Il y a quelques semaines à peine, nous célébrions le premier anniversaire de l'élection du pape. Il semble qu'une éternité sépare le moment où il est apparu au monde depuis le balcon de la place Saint-Pierre et aujourd'hui, où sa voix, son visage et ses enseignements font partie intégrante de la vie quotidienne de l'Église et du monde.
Ces derniers jours, j'ai revécu l'effervescence de cet après-midi de mai où Léon XIV fut élu. Après des semaines de discussions stériles dans la presse à propos de papabili Et bien que certains commentaires un peu plus intéressants aient été formulés concernant l'état de l'Église et les problèmes auxquels le nouveau pontife devrait faire face, l'attention s'est surtout portée, à cette époque, sur les suppositions quant à la durée du conclave. L'opinion générale était qu'il serait bref, comme cela s'était déjà produit récemment.
Anticipant que le 8 serait peut-être le jour où le successeur de Pierre serait révélé au monde, j'ai décidé de passer la journée à travailler à la bibliothèque universitaire. Dans mon sac à dos, outre mon ordinateur portable et mes livres, j'avais emporté de quoi manger au cas où l'élection papale serait annoncée et que je ne puisse pas rentrer à temps pour dîner. Et c'est exactement ce qui s'est produit : une fumée blanche est apparue, et ce fut la panique dans la bibliothèque. Nous nous sommes tous précipités dehors pour rejoindre la place Saint-Pierre en dix minutes à peine, à un rythme soutenu.
Il est difficile de décrire ces moments où toute Rome convergeait vers le cœur de l'Église. Un touriste de passage demanda à voix haute de quoi il s'agissait, et quelqu'un répondit aussitôt qu'il y avait eu… fumata bianca, sachant que cela expliquait tout.
À mi-chemin de la Via della Conciliazione, la police a stoppé la foule. L'accès était bloqué pour éviter les attroupements. Incrédule, moins de quinze minutes après le signal de fumée, je me suis aventuré dans une ruelle et suis parvenu à atteindre les colonnes qui entouraient la place. La gendarmerie en avait bloqué l'accès, mais au moins, de là où j'étais, serré par des centaines de personnes dans une ambiance joyeuse, je pouvais apercevoir le balcon d'où le pape allait apparaître.
J’y ai rencontré Jaime et James, deux amis prêtres qui avaient eux aussi fui leurs foyers. Au bout d’une demi-heure environ, quelqu’un a donné l’ordre d’ouvrir les portes, et nous, qui nous étions massés à l’entrée, avons pu remplir la place.
Les moments qui suivirent furent ceux que chacun put suivre à la télévision et en vidéo. Pourtant, certains détails échappent à toute caméra. Le premier d'entre eux est la proximité naturelle qui s'est instaurée entre nous, réunis sur la place. Chacun discutait avec son voisin comme s'ils se connaissaient depuis toujours. J'ai rencontré plusieurs personnes qui, m'ont-elles confié, n'étaient pas très pratiquantes, mais qui, étant Romaines, ne pouvaient manquer cet instant. Beaucoup avaient quitté leur travail plus tôt, d'autres étaient des touristes qui avaient eu la chance de se trouver là au bon moment. Une véritable communion chrétienne.
Un autre détail intéressant : la police avait installé des brouilleurs de signaux pour prévenir les attaques, ce qui nous empêchait de nous connecter à Internet ou d’appeler les personnes que nous savions susceptibles d’être présentes sur la place. C’était d’autant plus problématique que le secteur où je me trouvais était mal équipé en sonorisation, et le nom du cardinal élu, celui qui succéderait à Pierre, n’était pas clairement audible. Il nous a fallu quelques minutes avant que l’annonce de l’élection du nouveau pape, Léon XIV, anciennement cardinal Prévost, ne nous parvienne.
Une fois l'effervescence retombée, j'ai retrouvé des amis qui étaient également présents, et nous avons dîné sur une place voisine pour fêter l'élection du pape et partager nos impressions. L'une des meilleures anecdotes était sans conteste celle de Pedro, qui avait pu utiliser ses connaissances en latin pour aider des jeunes filles à corriger une pancarte où elles avaient écrit : Nous avons un pape. Tandis qu'il leur expliquait et qu'ils réglaient le problème sur-le-champ, la joie était plutôt habemus Papam.
À peine un an s'est écoulé et il a déjà célébré un jubilé, tenu un consistoire de cardinaux, visité de nombreux pays et, surtout, conquis le cœur de tous les chrétiens.
Doctorant à Rome.





