COMMENTAIRE ARTISTIQUE
Ce panneau appartient à un retable monumental connu sous le nom de Maître, Commandé par la ville de Sienne pour sa cathédrale entre 1308 et 1311, le retable tire son nom de l'image centrale : la Vierge à l'Enfant trônant entourée d'anges et de saints. Le recto du retable présente des scènes de l'enfance du Christ, tandis que le verso, illustrant l'entrée à Jérusalem, représente la Passion ainsi que des scènes de la vie de la Vierge.
La représentation verticale de l'entrée de Jésus à Jérusalem le montre monté sur un âne, reconnaissable à son auréole, son manteau bleu et sa tunique rouge. Ces attributs étaient bien connus des spectateurs du début du XIVe siècle. Derrière lui, deux rangées d'apôtres le suivent de près. Ce groupe entre par la gauche et commence à gravir le chemin menant à la Jérusalem céleste. Le temple domine la partie supérieure du panneau, un édifice d'un blanc éclatant dont les caractéristiques architecturales sont contemporaines de l'époque de Duccio. Les autres bâtiments et l'arche sont représentés avec un grand détail et un réalisme saisissant, à l'exception de la représentation de l'espace, encore quelque peu maladroite. Mais cela ne posait pas de problème à l'époque. Trecento En Italie, ces œuvres étaient prisées pour leur force narrative et leur capacité à dépeindre la vie quotidienne intimement liée à celle des saints et des figures sacrées. Le public était parfaitement capable d'interpréter le message véhiculé par ces tableaux.
Une foule impatiente
La foule attend Jésus ; on voit des gens postés à tous les endroits possibles pour apercevoir le Sauveur. Duccio a pris grand soin de représenter cette scène de l'Évangile telle qu'elle aurait pu se dérouler entre 1308 et 1311. Chaque personnage est rendu avec un grand naturel : un homme étend son manteau rouge sur les pavés, sous les sabots de l'âne, d'autres agitent des branches d'olivier, et d'autres encore sont montés aux arbres pour en cueillir. Les personnages sont représentés de tailles différentes pour indiquer leurs âges et leurs conditions sociales.
Au premier plan, des silhouettes plus petites, qui semblent être des enfants ; puis, des hommes d’âge mûr ; et, à l’arrière-plan, des vieillards à la barbe grise. Les personnages sont très expressifs, chacun dans une pose distincte, et beaucoup gesticulent en conversant. Certains affichent surprise, doute ou curiosité. On perçoit clairement une anticipation et une excitation palpables.
Portes et arbres : un langage symbolique
Le chemin mène à une porte voûtée, l'entrée principale de Jérusalem. Dans le coin inférieur droit se trouve une autre porte, plus petite. À côté, deux arbres feuillus contrastent fortement avec l'arbre desséché à la gauche de Jésus. La place de droite est la place d'honneur, celle que les bienheureux occuperont lors de leur ascension au Ciel. La porte plus petite est décrite dans les Évangiles comme le chemin direct vers le salut. Celle de gauche est réservée aux damnés. Ici, à gauche, en lien évident avec la chute de l'homme et la mort du Christ, un arbre mort se dresse parmi d'autres arbres verts et feuillus : l'Arbre de la Connaissance après la Chute, rappelant la mort du Christ, puisque le bois de la croix provient d'un arbre mort. Cet arbre desséché est l'un des huit arbres présents dans le tableau. Depuis les premiers temps du christianisme, le chiffre huit est associé à la Résurrection (les fonts baptismaux arborent souvent des étoiles à huit branches, qui apparaissent également guidant les Rois mages vers Bethléem dans de nombreuses peintures).
L'emplacement de ce panneau au verso de la Maître Cela signifie qu'elle n'était pas visible de tous, mais principalement du clergé et des spectateurs instruits occupant des positions importantes, qui auraient compris toutes les strates de sens de ce magnifique panneau, œuvre d'un des plus grands artistes de l'époque. Trecento, le siennois Duccio di Buoninsegna.
COMMENTAIRE CATÉCHÉTIQUE
Tout au long de la vie publique de Jésus, la proclamation du Royaume, comme nous l'avons vu dans les articles précédents de cette série, constitue le cœur de sa prédication et de ses actions. Cette proclamation atteint son apogée lorsque Jésus, après avoir achevé son ministère public d'abord en Galilée puis dans toute la Judée, entre à Jérusalem en tant que Roi – la ville sainte, la cité de David, la ville où, pendant mille ans, le peuple d'Israël avait placé tous ses espoirs et ses aspirations à la venue du Roi définitif, le Messie, et à l'établissement du Royaume de Dieu, une ère nouvelle dans l'histoire où le Seigneur régnerait sur le monde entier depuis Jérusalem et par l'intermédiaire de son peuple élu : Israël.
Cette anticipation se reflète dans les rouges éclatants dont Duccio peint les manteaux que le peuple hébreu, et en particulier les enfants, étendent pour recouvrir le chemin du Roi. Ce rouge deviendra cependant celui de la Passion de Jésus, qui reçoit sur la Croix le titre de Christ (c’est-à-dire oint, roi choisi par Dieu comme Messie d’Israël) et est établi souverain du Ciel et de la Terre lors de sa Résurrection. Tel est le véritable destin que Jésus poursuit en entrant à Jérusalem : vivre dans la cité de David le Mystère pascal qui instaurera le Royaume de Dieu sur terre.
