Même maison, histoires différentes

Con motivo del lanzamiento de Le bon esprit, una visión crítica del Opus Dei, Hugo Elvira reflexiona sobre cómo las historias dolorosas no tienen por qué ser una amenaza porque pueden ayudar a revisar los modos de cuidar y aprender de ello.

26 de septembre de 2026-Temps de lecture : 5 minutes

Le troisième et dernier épisode de Le bon esprit, La nouvelle série documentaire sur l'Opus Dei soulève une question qui ne disparaît pas avec le générique : comment certains peuvent-ils appeler « famille » ce que d'autres perçoivent comme un lieu de souffrance ?

La tentation est grande de résoudre immédiatement cette contradiction : de décider que l’une des deux expériences explique la réalité intérieure et que l’autre est erronée. Mais avoir souffert ne nous autorise pas à affirmer à quelqu’un qui a trouvé un foyer que son expérience était fictive ; de même, avoir été heureux ne nous permet pas d’expliquer de l’extérieur la douleur de celui qui est reparti blessé. Une expérience personnelle peut être vraie sans pour autant devenir la norme de toutes les autres.

Je suis numéraire de l'Opus Dei et théologien. J'écris en mon nom propre, sans commande ni rôle de porte-parole. Je connais de l'intérieur une vie que j'aime, mais je ne peux révéler à personne ce qui s'est passé dans la leur.

C’est pourquoi je ne souhaite pas répondre à cette série en commentant des témoignages qui ne relèvent pas de ma compétence. Ce qui m’intéresse, c’est une question qui traverse nombre des situations relatées : que signifie cultiver une vocation pour qu’elle dure toute une vie ? Et, si tel était le but, comment comprendre que quelqu’un puisse se souvenir de cet accompagnement comme d’une blessure ?

Nous prenons soin de ce que nous voulons préserver.

Personne ne se marie en prévoyant de divorcer. Ceux qui s'engagent pour la vie cherchent à préserver cet engagement : ils prennent du temps à deux, protègent leur relation et apprennent à surmonter les crises. Quand on souhaite que quelque chose dure, on en prend soin pour que ce soit le cas.

Avec les enfants vient un autre défi : il ne suffit plus de les aimer, il faut apprendre à prendre soin de chacun d’eux. Les parents conseillent, fixent des limites, posent des questions, corrigent, et lorsqu’un enfant prend une décision qu’ils jugent mauvaise, ils ne réagissent généralement pas avec indifférence : « c’est ta liberté ».

Ces deux expériences nous amènent à aborder une question plus concrète. La série comprend notamment des témoignages de personnes ayant vécu le célibat au sein de l'Opus Dei. Je souhaite m'attarder sur ces témoignages.

Pour un numéral, l’Opus Dei est aussi la famille au sein de laquelle il a choisi de vivre son engagement. Il souhaite rester fidèle à une vocation qu’il a embrassée pour la vie ; et cette famille cherche à l’aider à faire éclore et à persévérer cette vocation.

Lorsqu'on s'occupe de personnes très différentes, des manières spécifiques de prendre soin d'elles émergent inévitablement : formation, coutumes, normes et formes de soutien. L'expérience crée des façons de prendre soin qui se transmettent ensuite.

Et c’est là que le problème commence : comment trouver des moyens communs de prendre soin de personnes différentes ?

Prendre soin avec fidélité à l'esprit

Il existe un autre élément qui conditionne ces modes de prise en charge : l’avenir pour lequel ils ont été conçus.

La formation d'un numéral ne repose pas sur l'hypothèse que, dans quelques années, il cessera d'en faire un. Elle se fonde sur le principe que cette vocation est pour la vie. La question n'est pas « de quoi cette personne aura-t-elle besoin si elle part un jour ? », mais plutôt « de quoi a-t-elle besoin pour bien vivre cette vocation tout au long de sa vie ? »

Cela change aussi notre façon de gérer une crise.

Si un frère me disait demain qu'il voulait partir, je ne pense pas que l'aimer se résume à lui répondre : « Tu es libre, vas-y. » Je voudrais savoir ce qui ne va pas, être là pour lui, et peut-être lui conseiller de ne pas prendre une décision définitive sous le coup de l'épuisement.

Ce n'est pas très différent de ce que feraient des parents lorsqu'un enfant leur confie que son mariage traverse une crise. Respecter leur liberté ne signifie pas rester indifférent face à une décision qui pourrait bouleverser leur vie.

Si un engagement est considéré comme définitif, une crise ne doit pas être immédiatement interprétée comme sa fin. Il se peut même qu'elle représente précisément le moment où un soutien accru est nécessaire. De nombreux programmes de formation visent à encourager cette persévérance, car c'est l'avenir qu'ils envisagent.

Lorsque les soins ne produisent pas le résultat escompté

Mais comprendre pourquoi ces formes de soutien existent ne signifie pas qu'elles ont toujours prodigué des soins de qualité.

