive, permettant aux lecteurs intéressés d’approfondir le sujet.

En moins de deux cents pages, cet ouvrage explore les auteurs et les courants de l'athéisme de l'Antiquité à nos jours. Il ne s'agit pas d'une histoire de la philosophie ou de la théologie, mais plutôt d'une sélection d'intellectuels marquants. 

Même dans la dernière partie, il fait preuve d'une compréhension approfondie des enjeux scientifiques liés à cette question. Il est difficile de synthétiser les contributions des philosophes et des scientifiques, de cerner le cœur de leurs arguments, de les présenter et de les discuter en distinguant le vrai du faux. Ici, il y parvient incontestablement.

Le résultat est pertinent : la vue d’ensemble historique, de l’Antiquité (où les athées étaient rares) à nos jours, va droit au but, en se concentrant sur l’athéisme tout en le replaçant dans son contexte. Les époques antique, médiévale et moderne sont explorées à travers leurs philosophes et théologiens emblématiques : Protagoras, Démocrite, Critias, Thomas d’Aquin, Siger de Brabant, Boèce, Luther, Nicolas de Cues, Bruno, Spinoza, Bayle, Gassendi… et d’autres moins connus, dont les contributions à l’athéisme sont examinées, en soulignant leurs avantages et leurs inconvénients. 

À partir du XVIIIe siècle, les rubriques abordent des questions telles que “ agnosticisme, déisme, naturalisme, matérialisme, hédonisme, scepticisme, anthropothéisme, néo-athéisme ” ou encore “ système, illusion, liberté ”, car ce sont ces concepts qui unissent les figures marquantes de cette époque. En effet, on nous avait prévenus que le quatuor conceptuel fondamental de la question en question se composait de l'agnosticisme, du théisme, de l'athéisme et du déisme éclairé. 

Avec ce dernier ouvrage, l'athéisme contemporain prend véritablement son essor. Et dans un ouvrage de vulgarisation (même de haut niveau), il est toujours conseillé de définir les concepts employés. Autre aspect important du livre : à mesure qu'il aborde le monde contemporain, l'auteur consacre davantage de pages à l'analyse des thèses des auteurs qu'il étudie.

Le défilé d'auteurs est très complet : Voltaire et l'Encyclopédie française (déisme) ; Meslier, figure intéressante et peu connue du naturalisme ; La Mettrie (matérialisme), Helvétius (hédonisme). 

Luis Fernández précise dans ses commentaires : “ Pour beaucoup, il suffit d’affirmer, de suggérer la plausibilité, sans chercher à prouver la vérité. ” Car “ la matière, la détermination, la fiction, l’illusion sont des notions récurrentes, indispensables à tout athéisme ” (p. 109). Mais il reconnaît également la qualité argumentative de nombreux athées, puisque “ toute connaissance ne peut provenir exclusivement d’une source sensorielle. Elle est toujours un mélange d’éléments théoriques et de données expérimentales ” (p. 100).

L'effort pour englober des figures contemporaines qui se sont confrontées au problème de la foi est évident : Feuerbach, Marx (dont l'athéisme est davantage une critique de la religion qu'une enquête sur l'existence de Dieu), Nietzsche (si brillant, complexe et non systématique), Freud (avec son explication psychologique de la religion comme fiction, illusion, tromperie et névrose obsessionnelle universelle, la nostalgie du père perdu), Sartre, pour qui l'homme, jeté dans le monde et destiné à la praxis, est condamné à chaque instant à inventer l'homme ; ou encore les quatre cavaliers (Harris, Dawkins, Dennett et Hitchens) auxquels il consacre de nombreuses pages. 

L'un des points forts de cet ouvrage est qu'il captive le lecteur, l'incitant à réfléchir sur les intellectuels étudiés. À un moment donné, l'auteur conclut : “ La science, dans aucune de ses branches, n'a été en mesure d'émettre une déclaration théologique, et malgré des siècles de recherche, il n'existe aucun laboratoire qui confirme l'existence de Dieu, ni le contraire. ”. 

Il ajoute : “ Si l’on considère uniquement l’homme, du point de vue de la foi théiste, l’être humain, produit de Dieu, image de Dieu, possède une dimension sacrée ” (p. 115). Et “ si l’on y réfléchit, on pourrait aussi envisager l’hypothèse selon laquelle toute religion existe comme une réponse humaine à l’évidence de l’existence de Dieu ” (p. 158).

Un livre que tout intellectuel qui se respecte, voire tout être humain en quête de vérité, devrait lire.


Qu'est-ce que l'athéisme ?

AuteurLuis Fernández Navarro
EditorialSentiers
Année: 2026
Nombre de pages: 190

L'auteurMaria Caballero

Professeur de littérature hispano-américaine à l'université de Séville

Lire la suite
Bulletin d'information La Brújula Laissez-nous votre adresse e-mail et recevez chaque semaine les dernières nouvelles traitées d'un point de vue catholique.