–Par Benjamin Wiker, OSV News–
Quand on me demande : « Que pense l'Église catholique de l'évolution ? », on est rarement préparé à ma réponse : « Asseyons-nous pendant quelques mois et discutons-en. ».
Le problème est le suivant : l’Église catholique ne se contente pas de réfléchir à l’évolution. Elle conçoit la théorie de l’évolution humaine dans le contexte beaucoup plus large de sa compréhension de l’humanité, de la raison, de la science, du péché, de la morale et de la rédemption de l’humanité par Dieu incarné. L’Église ne peut penser à une chose sans penser à presque tout, car tout est l’œuvre de Dieu.
Je tiens à le souligner d'emblée, car notre culture des clichés a tendance à se contenter d'une courte citation d'un pape dans un discours ou une encyclique, d'un responsable du Vatican, d'un scientifique catholique ou d'un théologien catholique, et à la traiter isolément, comme si tout ce que nous devions savoir sur l'évolution en tant que catholiques pouvait tenir sur une fiche et être glissé dans notre portefeuille ou notre sac à main pour consultation ultérieure.
Mais ce n’est pas ainsi que l’Église catholique conçoit l’évolution, ni quoi que ce soit d’autre en général. L’Église ne raisonne pas en formules alambiquées pour les impatients. Elle conçoit comme une cathédrale où tout est lié, pierre sur pierre soigneusement agencée, complexe et intimement interdépendante, bâtie au fil des siècles pour durer des siècles à venir selon le plan éternel, le tout harmonieusement conçu pour adorer Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, afin que toute l’humanité soit rachetée, la nature transformée par la grâce dans son ascension vers le ciel.
Le meilleur point de départ pour comprendre ce que cela signifie concernant l'évolution est sans doute le Catéchisme de l'Église catholique. On y trouve des affirmations isolées sur l'évolution, mais elles font partie intégrante du catéchisme dans son ensemble, cette vaste et majestueuse présentation de la foi. À l'instar des pierres d'une cathédrale, on ne peut retirer ces affirmations isolées sans que l'édifice ne s'effondre. Plus précisément, on pourrait dire que la conception catholique de l'évolution s'inscrit dans le cadre de la catéchèse catholique sur la création et la rédemption. Cette catéchèse repose sur certains postulats, tant naturels que surnaturels, qui définissent les limites de la réflexion sur l'évolution.
Permettez-moi de citer deux exemples du catéchisme qui n'ont pas été abordés dans la presse grand public concernant l'Église catholique et l'évolution. « Par la raison naturelle, l'homme peut connaître Dieu avec certitude, en se fondant sur ses œuvres » (n° 50). Il s'agit là, en effet, d'une affirmation dogmatique qui s'appuie sur les merveilleuses capacités de la raison humaine naturelle et sur le fait que la nature elle-même, y compris ses aspects biologiques, manifeste la gloire et la sagesse de son Créateur, et que chaque créature reflète « à sa manière un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu » (n° 339).
Qu’est-ce que cela implique pour notre compréhension de l’évolution ? Cela signifie que toute perspective sur l’évolution qui présuppose, par principe, que la nature biologique est entièrement régie par le hasard et des lois aveugles est erronée. Selon cette perspective – défendue aujourd’hui par des athées aussi connus que Richard Dawkins – la nature révèle une absence totale de sagesse, c’est-à-dire l’absence d’un Créateur sage. À l’inverse, le Catéchisme affirme avec force : « Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse. Il n’est le produit d’aucune nécessité, ni d’un destin aveugle, ni du hasard » (n° 295).
Ah ! Cela signifie donc que l'Église catholique rejette l'évolution ! Non, je suis désolé. Il n'y a pas de réponse simple. L'Église catholique ne rejette pas l'évolution car elle n'exclut pas, mais accueille favorablement, toute recherche scientifique légitime. La science étudie la nature, et la vérité de la création ne peut jamais contredire la vérité du Créateur.
Ainsi (citant le « Dei Filius » du premier concile du Vatican), le Catéchisme nous informe que « la recherche méthodique dans toutes les branches du savoir, pourvu qu’elle soit menée d’une manière véritablement scientifique et qu’elle n’annule pas les lois morales, ne peut jamais être en conflit avec la foi, car les choses du monde et les choses de la foi viennent du même Dieu » (n° 159).
Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour l’évolution ? Poursuivez votre lecture. « La création possède sa propre bonté et sa propre perfection, mais elle n’est pas sortie toute formée des mains du Créateur. L’univers a été créé en transit (in statu viae) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destiné » (n° 310). « Dans le plan de Dieu, ce processus de devenir implique l’apparition de certains êtres et la disparition d’autres, la coexistence du plus parfait et du moins parfait, des forces à la fois constructives et destructives dans la nature » (n° 310).
De ce point de vue, comme l’a souligné le cardinal Christoph Schönborn, l’évolution est comprise comme une création « prolongée dans le temps ».
Ah ! Ça veut dire que l'Église catholique accepte l'évolution ! Non, désolé.
Il n'existe pas de réponse simple et rapide. L'Église ne peut se contenter d'accepter la théorie de l'évolution, car il n'existe pas une seule théorie de l'évolution qu'elle puisse accepter. Il existe en réalité différentes théories, différentes approches de l'évolution.
Comme l’a justement souligné saint Jean-Paul II, « au lieu de parler de la théorie de l’évolution, il est plus exact de parler des théories de l’évolution. L’emploi du pluriel est nécessaire ici, en partie à cause de la diversité des explications concernant le mécanisme de l’évolution, et en partie à cause de la diversité des philosophies en jeu. ».
La vérité est la suivante : l’Église ne peut affirmer l’évolution avec une conviction absolue, car l’évolution, en tant que science, n’est pas entièrement fondée. Il faut distinguer l’évolution elle-même et notre compréhension de celle-ci (ce que les scientifiques actuels pensent savoir de l’évolution).
Nous avons toutes les raisons de croire que l'évolution a eu lieu, mais ce qui s'est réellement passé reste à découvrir au cours du long et difficile chemin de la recherche scientifique, dont nous n'avons parcouru qu'une partie. C'est pourquoi l'Église est, à juste titre, prudente.
Alors, quelle est la position véritablement catholique ?
Les récentes controverses autour de l'évolution, du dessein intelligent et du créationnisme ont engendré une telle confusion qu'il n'est pas étonnant que les catholiques soient presque totalement désemparés. Clarifier la situation ne sera pas chose aisée, mais voici un point de départ, étape par étape.
Premièrement, nous, catholiques, devons affirmer que notre étude de la nature confirme l’existence de Dieu. Le Catéchisme déclare clairement : « L’existence de Dieu le Créateur peut certainement être connue par ses œuvres à la lumière de la raison humaine, bien que cette connaissance soit souvent obscurcie et déformée par l’erreur » (n° 286).
Le catéchisme est fondé sur l'affirmation définitive de la constitution dogmatique « Dei Filius » du premier concile du Vatican : « La Sainte Église Mère tient et enseigne que Dieu, commencement et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la considération des choses créées, par la puissance naturelle de la raison humaine, car dès la création du monde, sa nature invisible est clairement perçue dans les choses créées. »
Et cette affirmation est fermement ancrée dans l'Écriture, comme l'affirme saint Paul dans l'épître aux Romains : « Car ce qu'on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant révélé. En effet, depuis la création du monde, ses perfections invisibles, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient clairement, étant perçues à travers ses ouvrages » (1, 19-20).
Il ne faut donc pas s’étonner que le catéchisme déclare : « Créé à l’image de Dieu et appelé à le connaître et à l’aimer, celui qui cherche Dieu découvre certains chemins pour parvenir à sa connaissance. Ceux-ci sont aussi appelés preuves de l’existence de Dieu, non pas au sens des preuves propres aux sciences naturelles, mais comme arguments convergents et convaincants qui permettent de parvenir à la certitude de la vérité » (n° 31).