N'importe quel parent peut s'en rendre compte. Les exigences élevées qui aident un enfant peuvent donner à un autre le sentiment de ne jamais être à la hauteur. Une question qu'un parent perçoit comme une marque d'intérêt sincère peut être vécue par un autre comme une intrusion.

Les parents sont les mêmes. Souvent, leurs intentions le sont aussi. Les enfants, eux, ne le sont pas.

Un phénomène similaire peut se produire au sein d'une famille spirituelle. Des critères communs sont nécessaires, mais aucune méthodologie ne peut garantir que les mêmes soins produiront les mêmes résultats pour tous.

Cela ne signifie pas que tout est relatif. Il existe des limites qui ne dépendent pas de la personnalité : la dignité humaine, la liberté de conscience, la vérité et la justice. Il existe des actes objectivement répréhensibles, même s’ils sont motivés par les meilleures intentions.

Mais il existe aussi un vaste domaine où la prudence est de mise : apprendre à connaître la personne, savoir quand persévérer et quand se taire, quand une correction favorise la progression et quand, avant tout, une personne a besoin d’être entendue. Il faut même admettre qu’une pratique qui a aidé beaucoup de personnes puisse nécessiter une réévaluation.

Et c’est là qu’apparaît une tentation particulièrement forte lorsque nous connaissons déjà la fin d’une histoire : la raconter à l’envers.

Si une personne est restée et est heureuse, il est facile de conclure que tout le soutien qu'elle a reçu était bénéfique. Si une personne est partie blessée, il est tout aussi facile de réinterpréter chaque règle, chaque conseil, chaque insistance comme un élément qui lui a finalement nui.

Mais les vies ne sont généralement pas écrites avec la clarté avec laquelle nous les racontons plus tard.

Le fait qu'une forme particulière de soutien ait causé de la souffrance nous oblige à nous interroger sur les causes. Cela peut révéler une négligence, une pratique à modifier, voire une injustice qui exige reconnaissance et réparation.

Mais il est également important d’éviter l’approche inverse : conclure que, parce qu’une forme particulière de soutien a produit de la souffrance, elle découlait nécessairement d’un désir de contrôle, ou que tout le bien que d’autres y ont trouvé était fictif.

La réalité humaine résiste souvent à de tels récits parfaitement ordonnés.

Les bonnes intentions ne prouvent pas que des soins appropriés ont été prodigués. Mais un résultat douloureux ne nous permet pas non plus automatiquement de reconstituer l'intention qui sous-tendait l'action.

Les deux choses peuvent être vraies en même temps : quelqu'un pourrait avoir essayé de prendre soin de quelqu'un d'autre et s'en être mal sorti.

C’est précisément pourquoi il y a responsabilité : écouter, apprendre, rectifier et, le cas échéant, présenter des excuses et réparer ses erreurs.

Même maison, histoires différentes

Nous en revenons donc à la question initiale : comment certains peuvent-ils appeler « famille » ce que d’autres perçoivent comme un lieu de souffrance ?

Deux frères et sœurs peuvent grandir sous le même toit et avoir des enfances étonnamment différentes. Cela ne signifie pas pour autant que tout est subjectif. Si un préjudice a été causé, il mérite d'être reconnu ; si une injustice a été commise, elle doit être nommée comme telle. Une famille témoigne également de son amour par ses actes lorsqu'elle reconnaît ses torts.

Mais une histoire douloureuse ne peut pas automatiquement expliquer toutes les autres.

Mon expérience de trouver une famille ne prouve pas que quelqu'un d'autre n'ait pas pu en souffrir. De même, leur souffrance ne prouve pas que ce que j'ai perçu comme de l'affection était en réalité une forme de contrôle que je n'ai toujours pas su identifier.

Notre difficulté réside peut-être dans notre désir de trouver une histoire qui explique toutes les autres.

Peut-être que ça n'existe pas.

Je demeure membre numéraire et considère ma vocation comme un don. C’est précisément pour cette raison que les récits douloureux ne doivent pas être perçus comme une menace. Ils peuvent nous aider à examiner nos manières de prendre soin des autres : ce que nous avons cherché à protéger, quand nous avons aidé, quand nous n’avons pas aidé, et ce que nous pouvons en apprendre.

Nous n'avons pas de méthode parfaite pour aimer. Aucune famille n'en a. Nous avons des principes, de l'expérience, de la prudence et l'humilité de nous corriger lorsque nous nous rendons compte de nos erreurs.

La loyauté a aussi besoin d'attention. Et bien s'occuper de ces personnes exige de ne jamais cesser d'apprendre comment le faire.

L'auteurHugo Elvira

Ingeniero guatemalteco y licenciado en Teología Dogmática por la Pontificia Universidad de la Santa Cruz (Roma). Presidente de Fundación Amivalle.

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