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Né à Édimbourg en 1711, il fit ses études en Écosse, qu'il acheva en France (à Reims et à La Flèche) entre 1735 et 1737, année où il termina ses études supérieures. Traité de la nature humaine. Très critiquée, elle demeure en 1748 une version aboutie Recherche sur la compréhension humaine, et en 1749 son Discours politiques et leurs Recherche sur les principes de la moralité. Historien à Édimbourg, formé à Paris à partir de 1763, homme d'État à Londres à partir de 1766, retraité à partir de 1769, décédé à Édimbourg en 1776.
Recherche sur la compréhension humaine
a) Exposition : Le Grand Naufrage
Être englouti
Locke Il avait fondé sa philosophie sur les idées – littéralement “ ce qui est vu ” ou “ ce qui est perçu ” – mais Hume, rejetant les substances comme George Berkeley, allait plus loin et partir des impressions elles-mêmes. Il les distingue des idées, car l'impression du feu – celle qui brûle dans la main – n'est pas la même chose que l'idée ou le souvenir que nous en avons. L'impression est réelle, et l'idée est le souvenir qu'elle laisse, avec la certitude que l'impression se reproduira. Si je vous vois, j'ai une impression réelle, mais si je ferme les yeux, je ne l'ai plus et il ne me reste que l'idée que je m'en suis faite. La croyance en votre existence Indépendamment de moi, il n'existe que la certitude, fondée uniquement sur l'habitude, que l'impression réapparaîtra à l'ouverture de mes yeux. Seules les impressions sont réelles, dès lors, et rien ne subsiste de la substance, de l'être qui les sous-tend.
La causalité a coulé
D'autres idées émergent de ces souvenirs d'impressions, par “ association d'idées ”, soit par ressemblance – une idée nous en rappelle une autre similaire –, soit par contiguïté, comme l'idée d'un appartement suggère celle de l'“ appartement voisin ”, soit encore par causalité, une sorte de contiguïté temporelle. La causalité est aussi une croyance fondée uniquement sur l'habitude : l'habitude selon laquelle ce que l'on appelle la cause est suivi de ce que l'on appelle l'effet. Nous sommes habitués à retrouver nos forces après avoir mangé. Nous disons alors que l'un est la cause de l'autre, sous-entendant qu'il existe un lien nécessaire entre eux, même si personne n'a jamais constaté ni démontré une telle nécessité, et que, par conséquent, cette croyance est dépourvue de toute justification rationnelle.
“ Qui peut prétendre donner la raison ultime pour laquelle le lait ou le pain conviennent à l’homme, mais pas au lion ou au tigre ? … Nos sens nous informent de la couleur, du poids et de la consistance du pain ; mais ni les sens ni la raison ne peuvent jamais nous renseigner sur les qualités qui le rendent apte à nourrir et à soutenir le corps humain. ”
En fait, ajoute-t-il, la causalité — un lien nécessaire dont nous n'avons aucune impression ni justification — est la principale source d'idées fantaisistes, et il donne l'exemple de notre idée d'un auteur — même si nous ne l'avons jamais vu — chaque fois que nous voyons une lettre écrite, habitués que nous sommes à ce que quelqu'un écrive d'abord, puis que la lettre soit écrite.
Ceci révèle la nature chimérique de l'idée de Dieu comme mon auteur et comme auteur du monde, mais aussi celle du moi comme cause de mes actions, et même celle du monde comme entité ayant une existence indépendante de moi et comme cause des impressions que je suscite. De même, de l'effet indéniable naît la cause chimérique. Dieu, le monde, le moi – les grands thèmes de la philosophie – se trouvent ainsi submergés.
La moralité a chuté.
Cela prive la morale de toute justification rationnelle, ce qu'elle illustre ainsi : je vois une pierre heurter une autre et je pense que le mouvement de l'une est la cause du mouvement de l'autre, sans libre arbitre ; mais je décide d'assassiner mon rival et de le poignarder, étant moi-même la cause de l'effet, à savoir la blessure, mais cette fois-ci une cause libre. Je n'ai eu aucune perception de l'un ou l'autre type de causalité, mais j'ai inventé la causalité libre dans le même but : “ trouver un coupable ”. Il est donc compréhensible que son discours moral (un certain utilitarisme fondé sur le sentiment) ait inspiré les pragmatistes.
Cependant, cela ne rapproche pas Hume du scepticisme pyrrhonien radical, car le sceptique peut réussir dans le monde universitaire – grâce à sa cohérence – mais échoue dans la vie réelle, évitant un feu de joie ou un précipice de peur qu'ils ne provoquent des brûlures ou la mort. Il opte pour un “ scepticisme modéré ” qui reconnaît l'“ existence ” du feu et du précipice, ainsi que leur “ causalité ” indésirable, non pas comme une connaissance véritable, mais plutôt comme une croyance figée, fondée uniquement sur l'habitude.
