Il n'est pas rare d'entendre certains catholiques critiquer durement ceux qui professent un amour tendre pour leurs animaux. Leur argument est le suivant : « Il y a trop d'enfants qui souffrent de la faim pour dépenser de l'argent en frais vétérinaires. ». Cependant, cette dialectique de l'exclusion — soit on aime les hommes, soit on aime les animaux — est étrangère à l'harmonie de la Création et oublie la délicatesse avec laquelle Dieu lui-même traite son œuvre.
C'est une vérité de foi que l'humanité est le sommet de la création. Mais la primauté de l'humanité ne découle pas du mépris de la création, mais de sa responsabilité en tant que gardienne de celle-ci. Saint François d'Assise, le Poverello, ne l'a pas appelé «"frère"» Il ne voyait pas le loup par sentimentalité, mais parce qu'il reconnaissait en lui la même chose. «"haleine"» du Père :
« Si vous avez des hommes qui excluent les créatures de Dieu du refuge de la compassion et de la miséricorde, vous aurez des hommes qui traiteront leurs frères de la même manière. » (Saint François d'Assise).
La doctrine de l'Église catholique enseigne que les animaux sont des créatures aimées de Dieu qui manifestent sa gloire par leur existence même. Catéchisme de l'Église catholique, Le Créateur a confié à l’humanité une souveraineté sur les animaux qui n’est ni absolue ni tyrannique, mais morale et responsable. C’est pourquoi le Magistère considère comme légitime l’usage des animaux pour se nourrir, s’abriter, mener des recherches scientifiques modérées et leur tenir compagnie. Cependant, il interdit formellement de leur infliger des souffrances inutiles ou de sacrifier leur vie en vain, tout en rappelant que l’affection que l’on leur porte ne doit jamais se substituer à l’amour dû en premier lieu aux êtres humains.
Concernant la question de savoir si les animaux ont une âme et vont au Ciel, la théologie catholique, fondée par saint Thomas d'Aquin, explique qu'ils possèdent une âme sensible, qui leur donne la vie, des émotions fondamentales et des instincts. Une autre question est celle de savoir s'ils ont une âme immortelle. L'Église ne ferme pas complètement les portes de l'éternité à la création matérielle. En 2014, le pape François a exposé la doctrine de l'eschatologie chrétienne lors d'une audience : la promesse biblique de… « De nouveaux cieux et une nouvelle terre. ». Cela signifie qu'à la fin des temps, Dieu transformera et restaurera l'univers matériel tout entier. Les théologiens de l'Église suggèrent que, dans ce Royaume ultime, la nature et les animaux seront présents en parfaite harmonie, reflétant la beauté divine, même si ce ne sera probablement pas de la même manière que les êtres humains connaîtront la vision béatifique de Dieu.
Concernant les mouches et autres insectes nuisibles, les anciens Israélites modifièrent par moquerie le nom du dieu philistin d'Ekron, Baal Zebul (Seigneur de la Demeure Céleste), en Baal Zebub (Seigneur des Mouches). Plus tard, dans le Nouveau Testament, l'insulte évolua chez les Juifs pour devenir le mot Belzébuth, ce qui se traduit littéralement par «"Seigneur du fumier", faisant allusion au lieu de rassemblement des mouches. Dans l'ancien Proche-Orient, les mouches n'étaient pas seulement une nuisance, mais aussi le symbole incontestable de la décomposition, de la saleté et de la mort. En associant ce dieu aux mouches, les Hébreux véhiculaient le message théologique selon lequel les fausses idoles n'engendraient que la corruption spirituelle. Des siècles plus tard, saint François l'appela «"Frère Mouche"» (Frère MoucheAux frères paresseux, oisifs et turbulents du monastère, saint François de Sales expliquait que les mouches et les moustiques étaient d'excellents maîtres de patience. La rébellion de l'homme contre Dieu, lors du péché originel, avait transformé les insectes, autrefois garants de fonctions écologiques invisibles, en un rappel constant de la perte du Paradis par leurs piqûres, leurs bourdonnements et la propagation des maladies.
Parfois, nous oublions que Jésus n'était pas un théoricien abstrait, mais quelqu'un qui contemplait la nature avec un amour profond. Il nous a appris à percevoir l'amour du Père à travers les animaux. “ Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent… et pourtant votre Père céleste les nourrit. ” (Mt 6, 26).
Le Christ utilise l'image de la poule protégeant ses poussins (Mt 23,37) pour expliquer son propre désir de protéger Jérusalem. À ses yeux, les animaux ne sont pas… «"objets", mais témoins de la providence divine. Même dans l'Ancien Testament, le livre de Tobit nous offre une belle image : l'ange Raphaël et le jeune Tobias entreprennent un voyage, et le texte l'explique simplement : « Et le chien les suivit. » (Tb 6, 1). Dieu permet que la fidélité des animaux soit une compagne sur le chemin du salut.
Souvent, les critiques de « amoureux des animaux » Elle ignore une douloureuse réalité humaine : la solitude. Le pape François, dans Laudato si', nous met en garde :
« Un sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut être réel si, en même temps, il n’y a pas de tendresse, de compassion et de sollicitude pour les êtres humains dans le cœur. [...] Tout est lié. ». (Laudato si', n° 91)
Partant de ce principe, l'affection pour un animal peut être le dernier lien qui nous relie à la capacité de donner et de recevoir de la tendresse. Søren Kierkegaard, le grand penseur chrétien, a exploré cette idée dans ses réflexions sur la pureté du cœur. Pour lui, les animaux ont un avantage sur l'humanité déchue : leur absence de duplicité. Les animaux aiment sans arrière-pensée, et c'est dans cette simplicité que l'humanité blessée trouve refuge et peut se redécouvrir. Comme le disait le philosophe danois, dans le silence d'une créature, on apprend à entendre Dieu plus clairement que dans le tumulte des querelles humaines.
Il convient de rappeler aux catholiques qui considèrent avec suspicion l'affection portée aux animaux que la foi nous appelle à la douceur. Si nous voyons quelqu'un consacrer sa vie à prendre soin d'un animal, peut-être devrions-nous nous interroger sur la solitude qu'il ressent ou sur le réconfort qu'il trouve dans cette dévotion silencieuse, réconfort que nous, frères et sœurs, n'avons peut-être pas été en mesure de lui offrir.
Dieu se sert des petites choses pour guérir les grandes. Dans la caresse d'un chien, la compagnie d'un chat ou le chant d'un canari, se cache souvent une tendresse divine pour celui qui, peut-être, n'a personne d'autre pour caresser son âme. Ou peut-être la beauté des animaux, à l'image de toute la Création, est-elle un premier contact avec la Bonté du Créateur, qui a tout créé par Amour, afin que nous puissions jouir de la Création. Aimons les êtres humains par-dessus tout, certes, mais laissons l'amour des animaux être ce lieu où les êtres humains apprennent, une fois encore, à être profondément humains.