En réalité, on peut démontrer l'existence de Dieu par un raisonnement philosophique. Mais le fait qu'il s'agisse d'un raisonnement philosophique ne signifie pas pour autant qu'il soit non scientifique, ou pire, non scientifique. Si l'on peut raisonner à partir de la nature pour parvenir à l'existence de Dieu, ce raisonnement doit nécessairement reposer sur une compréhension très solide de la nature ; c'est-à-dire une compréhension qui intègre pleinement les dernières avancées scientifiques concernant le domaine ou l'aspect de la nature considéré.
Qu’en est-il du créationnisme et du dessein intelligent ? Malheureusement, le terme « créationnisme » est souvent associé au rejet total de l’évolution et à la tentative d’imposer une interprétation littérale de la Bible face à la science moderne. Or, l’Église ne rejette pas complètement la possibilité de l’évolution, et l’approche catholique de la Bible n’est pas celle du fondamentalisme.
Dans le même temps, l'Église adopte une position critique à l'égard de l'évolution plutôt que de simplement affirmer ce que disent les évolutionnistes contemporains de quelque nature que ce soit, et elle croit également de tout son cœur que la Bible est vraie, pleinement inspirée et sans erreur.
Qu’en est-il de la théorie du dessein intelligent ? Il convient de préciser d’emblée que la « théorie du dessein intelligent », telle qu’on l’appelle communément, ne constitue pas une entité monolithique, mais plutôt une combinaison complexe d’approches concurrentes. Toutefois, en général, les partisans du dessein intelligent tendent à affirmer qu’un fait scientifiquement vérifiable – par exemple, que telle structure moléculaire particulière est trop complexe pour être apparue uniquement par sélection naturelle – démontre directement l’existence d’un concepteur intelligent.
Ce genre d'arguments a une valeur considérable, plus que les catholiques n'ont été enclins à le reconnaître, précisément parce qu'ils se concentrent sur des points problématiques très particuliers pour une explication purement matérialiste et réductionniste de l'évolution.
Mais comme indiqué précédemment, l'approche catholique consiste à considérer les preuves scientifiques uniquement comme faisant partie d'une argumentation philosophique plus large qui doit être présentée si l'on veut démontrer l'existence de Dieu à partir de la nature.
L'idée est la suivante : les preuves scientifiques, à elles seules, ne sauraient suffire à prouver l'existence de Dieu et, de plus, il convient d'accorder une bien plus grande attention à la philosophie afin de rassembler correctement tous les arguments « convergents et convaincants » nécessaires à cette fin.
Historiquement, le point de départ le plus important d'une discussion sur l'Église catholique et l'évolution est l'encyclique « Humani Generis » du pape Pie XII (1950), qui affirmait que l'évolution était digne d'étude scientifique dans certaines limites.
Beaucoup ont eu le sentiment que l'Église disait quelque chose comme ceci : Vous pouvez croire ce que vous voulez au sujet de l'évolution tant que (1) vous tenez que toutes les âmes humaines sont immédiatement créées par Dieu, (2) vous tenez une forme de monogénisme au lieu de polygénisme — c'est-à-dire que vous tenez que tous les êtres humains ont un ancêtre évolutif commun plutôt que de provenir d'une multitude désordonnée — et (3) vous ne tenez pas manifestement une théorie purement matérialiste de l'évolution qui porte atteinte de quelque manière que ce soit à la dignité de la personne humaine.
Est-ce vraiment aussi simple ? Non, ce n'est pas possible, précisément parce que ces limites apparemment simples, à y regarder de plus près, sont tout sauf simples.
Prenons le premier point : l’idée que toutes les âmes humaines sont créées instantanément par Dieu. Cette affirmation ne traduit pas un repli de l’Église vers une position minimaliste : « On peut dire ce qu’on veut de l’évolution du corps humain, mais il nous faut une âme ! » Au contraire, elle signifie un « non ! » catégorique à toute forme de matérialisme, puisqu’il réduit l’être humain à un simple être physique.
Cela constitue un obstacle majeur pour de nombreux évolutionnistes de renom, car, en règle générale, ils ont eu tendance à prôner un matérialisme absolu.
Charles Darwin lui-même a délibérément défini son explication évolutionniste des êtres humains dans « La Filiation de l'homme » (1871) pour démontrer qu'il pouvait tout expliquer des êtres humains — de leur moralité à leurs capacités intellectuelles, de leurs aptitudes artistiques à leur croyance en Dieu — selon un schéma entièrement matérialiste et réductionniste.