De incarnatus à l'adresse crucifix
Les mystères terrestres de la vie de Jésus sont expliqués en de brèves phrases tirées du Credo : “et s'est incarné par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, et est devenu homme ; pour nous, il a été crucifié sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli”Le Credo, lorsqu'il aborde la vie terrestre du Christ, ne mentionne donc que l'Incarnation et la Passion, la transition entre ces deux affirmations de foi s'opérant précisément lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem. L'Incarnation, mystère par lequel le Fils de Dieu revêt une véritable nature humaine, se déploie à travers les mystères du Christ exposés dans les articles précédents. La Passion, œuvre rédemptrice par laquelle Jésus-Christ expie le péché de l'humanité et la réconcilie avec Dieu sur la croix, sera traitée dans les articles suivants. Entre les deux, l'entrée de Jésus à Jérusalem unit sa vie publique, avec les disciples et la foule qui l'accompagne, à la Passion à venir, où lui seul entrera dans le sacrifice rédempteur de la croix, symbolisé par le temple représenté sur le tableau, lieu des sacrifices de l'Ancienne Alliance.
Jésus entre donc à Jérusalem préparé à mourir, car c'est pour cela qu'il s'est librement rendu dans cette ville (Lc 9, 51). Il a lui-même averti les apôtres que son entrée triomphale en tant que Messie ne conduirait pas à un triomphe immédiat, mais à la souffrance, à l'humiliation et à la mort. Il l'indique clairement dans les trois annonces de sa passion et de sa résurrection rapportées par les évangélistes durant sa vie publique (Mc 8, 31-33 ; 9, 31-32 ; 10, 32-34).
Pour ne rien arranger, les disciples, comme les Juifs en général, connaissaient la tradition selon laquelle les prophètes mouraient cruellement à Jérusalem, persécutés et tués par leur propre peuple. Un écrit contemporain, le Vies des prophètes, Il s'arrêta même pour évoquer le martyre des messagers de Dieu dans la ville sainte et les lieux où leurs tombeaux pouvaient être vénérés. Jésus lui-même fait allusion à cette tradition dans Luc 13,33. Toute la scène de l'entrée à Jérusalem doit donc être comprise dans ce contexte de martyre, qui culminera avec la crucifixion.
La réception du roi
L'atmosphère de souffrance et de sacrifice est palpable dans cette scène, mais elle est aussi emplie de l'espoir et de la joie du peuple accueillant son Roi. Car Jésus a clairement indiqué que la Passion qu'il allait endurer dans la ville sainte avait pour but de réunir le peuple d'Israël, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (Mt 23, 37), même si cela lui coûterait des larmes face au rejet de nombreux habitants de Jérusalem. Pourtant, beaucoup l'accueillirent, le proclamant Fils de David, c'est-à-dire Messie, en particulier les enfants et les pauvres, comme lors de sa première apparition publique à Bethléem (Lc 19, 38).
En résumé, Jésus, qui a refusé d'être proclamé roi en temps de triomphe et de succès (Jn 6,15), choisit désormais de se révéler comme Messie à l'heure de l'épreuve et de la souffrance. Tel un nouveau David, il entre à Jérusalem en roi ; Fils de Dieu, il choisit lui-même le moment et le lieu de sa proclamation royale. Homme doux et humble, il préfère entrer dans la cité de David non en conquérant, mais monté sur un âne, comme l'avaient prédit les prophéties (Zacharie 9,9). Avec la même douceur et la même miséricorde, il gagnera à son Église, définie comme la Nouvelle Jérusalem, l'Épouse descendue du Ciel parée pour l'Époux (Ap 21,2).
À l'entrée du Messie à Jérusalem, la foule s'est exclamée "Hosanna y “ Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. ”. Ces deux expressions ont été intégrées au Saint des Saints de la liturgie eucharistique, comme moyen de se préparer à la venue du Christ dans l'Eucharistie, en utilisant les mêmes mots que ceux employés par les Hébreux pour préparer la venue de Jésus à Jérusalem. Hosanna D'origine hébraïque, ce mot signifie “ Sauvez-nous ! ” ou “ Sauvez-nous maintenant ! ”. Au fil du temps, il est passé d'un cri de détresse à une acclamation de louange, de joie et de reconnaissance envers Dieu dans la tradition judéo-chrétienne. L'expression “ Béni soit Dieu ” est une citation littérale du Psaume 118:16, psaume qui a culminé dans les célébrations juives du Hallel, louant Dieu pour l'œuvre rédemptrice de l'Exode, la première Pâque.
Ces expressions du peuple d'Israël complètent la scène qui relie la vie publique de Jésus-Christ à sa Passion et à sa Résurrection. Ainsi, toute la vie et la mission de Jésus devraient susciter louanges et gratitude chez les fidèles. Ce sont donc ces paroles qu'il faut lire dans la bouche des personnages du tableau de Duccio pour en saisir toute la profondeur.
chantier
Historiadora del arte y doctor en Teología