La science a coulé
Ainsi, il préconise notamment la poursuite des sciences expérimentales, sans pour autant se bercer d'illusions quant à leur validité en tant que savoir. D'une part, il y a les sciences qui démontrent les relations nécessaires entre les idées – l'arithmétique et la géométrie – savoir auquel il reconnaît la validité ; d'autre part, il y a les sciences qui enregistrent les phénomènes et les expliquent par d'autres phénomènes comme causes – une causalité sans fondement rationnel – et qui, à partir d'expériences particulières, aboutissent à des lois universelles, ce qu'on appelle “ l'induction ”. Celle-ci est dépourvue de justification rationnelle, puisqu'elle repose uniquement sur la conviction que les choses se produiront à l'avenir comme elles se sont produites jusqu'à présent.
La philosophie a coulé
Quant à la prétendue connaissance des idées – “ le vu ” – que personne n’a vues, telles que les substances ou la causalité, ou l’idée de l’âme ou de Dieu, “ lorsque nous soupçonnons qu’un terme philosophique est employé sans signification ni idée (ce qui arrive même trop souvent), il nous suffit de nous demander : de quelle impression cette idée supposée est-elle tirée ? Et s’il est impossible de lui en attribuer une, cela confirmera notre soupçon. ” Ce que Hume pense de la connaissance de ce type d’idée, en particulier en métaphysique, est bien résumé dans les derniers mots de son œuvre :
“ Lorsque nous parcourrons les bibliothèques, persuadés par ces principes, quel désastre nous y ferons ! Si nous prenons entre nos mains un volume de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous : Contient-il un raisonnement abstrait sur la quantité et le nombre ? Non. Contient-il un raisonnement expérimental sur les faits et l'expérience ? Non. Alors jetons-le au feu, car il ne peut contenir que sophismes et tromperies. ”
b) Critique : Qui ose ?
Personne. David Hume a convaincu tout le monde. Emmanuel Kant a créé sa philosophie transcendantale pour sauver les idées de substance et de causalité — et d'autres qui rendent la connaissance possible — de ce naufrage, mais en tant que simple a priori qui ne se produisent que dans notre faculté de connaître.
L'incohérence de l'ajout de ces a priori une réalité extérieure comme “ cause ” de la connaissance sensorielle par laquelle commence la connaissance (alors que la causalité a été considérée comme une simple a prioriSchopenhauer a résolu ce problème en concevant le monde – la réalité extérieure – comme une simple représentation, la volonté étant ce qui y est représenté. Il a ainsi placé la volonté au rang d’être, et Nietzsche l’a suivi, pour qui la volonté suffisait et tout le reste était superflu : la volonté de puissance, une notion qui sonne déjà comme une évidence du XXe siècle.
Mais l’approche de Hegel face à l’incohérence kantienne est encore plus radicale : avec Fichte, il élimine d’un seul coup la réalité extérieure, ne laissant subsister que l’idée. Et du “ toute idée ” à la “ toute matière ” du matérialisme dialectique de Karl Marx, il n’y a qu’un changement de terminologie, comme il le dit lui-même dans son ouvrage La pauvreté de la philosophie. Marx, Nietzsche, les philosophies qui allaient devenir l'histoire politique du XXe siècle — et quelle histoire ! Nous connaissons déjà la suite.
L'autre œuvre majeure de Hume est la réfutation de l'induction, qu'il juge dépourvue de justification rationnelle. Heureusement, cette réfutation intervient alors que la science était déjà bien établie, car elle aurait été paralysante à la naissance de la mécanique au siècle précédent, celui-là même où Francis Bacon avait proposé son projet inductif stimulant. Pierre Duhem se range parmi les philosophes-scientifiques des XIXe et XXe siècles – citant Ernst Mach et Henri Poincaré – incapables de fournir une justification rationnelle au fondement inductif de la science, mais qui s'étonnent néanmoins de son fonctionnement. On ne peut rien attendre de moins de Karl Popper : il rejettera le principe d'induction comme irréfutable, rejetant ainsi un principe philosophique – car il s'agit bien de philosophie des sciences – doté d'un critère destiné à caractériser les propositions scientifiques.
Thomas Kuhn se contente de qualifier l'induction de “ question épineuse ”, l'évitant ainsi. Plus récemment, Evandro Agazzi lui consacre un ouvrage majeur. Sujets et problèmes en philosophie de la physique Deux lignes suffisent pour recommander le philosophe des sciences Carl Hempel, farouchement opposé à l'induction. Plus près de nous, Mariano Artigas valorise l'induction, mais sans jamais en fournir de justification rationnelle. Quelle sera donc notre réaction ?
Le caractère insensé de son attaque contre la cause
Hume a déconstruit bien des choses. À son objection principale, la causalité, nous répondrons qu'aucun des arguments avancés contre elle — tous étant des variantes de celui mentionné précédemment — ne résiste aujourd'hui, malgré les progrès impressionnants de la science, rendus possibles par la quête incessante des scientifiques pour comprendre le “ pourquoi ” de chaque nouveau phénomène, et ce, malgré cette philosophie paralysante.