Aujourd'hui, les évolutionnistes les plus influents ne font aucune place à l'âme humaine. À l'instar de la plupart des évolutionnistes, ils partent du principe que des causes purement matérielles — soumises à la sélection naturelle — expliquent à elles seules les capacités humaines.
Et le deuxième point ? Là encore, l’Église a beaucoup à dire. Elle affirme, en substance, que quelles que soient les opinions des scientifiques actuels, aussi bien établies que puissent paraître leurs théories sur les origines humaines, en fin de compte, lorsque toutes les preuves seront réunies, la science ne contredira pas le fait que les êtres humains n’ont qu’une seule mère.
Il est important de préciser que je ne prétends pas que la science prouvera enfin l'existence d'Adam et Ève. Le propos est bien plus surprenant.
Je dis que, malgré tous ses efforts et quelles que soient ses erreurs, la science découvrira que toutes ses tentatives d'explorer la possibilité du polygénisme humain sont en fin de compte vaines, et que toutes ses tentatives d'explorer la possibilité du monogénisme se révéleront merveilleusement fructueuses. L'Église déclare que la foi ne peut être contredite car le Dieu de l'Apocalypse est le Dieu Créateur.
Et la dernière ? C’est peut-être la limite la plus large de toutes, et la moins bien comprise. En affirmant qu’aucune théorie de l’évolution ne peut être vraie si elle nie ou dénature la dignité de la personne humaine, l’Église exige beaucoup. De fait, elle s’oppose frontalement au fondateur de la théorie moderne de l’évolution, Charles Darwin lui-même.
Dans son ouvrage « La Filiation de l'homme », Darwin proposa une explication évolutionniste de la nature humaine, conçue précisément pour démontrer que notre nature morale était le fruit direct de la sélection naturelle. Plusieurs conséquences en découlèrent.
Tout d'abord, le terme « moralité » est remplacé par « moralités », le singulier par le pluriel. Pour Darwin, les traits moraux se sont développés chez des peuples spécifiques, à des époques spécifiques et dans des circonstances spécifiques. Ils étaient aussi variables et éphémères que, par exemple, le plumage des oiseaux ou la forme de la carapace d'une tortue. Nombre de nos évolutionnistes contemporains partagent cet avis.
Deuxièmement, aucune action n'est intrinsèquement mauvaise. En réalité, le bien et le mal se résument à ce qui favorise la survie et à ce qui la compromet. Tout ce qui contribue à la survie d'un individu, d'un groupe, d'une ethnie ou d'une nation est forcément bon ; rien de ce qui contribue à la survie d'un individu, d'un groupe, d'une ethnie ou d'une nation ne peut être mauvais.
La plupart des darwinistes contemporains ont eu du mal à accepter cette vérité, et c'est tout à leur honneur ; je crois que leurs doutes démontrent qu'ils sont, en réalité, faits à l'image de Dieu. Mais d'autres n'ont aucun scrupule à pratiquer l'infanticide et à placer moralement les enfants humains en dessous des singes adultes.
Troisièmement, si la sélection naturelle est véritablement le fondement de la moralité, alors nous devrions nous efforcer de fonder nos politiques sociales sur ce principe. Si l'évolution humaine s'est faite par une concurrence féroce entre individus, tribus et races, où les inaptes disparaissaient et les aptes survivaient pour se reproduire plus fréquemment, alors nos politiques sociales devraient être adaptées en conséquence : nous ne devrions pas permettre aux « inaptes » — les faibles, les malades, les personnes moralement et intellectuellement inférieures — de surpasser en nombre les aptes, les forts, les bien portants et les personnes moralement et intellectuellement supérieures. En affirmant cela, Darwin a le triste privilège d'être considéré comme le père du mouvement eugéniste moderne, un mouvement qui prend de l'ampleur.
Il devrait ressortir clairement, même de cette brève analyse, combien sont importantes ces limites apparemment insignifiantes que l'Église impose à ceux qui souhaitent légitimement étudier l'évolution, en particulier l'évolution humaine.