Est-il vrai qu'on ne découvrira jamais de lien nécessaire entre la consommation de pain et le rétablissement de nos forces ? Nous connaissons désormais, une à une, les réactions chimiques du métabolisme de l'amidon du pain en dioxyde de carbone et en eau, avec libération d'énergie, ainsi que les réactions chimiques qui convertissent cette énergie en force motrice pour les muscles. Nous comprenons parfaitement ces réactions chimiques comme une conséquence de la physique des atomes impliqués et, par conséquent, nous réduisons cette physique à de pures mathématiques, le seul savoir que Hume considérait comme parfaitement valable. Il a lancé son attaque contre la causalité alors qu'elle était encore crédible, mais maintenant qu'elle ne l'est plus, sa philosophie a déjà produit ses conséquences.
La vérité est que la causalité est déjà vouée à l'échec dès l'instant où les substances ont été éliminées., quelque chose Ce qui sous-tend ces impressions de couleur, d'odeur et de goût du pain, et dont celles-ci ne sont que des qualités, c'est bien la nature même de l'entité. Car ces seules impressions peuvent-elles nourrir et fortifier ? Mais s'il existe une “ chose ” qui possède cette couleur, cette odeur et ce goût comme qualités propres que nous percevons, peut-être en possède-t-elle d'autres que nous ne voyons pas encore, mais que nous verrons peut-être demain grâce aux progrès de la science. Tel est le numéro atomique des éléments qui le composent, ce qui explique les propriétés chimiques par lesquelles le pain nourrit et fortifie.
Et pourquoi s'est-il débarrassé des substances pour ne conserver que de simples impressions ? Il a tout simplement suivi la recommandation de Locke – figure très importante dans sa formation, tout comme George Berkeley – qui considérait les substances comme superflues en philosophie, puisque nous n'en avons pas d'idées claires et distinctes, comme celles formées par nos impressions (j'ai soutenu dans un article précédent que c'est une exigence des idées scientifiques, puisque nous les construisons avec nos définitions ; une exigence de la méthode scientifique, qui appauvrit la pensée philosophique. Une erreur de méthode, donc, précisément depuis René Descartes).
En réalité, nous n'aurions même pas dû avoir à répondre à Hume, car bien qu'il affirme qu'il n'existe que des impressions, il évoque à plusieurs reprises, dans chaque lignée, les êtres qui les sous-tendent, ce que la philosophie appelle les substances. Comme le dit Aristote, le sceptique qui nie la possibilité de la connaissance – le sceptique moderne nie même l'être lui-même – ne nous dérange pas, car s'il parle, il se réfute lui-même ; et s'il ne parle pas, il ne nous dérange pas non plus, car il est comme une plante.
Rationalité de l'induction
Concernant l'induction, on peut effectivement affirmer qu'elle est rationnelle, c'est-à-dire qu'en induisant, nous agissons de manière rationnelle. ce que fait toujours la raison. Et que fait-elle ? Elle recherche toujours l'unité entre des faits apparemment sans lien, sans relation les uns avec les autres, au point que Kant pose cette présupposition d'unité du monde comme une des idées pures de la raison, une condition de possibilité et un stimulant pour notre raisonnement. La raison recherche toujours l'explication la plus simple, celle qui, en elle-même, explique et rationalise de nombreux faits qui semblaient sans rapport et inexplicables, comme dans les cas d'Hercule Poirot.
Eh bien, lorsqu'on induit une loi universelle, comme la dilatation des métaux sous l'effet de la chaleur, voici ce que l'on fait : on découvre une unité, une régularité, une identité entre de nombreux faits expérimentaux qui, sans une telle loi, resteraient sans lien. Son énoncé est à la fois une assertion et une prédiction : on affirme que cela s'est produit de la même manière dans toutes les expériences passées, qui peuvent être… VRAI (et nous pouvons en être certains) ou faux; Et nous prévoyons que cela restera le cas, une prédiction qui pourrait être accompli (dont nous ne sommes pas absolument certains) ou ne pas être satisfait, , Mais nous le faisons sur une base rationnelle : l'explication la plus simple de la raison pour laquelle cela s'est toujours produit, et toujours avec le même coefficient d'expansion, est que cette coïncidence n'est pas due à une série d'événements fortuits – l'explication la plus alambiquée, incroyable et irrationnelle – mais parce qu'il était nécessaire que cela se produise ainsi (même s'il nous a fallu deux siècles pour trouver la raison de cette nécessité), et que par conséquent, cela se reproduira dans les expériences futures.
Et pour la dernière boutade, appliquons au sceptique, comme le recommandait Aristote, sa propre recette. Prenons en main la fameuse Recherche sur la compréhension humaine Par David Hume, et demandons-nous : contient-il un raisonnement abstrait sur la quantité et le nombre ? Non, on n'y trouve ni nombre ni formule. Contient-il un raisonnement expérimental sur les faits et l'expérience ? Non, on n'y trouve aucune trace de coefficients de dilatation, ni aucune notation d'expérience. Qu'il soit donc jeté au feu, puisqu'il ne peut contenir que sophismes et tromperies !
Université Complutense de Madrid. SCS-Espagne.





